LE PETIT PATRE
fleuTes et les rivières de la terre, de manière qu'il n'en coule plus une seule goutte d'eau dans la mer jusqu'à ce que j'aie fait mon calcul; alors je vous dirai combien la mer renferme de gouttes.
Le roi reprit :
— Ma seconde question est celle-ci : Combien y a-t-il d'étoiles dans le ciel?
Le petit pâtre répondit :
— Sire , donnez-moi une grande feuille de papier blanc.
Puis le jeune garçon fit avec une plume un si grand nombre de petits peints serrés sur toute la surface de ce papier, et si fins, qu'on les apercevait à peine et qu'il était de toute impossibilité de les compter ; rien qu'à vouloir l'essayer , les yeux étaient éblouis. Cette besogne terminée, il dit au roi :
— n y a autant d'étoiles dans le ciel, que de points sur cette feuille de papier ; daignez les compter,
Personne n'y put réussir.
Le roi prenant de nouveau la parole :
— Ma troisième question a pour but de savoir de combien de secondes se compose l'éternité.
Le jeune pâtre répondit :
— 'Au delà de la Poméranie se trouve la montagne de diamant. Cette montagne a une lieue de hauteur, une lieue de largeur et une lieue de profondeur. Tous les cent ans , un oiseau vient s'y poser, gratte la montagne avec son bec et enlève une parcelle de dia-
mant ; quand il aura de la sorte fait disparaître le mont tout entier , la première seconde de l'éternité sera écoulée.
Le roi répartit :
— Tu as répondu comme un sage à mes trois questions ; désormais tu resteras près de moi dans mon palais, et je te regarderai comme mon fils.
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liE FlUi INCiRAT.
tN homme et sa femme étaient un jour assis sur le seuil ^e leur maison, et ils ayaient placé devant eux, sur une table, un poulet rôti dont ils voulaient se régaler.'
Le mari aperçut tout à coup son vieux père qui venait de ce côté ; il s'empressa aussitôt d'ôter le poulet qui était sur la table, et de le cacher, afin de n'en point donner un morceau au vieillard. Celui-ci arriva, but un verre d'eau et poursuivit son chemin.
Quand il fut éloigné, le méchant fils alla reprendre le poulet qu'il remit sur la table. Mais il n'y eut pas plutôt touché, que le poulet se changea en un énorme crapaud qui lui sauta au visage, où il se cramponna avec ses pattes et ne voulut plus lâcher prise. Lorsque quelqu'un faisait mine de vouloir le déplacer, il le re-
gardait avec des yeux ardens, comme s^il eût voulu lui sauter au visage; si bien que personne n*osait le toucher.
Le fils ingrat fut obligé de nourrir chaque jom* le crapaud, et lorsqu*il négligeait de le foire, le hideux animal lui mordait la joue.
Et c'est ainsi qu'il dut errer $à et là par le monde, sans jamais plus trouver le repos.
liE lillVCElJIi.
ï Nff femme aydit mi fils âgé de sept ans. Cet enfant était si beau et si bon, qu'on ne pouvait le voir sans Taimer i aussi était-il plus cher à sa mère que le monde entier.
Il arriva que le petit garçon tomba tout à coup malade et que le bon Dieu le rappela à lui. La pauvre mère fut inconsolable et passa les jours et les nuits à pleurer.
Peu de tenips après qu'on l'eut mis en terre, Fenfant apparut, pendant la nuit» à la même place où il avait coutume de s'asseoir et déjouer lorsqu'il était encore en vie. Voyant sa mère pleurer, il fondit lui-même en larmes; et quand vint le jour, il avait disparu.
Cependant, comme la malheureuse mère ne mettait point de terme à ses pleurs, Fenfant vint une nuit dans le blanc linceul où il avait été enseveli et avec sa cou-
ronne de mort sur la tête ; il s'assit sur le lit, aux pieds de sa mère, et lui dit :
— Hélas! ma bonne mère, cesse de murmra'er contre les décrets de Dieu , cessé de pleurer, sans quoi il me sera impossible de dormir dans mon cercueil, car mon linceul est tout mouillé de tes larmes, qui retombent sur lui.
Ces paroles effrayèrent la pauvre femme, qui dèslors arrêta ses pleurs.
La nuit suivante, Fenfant revint de nouveau, portant dans la main une petite lumière. Il dit à sa mère :
— Tu le vois, mon linceul est déjà sec et j'ai trouvé le repos dans ma tombe.
Alors la malheureuse mère offrit à Dieu sa douleur, la supporta désormais avec calme et patience ; et reniant ne revint plus.
Il dormait maintenant dans son lit souterrain.
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I/tSMQM^
^ROis femmes ayaient été métamorphosées en fleurs et brillaient ainsi dans la campagne. Cependant le charme permettait que Tune d'elles retournât chaque nuit dans sa demeure.
Il y avait quelque temps qu'elle subissait cette métamorphose, lorsqu'elle dit à son mari :
— L'aurore ya paraître, et je devrai te quitter de nouveau pour rejoindre mes compagnes et redevenir, comme elles, fleur des champs; mais si tu arrives aujourd'hui avant midi, et que tu me cueilles, l'enchantement cessera, et je ne le quitterai plus désormais. % Vous me demanderez maintenant comment son mari
aura pu la reconnaître, puisque toutes les fleurs étaient pareUles?
Je vous répondrai :
Son mari la reconnut, parce qu'elle avait passé la nuit à la maison et non dans les champs , et qu'ainsi la rosée, qui était tombée sur les autres, ne se trouva pas sur elle.
liE CHOIX D*U]WB FEMME.
liN jeune paysan désirait se marier. Il connaissait ^ trois sœurs également belles, si bien qu'il était ^ embarrassé de savoir sur laquelle des trois il ferait tomber son choix. Il demanda conseil à sa mère qui lui dit :
— Inyite-les toutes les trois à une petite collation, et aie soin de placer du fromage sur la table; puis observe attentivement de quelle manière elles le couperont.
Le jeune homme fit comme sa mère lui avait dit. La première des trois sœurs avala son morceau de fromage avec la croûte .
La seconde s'empressa de séparer la croûte de sifc morceau ; mais dans son empressement elle en coupa
la croûte de telle sorte, qu'il y resta encore beaucoup de fromage.
La troisième détadia la croûte avec soin, si bien qu'elle ne rejeta de son morceau ni trop ni trop peu.
Le jeune paysan raconta à sa mère le résultat de ses observations.
— C'est la troisième qu'il te faut prendre pour femme, lui dit-elle.
Il suivit ce conseil, et fut im mari heureux et content.