LES AVEUX LM) LS GUE TS
Plus d’une fille a forligné. Le Diable Est bien subtil; bien malins sont les gens Mon pour cela que l’on soit excusable; il nous faudroit toutes dans des Couvents Claquemurer jusqu’à notre b y menée.
Moi qui vous parle ai même destinée;
J eu garde au cœur un sensible regret ; J’eus trois enfants avant mon mariage.
A votre pere ai-je dit ce secret?
En avons-nous fait plus mauvais ménage ? Ce discours fut à peine proféré Que l’écoutant s’en court, et, tout outré, Trouve du bât la sangle, et se l’attache, Puis va criant par-tout : Je suis sanglé! Chacun en rit, encor que chacun sache Qu’il a de quoi faire rire à son tour.
Les deux maris vont dans maint carrefour Criant, courant, chacun à sa maniéré,
Bâté le gendre, et sanglé le beau-pere.
On doutera de ce dernier point-ci,
Mais il 11e faut telle chose mécroire,
Et, par exemple, écoutez bien ceci.
Quand Roland sut les plaisirs et la gloire Que dans la grotte avoit eus son rival,
LES AVEUX INDISCRETS
D’un coup de poing il tua son cheval.
Pouvoit-il pas, traînant la pauvre bête,
Mettre de plus la selle sur son dos,
Puis s’en aller, tout du haut de sa tête,
Faire crier et redire aux échos :
Je suis bât é, sanglé ! car il n’importe,
Tous deux sont bons ? Vous voyez de la sorte Que ceci peut contenir vérité.
Ce n’est assez, cela ne doit suffire;
Il faut aussi montrer l’utilité De ce récit : je m’en vais vous la dire. L’heureux Damon me semble un pauvre Sire; Sa confiance eut bientôt tout gâté.
Pour la sottise et la simplicité
De sa moitié, quant à moi, je l’admire.
Se confesser à son propre mari,
Quelle folie ! Imprudence est un terme Foible à mon sens pour exprimer ceci.
Mon discours donc en deux points se renferme. Le nœud d’hymen doit être respecté,
Veut de la foi, veut de l’honnêteté ;
Si par malheur quelque atteinte un peu forte Le fait clocher d’un ou d’autre côté, Comportez-vous de maniéré et de sorte
LES AVEUX INDISCRETS
Que ce secret ne soit point éventé.
Gardez de faire aux égards banqueroute; Mentir alors est digne de pardon.
Je donne ici de beaux conseils sans doute : Les ai-je pris pour moi-même ? Hélas ! non.
LES QUIPROQUOS
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Les Quiproquos.
Dessin de Fragonard
LES QUIPROQUO
Dame Fortune aime souvent à rire,
Et, nous jouant un tour de son métier,
Au lieu des biens où notre cœur aspire,
D un quiproquo se plaît à nous payer ;
Ce sont ses jeux. J’en parle à juste cause;
Il m’en souvient ainsi qu’au premier jour. Cloris et moi, nous nous aimions d’amour : Au bout d’un an la belle se dispose A me donner quelque soulagement,
Foible et léger, à parler franchement;
C’étoit son but, mais, quoi qu’on se propose,
L’occasion et le discret amant
Sont à la fin les maîtres de la chose.
Je vais un soir chez cet objet charmant ; L’époux étoit aux champs heureusement ,
Mais il revint, la nuit à peine close,
LES QUIPROQUO
Point de Cloris. Le dédommagement Fut que le Sort en sa place suppose Une Soubrette à mon commandement :
Elle paya cette fois pour la Dame.
Disons un troc où réciproquement Pour la Soubrette on employa la Femme; De pareils traits tous les livres sont pleins. Bien est-il vrai qu'il faut d'habiles mains Pour amener chose aussi surprenante :
11 est besoin d’en bien fonder le cas,
Sans rien forcer, et sans qu’on violente Un incident qui ne s’attend oit pas.
