II
LES NOCES DE GUILLOT
Ils enragent de s’entre-mordre,
Et; comme de vrais inhumains;
Ils désirent d’en être aux mains.
Voyez comme les yeux leur brillent !
Pour le combat comme ils pétillent !
Je crains qu’en cette occasion Il n’y ait quelque effusion De sang humain ou de quelque autre chose Qu’ici vous étaler je n’ose.
— Oh ! pour moi; Lucrèce reprit;
Je n’ai pas beaucoup de l’esprit;
Mais je n’ai jamais pu comprendre mme une jeune fille; et délicate et tendr e, Peut se résoudre de coucher Avec un garçon en chemise,
Etj e serois bien entreprise S’il me venoit ainsi toucher.
— Voyez-vous la sainte Nitouche !
Interrompit Clarisse à ce moment :
Vous ne diriez pas qu’elle y touche!
Elle fait la petite bouche,
Mais on sait bien ses sentiments ;
Elle préféré 1 es serments De ses amants
LES NOCES DE GUILLOT
A tous les actes de Notaire.
Mais ce n’est pas là tout l’affaire, Continua Clarisse, et d’un ton goguenard;
Car je gage une grosse somme Quelle va refuser un parfait honnête homme,
De peur d’épouser un cornard !
— Eh ! tout doux, ma bonne Connnere ? Répondit Lucrèce en colere ;
Retenez mieux votre courroux :
Que mon fait point ne vous tourmente ! .le n’en agis point comme vous,
Qui, dès lors que le eoeu chante, N’oseriez approcher un bois,
Sans prendre une grande épouvante, Croyant de votre époux entendre alors la voix. Aussitôt la Commere Aimée,
En voyant les fers s’échauffer,
Que leur bile éloit enflammée,
Qu elles alloient se décoë ffer,
S’avisa, en femme de bien,
D’y mettre ordre en rompant le chien:
Quoi! vous ne dites rien, dit-elle, mon Compere (En s’adressant à Messire l’Abbé)?
Oh ! vous ne nous estimez guère !
LES NOCES DE GUILLOT
Vous n’avez point encor parlé ?
Quittez-moi cette humeur et taciturne et morne ; Car, à vous voir 11e dire mot,
L’on vous prendroit bien pour un sot ; Oui, l’on diroit d’abord que vous avez pris corne. Quittez-moi cet air de soupir !
Çà, cà, pour me faire plaisir,
Faites-moi vite un petit Conte!....
— Madame, dit l’Abbé, trop d honneur me but honte Et sans doute vous vous trompez :
Je 11e suis ni Marquis ni Comte;
Faire je 11e vous puis que des petits Abbés.
Cette nouvelle épouse en sait bien quelque chose.
A tant finit ici la glose,
Car l’on finit bientôt ; bientôt 011 s’en alla,
Et de ceci ni de cela Jamais personne 11e parla.