‹ Contes de La FontaineChapitre 29 sur 93 · ETC · texte numérisé non relu

ETC

Dimensions de l’esprit du beau Pere,

Et les encore, enfin tout le Plioebé.

Mais vous, dit-elle, apprenez-nous de grâce Quand et par qui l’esprit vous lut donné. Anne reprit : Puisqu’il faut que je fasse Un libre aveu, c’est votre Frere Alain Qui m’a donné de l’esprit un matin.

— Mon frere Alain ! Alain ! s’écria Lise,

Alain mon frere ! Ab ! je suis bien surprise !

Il n’en a point, comme en donneroit-il ?

— Sotte, dit l’autre, bêlas ! tu n’en sais guère Apprends de moi que pour pareille affaire

11 n'est besoin que l’on soit si subtil.

Ne me crois-tu ? Sacbe-le de ta mere ;

Elle est experte au fait dont il s’agit.

Sur ce point-là l’on t’aura bientôt dit :

Vivent les sots pour donner de l’esprit!

Lise s’en tint à ce seul témoignage Et ne crut pas devoir parler de rien.

Vous voyez donc que je disois fort bien Quand je disois que ce jeu là rend sage.

l'abbesse malade.

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L’Abbesse malade.

Dessin de Fragonard Gravé à l’eau-forte par Martial.

L’ABBESSE MALADE

L’exemple sert, l’exemple nuit aussi.

Lequel des deux doit l’emporter ici ?

Ce n’est mon fait : l’un dira que l’Abbesse En usa bien, l’autre au contraire mal,

Selon les gens : bien ou mal, je 11e laisse D’avoir mon compte, et montre en général, Par ce que fit tout un troupeau de Nonnes, Qu’ouailles sont la plupart des personnes : Qu’il en passe une, il en passera cent,

Tant sur les gens est l’exemple puissant î Je le repète, et dis, vaille que vaille :

Le monde 11’est que franche moutonnaille. Du premier coup 11e croyez que l’on aille A ses périls le passage sonder;

On est long temps à s’entre-regarder ;

Les plus hardis ont-ils tenté l’affaire,

L’ABBESSE MALADE

Le reste suit et fait ce qu’il voit faire.

Qu’un seul mouton se jette en la rivière, Vous ne verrez nulle âme moutonnière Rester au bord ; tous se noieront à tas ; Maître François en conte un plaisant cas.

Ami lecteur, ne te déplaira pas

Si, surseoyant ma principale Histoire,

Je te remets cette chose en mémoire.

Panurge alloit l’Oracle consulter;

Il navigeoit, ayant dans la cervelle Je 11e sais quoi qui vint l’inquiéter.

Dindenaut passe et « Médaille » l’appelle « De vrai Cocu ». Dindenaut dans sa nef Menoit moutons. Vendez m’en un, dit l’autre. — Voire, reprit Dindenaut, l’ami nôtre, Penseriez-vous qu’on put venir à chef D’assez priser ni vendre telle aumaille ? Panurge dit : Notre ami, coûte et vaille, Vendez m’en un pour or ou pour argent.

U11 fut vendu. Panurge incontinent Le jette en mer, et les autres de suivre;

Au Diable l’un, à ce que dit le Livre,

Qui demeura. Dindenaut au collet Prend un bélier, et le bélier l’entra jue ;

L’ABBESSE MALADE

Adieu mon homme; il va boire au godet. Or revenons; le Prologue me mène Un peu bien loin. J’ai posé dès l’abord Que tout exemple est de force très grande En rapportant la Moutonnière bande,

Car notre Histoire est d’ouailles encor;

Une passa, puis une autre, et puis une : Tant qu’à passer s’entre-pressant chacune On vit enfin celle qui les gardoit Passer aussi : c’est en gros tout le Conte.

A oici comment en détail on le conte.

Certaine Abbesse un certain mal avoit,

Pâles couleurs nommé parmi les (illes ;

Mal dangereux, et qui des plus gentilles Détruit l’éclat, fait languir les attraits.

Notre malade avoit la face blême

Tout justement comme un Saint de Carême

Bonne d’ailleurs et gente, à cela près.

La Faculté sur ce point consultée,

Après avoir la chose examinée,

Dit que bientôt Madame tomberoit En fievre lente, et puis qu’elle mourroit. Force sera que cette humeur la mange,

L’ABBESSE MALADE

A moins que de... l à moins est Bien étrange,) A moins enfin qu’elle n’ait à souhait Compagnie d’homme. Hippocrate ne fait Choix de ses mots, et tant tourner ne sait.

