‹ Contes de La FontaineChapitre 85 sur 93 · CONTE TIRÉ DE MACHIAVEL · texte numérisé non relu

CONTE TIRÉ DE MACHIAVEL

Dans les noces toujours se disent les bons mots, Car la joie et l’amour vont d’une même route :

Tous deux ouvrent l’esprit sans doute;

Et si dans ces endroits il s’y fait quelques sots,

Si r on y voit germer les têtes Des bêtes,

C’est pour le compte des traitants;

Car le reste des assistants Ne songe qu’ à manger et l ire.

Sur ce sujet, il me souvient D’un Conte qu’on m’a fait, qui fort à propos vient, Et tel qu’on me l a fait, je m’en vais vous le dire. Aux noces d’un certain Guillot,

Je sais s’il \ fut fait sot;

Mais je sais que grosse cohorte De sens de différente sorte

LES NOCES DE G U ILLO T

Et de différent sexe aussi,

Y goba maint chasse-souci Sourtout de certaines Commeres,

Fort friandes des bonnes elieres,

Et de certains encolletés,

S’y tinrent tous pour invités,

Car la le te jamais ne se trouveroit bonne, Surtout quand femme il y a,

Si quelque Abbé n’assistoit en personne Pour entonner PAlleluia,

Ou pour cajoler. Tant y a,

Que dans cette noce-ci Trois Commeres sans souci ;

Un homme et sa femme aussi,

Et certain Porte-soutane,

S’y trouvèrent en caravane.

L’Abbé é toit rêveur, triste comme la mort ; Mais il n’avoit pas tout le tort,

Puisque I on enleve sa mie :

C’est sa tonton qui se marie.

C’étoit assez pour en devenir fol Et pour s’aller casser le col.

Enfin, après bon vin, bon pain et bonne chere, La femme parla la première ;

LES NOCES DE GUILLOT

De la nouvelle épouse elle dit les bijoux,

La dot qu elle porte à l'époux,

Ses fonds, ses biens et ses clievances,

Ses qualités, ses alliances,

Enfin que les conjoints sont à jamais heureux :

Il n’est que moi de malheureux,

Dit le mari d’un ton fort pitoyable ;

Tu ne m’as pas porté la corne d’un seul Diable... — Ecoutez-le ! dit la femme en courroux ; Sachez, mon très-ingrat époux,

Que je n’ai pas porté la corne d’un seul Diable, Mais mille cornes d’autres gens,

Dont nous tirons bien de l’argent.

Cependant la Commere Aimée,

Du jus de Bacchus animée,

Lors s’écrie en riant : Je vois en ce réduit

Un lit,

Qui servira, toute la nuit,

De champ à sanglante bataille,

Mais pourtant de celles qu’on baille Sans grand courroux et sans grand bruit. Nos champions déjà semblent se mettre en ordre; Leurs yeux commencent leur débat ;

Ils se défient au combat,

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