L’aveugle Enfant, joueur de passe-passe Et qui voit clair à tendre maint panneau, Fait de ces tours : celui-là du berceau Leve la paille à l’égard du Boccace ;
Car, quant à moi, ma main pleine d’audace En mille endroits a peut-être gâté Ce que la sienne a bien exécuté.
Or il est temps de finir ma préface,
Et de prouver par quelque nouveau tour Les quiproquo de Fortune et d’ Amour.
On ne peut mieux établir cette chose Que par un fait à Marseille arrivé ;
LES QUIPROQUO
Tout en est vrai, rien n’en est eontrouvé.
Là Clid amant, que par respect je n'ose Sous son nom propre introduire en ces vers, Vivoit heureux, se pouvoit dire en femme Mieux que pas un qui fût en l’univers. L’honnêteté, la vertu de la Dame,
Sa gentillesse, et même sa beauté,
Dévoient tenir Clidamant arrêté.
Il 11e le fut. Le Diable est bien habile,
Si c’est adresse et tour d’habileté
Que de nous tendre un piege aussi facile
Qu’est le désir d’un peu de nouveauté.
Près de la dame étoit une personne,
Une Suivante, ainsi qu elle mignonne,
De même taille et de pareil maintien,
Gente de corps ; il 11e lui manquoit l ien De ce qui plaît aux chercheurs d’aventures. J, a Dame avoit un peu plus d’agrément,
M ais sous le masque 011 n’eût su bonnement Laquelle élire entre ces créatures.
Le Marseillois, Provençal un peu chaud,
Ne manque pas d’attaquer au plutôt Madame Alix, c’étoit cette Soubrette. Madame Alix, encor qu’un peu coquette,
LES QUIPROQUO
Renvoya l’homme. Enfin il lui promet Cent beaux écus bien comptés clair et net. Payer ainsi des marques de tendresse En la Suivante, étoit, vu le pays,
Selon mon sens, un fort honnête prix.
Sur ce pied-là qu’eût coûté la Maîtresse ? Peut-être moins, car le hasard y fait.
Mais je me trompe, et la Dame étoit telle Que tout amant, et tant fût-il parfait, Auroit perdu son latin auprès d’elle :
Ni dons, ni soins, rien n’auroit réussi. Devrois-je y faire entrer les dons aussi ? Las! ce n’est plus le siecle de nos peres : Amour vend tout, et Nymphes, et Bergeres Il met le taux à maint objet divin :
C’étoit un Dieu ; ce n’est qu’un Échevin.
O temps ! o mœurs ! o coutume perverse ! Al ix d’abord rejette un tel commerce,
Fait l’irritée et puis s’appaise enfin,
Change de ton, dit que le lendemain, Comme Madame avoit dessein de prendre Certain remede, ils pourroient le matin Tout à loisir dans la cave se rendre.
Ainsi lut dit, ainsi fut arrêté;
LES QUIPROQUO
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Et la Soubrette ayant le tout conté A sa Maîtresse, aussitôt les femelles D’un quiproquo font le projet entre elles. Le pauvre époux n’y reconnoîtroit rien, Tant la Suivante avoit l’air cle la Dame : Puis, supposé qu’il reconnût la Femme, Qu’en pouvoit-il arriver que tout bien ? Elle auroit lieu de lui chanter sa gamme. Le lendemain, par hasard, Clidamant,
Qui ne pouvoit se contenir de joie,
Trouve un ami, lui dit étourdiment Le bien qu’ Amour à ses désirs envoie.
Quelle faveur ! Non qu’il n’eût bien voulu Que le marché pour moins se fût conclu ; Les cent écus lui faisoient quelque peine. L’ami lui dit : Eh bien ! soyons chacun Et du plaisir et des frais en commun.
L’époux n’ayant alors sa bourse pleine, Cinquante écus à sauver étoient bons ; D’autre côté, communiquer la belle,
Quelle apparence ? Y eonsentiroit-elle ? S’aller ainsi livrer à deux Gascons !
Se tairoient-ils d’une telle fortune,
Et devoit-on la leur rendre commune ?
