‹ Contes de La FontaineChapitre 90 sur 93 · LE DUC D AUBE · texte numérisé non relu

LE DUC D AUBE

Voilà-t-il pas un Beau poisson ?

— 11 est beau, répond-il; mais il est plein d’écailles. J en porte un qui n’est pas ni si grand ni si gros,

M ais qui n’a point plus d’écaille que d’os ;

Aussi, vaut-il bien mieux... Ne crois pas que je raille? 11 est plus savoureux que ni perdrix ni caille; Jamais on ne peut voir un morceau si friand.

— Vous avez un poisson ? dit la belle en riant :

Montrez-le-moi, je vous en prie,

Car, de le voir, je meurs d’envie.

Joseph, sans faire de façon,

De la grille s’approche,

Et, tout à coté de sa poche,

Va sortir un certain poisson,

Que bientôt le brochet accroche :

Ainsi Joseph fut pris par son propre hameçon.

Dans ce temps, le Duc d’Albe, ennuyé tant d’attendre, S’avisa de descendre,

Pour voir ce que faisoit son maraud de garçon, Jurant entre ses dents qu’il Palloit faire pendre;

M ais, quand il vit la plaisante façon Dont le drôle étoit pris, d’abord il se retire,

Ne pouvant s’empêcher de rire.

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