‹ Contes de la veillée (volume 5)Chapitre 4 sur 28 · LEGENDE DE SOEUR BEATR1X · texte numérisé non relu

LEGENDE DE SOEUR BEATR1X

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Il étoit bien convenu en France, il y a une vingtaine d'années, que tous les trésors de la poésie sont renfermés sans exception dans le Pantkeum mijthicum de Pomey, et dans le Dictionnaire de la Fable de M. Noël. Un nom inconnu de Phurnutus, une fable ignorée de Paléphate, un récit tendre et touchant qui ne remontoit pas aux Métamorphoses, toute idée qui n'avoit pas passé à la filière éternelle des Grecs et des Romains, étoit réputée barbare. Quand vous en aviez fini avec les Aloïdes, les Phaëtontides, les Méléagrides, les Labdacides, les Danaïdes, les Pélopides, les Atrides, et autres dynasties malencontreuses, fatalement vouées aux Euménides par la docte cabale d'Aristote et surtout par la rime, il ne vous restoit plu? qu'un parti à prendre : c'étoit de recommencer, et on recommençait. La patiente admiration des collèges ne se lassoit ;amais de ces beaux mythes qui ne disoient pas la moindre chose à l'esprit et au cœur, mais qui Ûattoient l'oreille de sons épurés à la douce euphonie des Hellènes. C'étoit Bacchus né avant terme au bruit d'un

feu d'artifice, et que Jupiter héberge dans sa cuisse, par l'art de Sabasius, pour y accomplir le temps requis à une gestation naturelle. C'étoit le fils de Tantak servi aux dieux dans une olla podrida digne des enfers, et dont Mineive, plus affamée que le reste des immortels, est obligée de remplacer l'épaule absente par une omoplate d'ivoire. C'étoit Deucalion repeuplant le monde avec les ossements de sa grand'mère, c'est-à-dire en jetant des pierres derrière lui. C'étoit je ne sais quel autre conte absurde et solennel dont il falloit connoître les détails ridicules, et souvent obscènes ou impies, sous peine de passer pour ignorant et pour stupide aux yeux de la société polie. En revanche, on décernoit des récompenses et des couronnes à l'heureux enfant qui étoit parvenu à rassembler dans sa mémoire le plus grand nombre possible de ces inepties classiques, et s'il m'en souvient bien, le premier prélat du diocèse daignoit imprimer à son triomphe le sceau de sa bénédiction pontificale. Cette méthode d'abrutissement et de dégradation intellectuelle , qui manquoit rarement son effet, s'appeloit l'éducation.

Cependant notre civilisation ne ressembloit plus depuis bien des années à celle qui s'éloit nourrie, pendant tant de siècles, des fables puériles du paganisme. L'ironie de Socrate avoit porté le premier coup aux fantômes des mythologues. Ils s'étoient évanouis sous le fouet de Lucien. Une nouvelle croyance s'étoit introduite, grave, majestueuse , touchante , pleine Ô.3 mystères sublimes et de sublimes espérances. Avec elle étoient descendus dans le cœur de l'homme une multitude de sentiments que les anciens n'ont point connus, la sainte ferveur de la foi, le noble enthousiasme de la liberté. l'amour, la charité, le pardon des injures. Une poésie, mieux appropriée aux besoins du christianisme, étoit née avec lui, et cette poésie avoit aussi ses mythes et ses histoires. Pourquoi cette nouvelle source d'inspirations merveil-

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