‹ Contes de La FontaineChapitre 26 sur 93 · VIENT AUX FILLES · texte numérisé non relu

VIENT AUX FILLES

De détourner ainsi tel personnage.

Me voudroit-il faire de tels présents,

A moi qui n’ai que quatorze ou quinze ans ? Vaux-je cela ? disoit en soi la belle.

Son innocence augmentoit ses appas.

Amour n’avoit à son croc de pueelle Dont il crût faire un aussi bon repas.

Mon Révérend, dit-elle au béat homme,

Je viens vous voir : des personnes m’ont dit Qu en ce Couvent on vendoit de l’esprit ;

Votre plaisir seroit-il qu’à crédit

J’en pusse avoir? Non pas pour grosse somme;

A gros achat mon trésor ne suffit ;

Je reviendrai s’il m’en faut davantage,

Et cependant prenez ceci pour gage.

A ce discours, je ne sais quel anneau,

Qu’elle droit de son doigt avec peine,

Ne venant point, le Pere dit : Tout beau ;

Nous pourvoirons à ce qui vous amene,

Sans exiger nul salaire de vous :

11 est marchande et marchande, entre nous ;

A l’une on vend ce qu’à l’autre l’on donne. Entrez ici; suivez-moi hardiment;

Nul ne nous voit, aucun ne nous entend ;

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