‹ Contes de la familleChapitre 24 sur 31 · LES TROIS PILEUSES · texte numérisé non relu

LES TROIS PILEUSES

Lorsque la première chambre fat vide, on passa à la seconde, puis à la troisième qui elle aussi n'eut bientôt plus de lin. Alors les trois femmes prirent congé de la jeune fille et lui dirent :

— N'oublie pas ce que tu nous as promis : ton bonheur en dépend.

Lorsque la jeune fille eut montré à la reine les chambres Yides et Ténorme amas de fil, celle-ci arrêta le jour des noces ; et le prince s'applaudit fort d'avoir une fiancée si adroite et si appliquée ; il la combla d'éloges.

— J'ai trois cousines, reprit la future princesse, qui m'ont fait beaucoup de bien, et je serais désolée de paraître les oublier dans mon bonheur ; permettez-moi donc de les inviter à ma noce et de les faire asseoir à notre table.

La reine et son fils donnèrent volontiers leur consentement.

Au moment où la fête commençait, les trois fenunes entrèrent dans un accoutrement bizarre, et la fiancée leur dit;

— Soyez les bienvenues, chères cousines.

— Eh 1 mais, dit le fiancé, comment se fait-il que tu aies des amies si laides?

Cela dit, il s'avança vers la femme au large pied plat, et lui adressant la parole :

— D'où vient que vous avez un si large pied ?

— De foire tourner la roue, répondit-3lle, de faire

tourner la roué

Le fiancé s'avança alors vers la seconde femme, et Finterrogeant à son tour :

— D'où vient que vous avez une lèvre inférieure si démesurément longue ?

— De mouiller le fil, répondit-elle, de mouiller le fil.

Enfin s'adressant à la troisième:

-^ D'où vient que vous avez un si large pouce?

— De torire le fil, répondit-elle, de tordre le fil. Ces paroles effrayèrent le prince qui s'écria :

— J'entends qu'à partir de ce jour ma belle fiancée ne touche plus jamais au rouet.

C'est ainsi que la jeune fille fut afiranchie de filer.

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liBlS TROIfi FBCIIiliEfi DU fiERPBIVT.

^L était une fois un homme si pauvre qu'il ne pouvait

> pas mêine nourrir son fils unique. Celui-ci lui dit

^ un jour:

— Mon cher père, vous avez tant de peine à vivre, que mon entretien vous est un trop lourd fardeau ; je veux vous quitter, et chercher à gagner moi-même mon pain.

Le pauvre père lui donna donc sa bénédiction et le vit prendre congé de lui non sans un grand chagrin.

C'était le moment où le roi d^un puissant empire foisait la guerre; le jeune homme s^engagea à son service et raccompagna dans les camps. On ne tarda pas à rencontrer l'ennemi; on livra bataille; l'affaire fut des plus meurtrières, les balles qui sifflaient de toutes parts firent tomber comme grêle ses camarades à ses

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côtés ; le commandant lui-même fut frappé à mort ; et leB soldats privés de leur chef criaient déjà :

— Sauve qui peut !

Lorsque le hardi jeune. homme sortit des rangs, arrêta les fuyards et ranima leur courage en leur criant :

— Laisserons-nous succomber notre patrie?

Aces mots, les autres le suivirent, et faisant volteface à l'ennemi, ils le mirent en déroute.

Lorsque le roi apprit à qui il était redevable de la victoire, il éleva le jeune homme au-dessus des autres, le combla de trésors et lui donna une des premières charges dans l'état.

Le roi avait une fille dont la beauté était aussi remarquable que son humeur était bizarre. Elle avait fait vœu de n'accepter pour époux que celui qui lui promettrait de se laisser enterrer vivant avec elle, si elle mourait avant lui.

— S'il m'aime vraiment, disait-elle, pourquoi tiendrait-il à la vie après m'avoir perdue?

De son côté, elle voulait faire la même promesse : s'il mourait le premier, elle le suivrait dans la tombe. Ce vœu étrange avait jusqu'à ce jour écarté les prétendans , mais notre jeune honmie fut si touché de la beauté de la princesse que, sans s'inquiéter des conditions, il demanda sa main à son père.

— Sais-tu bien, lui dit le roi, quel est l'engagement que tu devras prendre !

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