L’HERMITE
Pleine de nœuds; mais sous sa houpelande Logeoit le cœur d’un dangereux paillard.
Un chapelet pendoit à sa ceinture,
Long d’une bi 'asse, et gros outre mesure ;
Une clochette étoit de l’autre part.
Au demeurant, il faisoit le cafard,
Se renfermoit, voyant une femelle,
Dedans sa coque, et baissoit la prunelle :
Vous n’auriez dit qu’il eut mangé le lard.
Un Bourg étoit dedans son voisinage,
Et dans ce Bourg une Veuve fort sage,
Qui demeuroit tout à l’extrémité.
Elle n’avoit pour tout bien qu’une fille,
Jeune, ingénue, agréable et gentille;
Pucelle encor, mais, à la vérité,
Moins par vertu que par simplicité;
Peu d’entregent, beaucoup d’honnêteté;
D’autre dot point, d’amants pas davantage.
Du temps d’Adam qu’on naissoit tout vêtu,
Je pense bien que la belle en eut eu,
Car avec rien on montoit un ménage;
11 ne falloit matelas ni linceul :
M ême le lit n’étoit pas nécessaire.
Ce temps n’est plus; Hymen, qui marchoit seul,
OU FRERE EUCE
Mene à présent à sa suite un Notaire.
L’ Anachorète, en quêtant par le Bourg,
Vit cette fiRe, et dit sous son capuee :
Voici de quoi ; si tu sais quelque tour,
11 te le faut employer, Frere Luce.
Pas n’y manqua; voici comme il s’y prit.
Elle logeoit, comme j’ai déjà dit,
Tout près des champs, dans une maisonnette, Dont la cloison par notre Anachorète Etant percée aisément et sans bruit,
Le compagnon par une belle nuit,
— Belle, non pas, le vent et la tempête Favorisoient le dessein du galant —
Une nuit donc, dans le pertuis mettant Un long cornet, tout du haut de la tête 11 leu r cria : Femmes, écoutez-moi.
A cette voix, toutes pleines d’effroi,
Se blottissant, l’une et l’autre est en transe.
11 continue, et corne à toute outrance : Réveillez-vous, créatures de Dieu,
Toi, femme veuve, et toi, fdle pucelle ;
Allez trouver mon serviteur fidele,
L’Hermite Euce, et partez de ce lieu Demain matin, sans le dire à personne;