Jésus! reprit toute scandalisée

Madame Abl ^esse : Hé! que dites-vous là?

Fi ! — Nous disons, repartit à cela La Faculté, que pour chose assurée Vous en mourrez, à moins d’un hou galant :

Bon le faut-il, c’est un point important;

Et si bon n’est, deux en prendrez, Madame.

Ce fut bien pis : non pas que dans son ame Ce bon ne bit par elle souhaité;

Mais le moyen que sa Communauté

Lui vint sans peine approuver telle chose?

Honte souvent est de dommage cause.

Sœur Agnès dit : Madame, croyez-les ;

Un tel remede est chose bien mauvaise;

S’il a le goût méchant à beaucoup près Comme la mort. Vous faites cent secrets;

Faut-il qu’un seul vous choque et vous déplaise? — Vous en parlez, Agnès, bien à votre aise, Reprit l’Abbesse : or ça, par votre Dieu,

Le feriez-vous ? Mettez-vous en mon lieu.

L’ABBESSE MAI, A DE

— Oui-da, Madame, et dis bien davantage : Votre santé m’est chere jusques-là Que, s’il falloit pour vous souffrir cela,

Je ne voudrois que dans ce témoignage D’affection pas une de céans Me devançât. Mille remercîments A Sœur Agnès donnés par son Abbesse,

La Faculté dit adieu là-dessus,

Et protesta de ne revenir plus.

Tout le Couvent se trouvoit en tristesse, Quand Sœur Agnès, qui n’étoit de ce lieu La moins sensée, au reste bonne lame,

Dit à ses Sœurs : Tout ce qui tient Madame Est seulement belle honte de Dieu :

Par charité n’en est-il point quelqu’une Pour lui montrer l’exemple et le chemin ? Cet avis fut approuvé de chacune ;

On l’applaudit ; il court de main en main. Pas une n’est qui montre en ce dessein De la froideur, soit Nonne, soit Nonnette, Mere Prieure, ancienne, ou discrète.

Le billet trotte ; on fait venir des gens De toute guise, et des noirs, et des blancs, Et des tannés. L’escadron, dit l’Histoire,

L’ABBESSE MALADE

Ne fut petit, ni, comme Ton peur croire, Lent à montrer de sa part le chemin.

Ils ne céd oient à pas une Nonnain Dans le désir de faire que Madame Ne fut honteuse, ou bien eût dans son ame Tel récipé, possible, à contre-cœur.

De ses brebis à peine la première A fait le saut qu’il suit une autre Sœur; Une troisième entre dans la carrière;

Nul 11e veut demeurer en arriéré.

Presse se met pour 11 être la derniere Qui feroit voir son zèle et sa ferveur A Mere Abbesse. Il n’est aucune ouaille Qui ne s’y jette, ainsi que les Moutons De Dindenaut, dont tantôt nous parlions, S’alloient jetter chez la gent port’écaille. Que dirai plus ? Enfin l’impression Qu’avoit l’Abbesse encontre ce remede, Sage rendue, à tant d’exemples cede.

Un jouvenceau fait l’opération Sur la malade. Elle redevient rose,

Œillet, aurore, et si quelque autre chose De plus riant se peut imaginer.

O d oux remede ! O remede à donner !

L’ABBESSE MALADE

Remede ami de mainte créature,

Ami des gens, ami de la nature,

Ami de tout, point d’honneur excepté.

Point d’honneur est une autre maladie ;

Dans ses écrits Madame Faculté

N’en parle point. Que de maux en la vie!

LES TROOUEURS

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Les Troqueurs.

Dessin de Fragonard Gravé à l’eau-forte par Martial.

LES TROQUEURS

Le changement de mets réjouit l’homme :

Quand je dis l’homme, entendez qu’en ceci La femme doit être comprise aussi :

Et ne sais pas comme il ne vient de Rome Permission de troquer en Hymen,

Non si souvent qu’on en auroit envie,

Mais tout au moins une fois en sa vie.

Peut-être un jour nous l’obtiendrons. Amen,

Ainsi soit-il ! Semblable Induit en France Viendroit fort bien, j’en réponds, car nos gens Sont grands troqueurs ; Dieu nous créa changeant

Pi *ès de Rouen, pays de sapience,

Deux Villageois avoient chacun chez soi Forte femelle et d’assez bon aloi.

Pour telles gens qui n’y raffinent guere,

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