LES QUIPROQUO
L’ami leva cette difficulté,
Représentant que dans l’obscurité Alix seroit fort aisément trompée :
Une plus fine y seroit attrapée :
Il suffiroit que tous deux, tour-à-tour,
Sans dire mot, ils entrassent en lice,
Se remettant du surplus à l’Amour,
Qui volontiers aideroit l’artifice.
Un tel silence en rien 11e leur nuiroit; Madame Alix, sans manquer, le prendroit Pour un effet de crainte et de prudence : Les murs ayant des oreilles, dit-on,
Le mieux étoit de se taire ; à quoi bon D’un tel secret leur faire confidence ?
Les deux galants, ayant de la façon Réglé la chose, et disposés à prendre fout le plaisir qu’ Amour leur promettoit, Cl îez le mari d’abord ils se vont rendre.
Là, dans le lit f épouse encore étoit.
L’époux trouva près d’elle la Soubrette, Sans nuis atours qu’une simple cornette, Bref, en état de ne lili point manquer. L’heure arriva : les amis contestèrent Touchant le pas, et long-temps disputèrent
LES QUIPROQUO
L’époux ne fit l’honneur de la maison.
Tel compliment n’étant là de saison.
A trois beaux dés, pour le mieux, ils réglèrent Le précurseur, ainsi que de raison :
Ce fut l’ami. L’un et l’autre s’enferme Dans cette cave, attendant de pied ferme Madame Alix, qui ne vient nullement.
Trop bien la Dame, en son lieu, s’en vint faire Tout doucement le signal nécessaire.
On ouvre, on entre; et sans retardement,
Sans lui donner le temps de reconnoitre Ceci, cela, l’erreur, le changement,
La différence enfin qui pou voit être Entre l’époux et son associé,
Avant qu’il pût aucun change paroitre,
Au dieu d’ Amour il fut sacrifié.
L’heureux ami n’eut pas toute la joie Qu’il auroit eue en connoissant sa proie;
La Dame avoit un peu plus de beauté,
Outre qu’il faut compter la qualité.
A peine fut cette scene achevée
Que l’autre acteur, par sa prompte arrivée,
Jette la Dame en quelque étonnement ;
Car, comme époux, comme Clidamant même,
LES QUIPROQUO
11 11e montrait toujours si fréquemment De cette ardeur l'emportement extrême.
On imputa eet excès de fureur A la Soubrette, et la Dame en son cœur Se proposa d'en dire sa pensée.
La fête étant de la sorte passée,
Du noir séjour ils n'eurent qu’à sortir. L’associé des frais et du plaisir S'en court en haut en certain vestibule : Mais, quand l'époux vit sa Femme monter Et qu'elle eut vu l'ami se présenter,
On peut juger quel soupçon, quel scrupule, Quelle surprise, eurent les pauvres gens ;
Ni l'un ni l’autre ils n’avoient eu le temps De composer leur mine et leur visage.
L’époux vit bien qu'il falloit être sage,
Mais sa moitié pensa tout découvrir.
J'en suis surpris; femmes savent mentir;
La moins habile en connoît la science.
Aucuns ont dit qu'Alix fit conscience De n’avoir pas mieux gagné son argent, Plaignant l'époux, et le dédommageant,
Et voulant bien mettre tout sur son compte Tout cela n’est que pour rendre le conte
LES QUIPPOQUO
Un peu meilleur. J’ai vu les gens mouvoir Deux questions : l’une, c’est à savoir Si l’époux fut du nombre des confrères,
A mon avis n’a point de fondement,
Puisque la Dame et l’ami nullement Ne prétendoient vaquer à ces mystères.
L’autre point est touchant le talion,
Et Ton demande en cette occasion Si, pour user d’une juste vengeance, Prétendre erreur et cause d’ignorance A cette Dame auroit été permis.
Bien que ce soit assez là mon avis,
La Dame fut toujours inconsolable.
Dieu gard’ de mal celles qu’en cas semblable Il ne faudroit nullement consoler !
J’en commis bien qui n’en feroient que rire : De celles-là je n’ose plus parler,
Et je ne vois rien des autres à dire.