LE SERPENT A SEPT TÊTES
CONTE RETSIMÎSARAKÂ
Recueilli à Ranomainty (province d'AndevorantO/.
Deux époux avaient, dit-on, trois enfants, dont une fille, qui s'était mariée dans un village très éloigné. [Après le départ de sa sœur], un des fils se transforma en Fananimpitoloha (serpent-àsept-tôtes) (i) et dévora tous les habitants du village, y compris ses parents. Longtemps après, la fille mariée au loin s'ennuya de son père et de sa mère et pria son mari d’aller les voir. Celuici se mit donc en route. En arrivant près du village, il [fut étonné] de ne voir personne et de n'entendre aucun bruit ni d'hommes ni d’animaux ; il eut envie de s’en retourner, mais, songeant à la commission de sa femme, il poussa
(ij Le serpent à sept têtes ; Fananiiia est le nom d'une espèce de boa.
jusqu'à la porte du village; là il vit l’énorme serpent-à-sept-têtes. Celui-ci s'écria : « Ah ! voilà mon beau-frère ! Je vais puiser de l’eau pour faire cuire du riz à son intention. » 11 n'avait nullement l'intention de faire cuire du riz, mais après avoir bu, il désirait manger son beaufrère. Pendant que le monstre puisait de l'eau, l'homme [qui n’était point rassuré] partit dans un autre village. Quand le serpent revint et ne vit plus personne, [il fut fort en colère] . Il flaira vers l'Est et ne sentit rien ; il flaira vers l'Ouest et ne sentit rien encore; il flaira vers le Sud [et cette fois sentit l'odeur de son beau-frère]; il se mit aussitôt à sa poursuite et au bout de quelque temps le rattrappa. A cet endroit se dressait un très grand rocher sur lequel l'homme monta. La pierre était fort glissante; le serpent ne réussit pas à la gravir ; aussitôt il se mit à la ronger. Or l’homme et ses frères possédaient cent chiens, parce qu’ils étaient grands chasseurs de sangliers. Les chefs de leurs chiens s'appelaient Miangoromila, Tsangantsangana, Mboalava et Goaika. L’homme appela ces chiens en criant : « Miangoromila, Tsangantsangana, Mboalava, Goaika ! » En l’entendant, le serpent s’écria : «Oh! que mon beau-frère sait bien chanter! Descends donc que nous retournions ensemble à la maison manger le riz ! — Attends un peu, répondit l'homme, j’ai d'abord quelques paroles
à laisser ici ! '> Et il appela de nouveau ses chiens qui bientôt arrivèrent, conduits par leurs quatre chefs. Un gros nuage de poussière s'élevait sur leur route, et le serpent se figura qu’il pleuvait. Quand les chiens furent près de lui, les quatre chefs marchant devant les autres, le monstre se réjouit et dit : « Merci, mon cher beau-frère, d'avoir fait venir des proies à mon intention. » ce moment, les cent chiens se jetèrent sur lui et il s’écria ; « Viens à mon secours, cher beau-frère; je te promets de ne pas te manger. » Mais l’homme excita ses chiens qui mirent en pièces le serpent-aux-septtêtes. Toutes les personnes contenues dans le ventre du monstre étaient encore vivantes. L’homme le fendit dans sa longueur ; les hommes et les animaux en sortirent aussitôt; ils peuplèrent une grande colline. Cependant l’homme ne parvenait pas à retrouver ses beaux-parents. Au bout de quelque temps il entendit un tsintsina qui chantait : Ankinkiny amparany ! Ankinkiny amparany ! (Cherche au bout de ses doigts !) L’homme brisa vite les petits doigts de l’animal, et ses beaux-parents en sortirent.
Les deux époux et leurs parents furent les chefs du nouveau village. Depuis ce temps, diton, on ne peut plus passer par le lieu où mourut le Serpeiit-à-sept-têtes.
Conte ! Conte ! Sornette ! Sornette ! Si ce
conte n'est pas vrai, ce n’est pas moi qui suis un menteur, mais les anciens qui l’ont inventé !
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INBAHATRILA
CONTE BETSIMISARAKA
Recueilli à Antanambao {province des Betsimisaraka-du-Siid) .
Il y avait, dit-on, un ménage de pauvres gens qui avaient un fils unique. Or, au bout de deux mois, le petit enfant était devenu aussi fort qu’une grande personne, et son intelligence et son caractère s’étaient aussi remarquablement développés. Un jour, il demanda à son père et à sa mère de lui dire les choses que les hommes vivants redoutent le plus, les choses qui tuent les gens. En vain ses parents essayèrent de lui faire abandonner cette idée, il insista et les menaça même de les tuer, s'ils ne satisfaisaient pas à son désir. Ils finirent donc par lui dire : « Si ce sont les êtres qui font peur aux hommes ou qui les font mourir que tu
cherches, va vers le taureau féroce que redoutent tous les gens des environs. »
11 s’apprêta donc, prit un couteau, un bouclier et une petite sagaie; on lui donna à ce moment le nom d’Imbahatrila. Son père et sa mère le conduisirent vers l’endroit où était le taureau sauvage, près du chemin. Quand le taureau le vit, il se mit à souffler et à frapper la terre de ses sabots; mais l'enfant n'hésita pas et marcha droit sur la bête; il l’attaqua avec la sagaie et le couteau tranchant et le tua. Puis, tout heureux d’avoit vaincu son ennemi, il s’en retourna à la maison, et les gens de son village furent bien étonnés.
Au bout de quelques jours, il refit à ses parents les mêmes questions et demanda des bêtes plus méchantes encore que le taureau sauvage. Ils lui indiquèrent les caïmans féroces qui habitaient en grand nombre dans la rivière appelée Bemamba. Imbahatrila s’écria tout jo3’eux ; « C’est doue avec eux que je vais me battre ! » Et il se munit d’une pirogue et d’armes. Quand il fut au fleuve, il prit de grosses pierres qu’il jeta dans l’eau. Aussitôt, tous les caïmans arrivèrent pour attaquer Imbahatrila, qui cherchait le malheur et l'infortune ; il y en avait tant que la pirogue disparaissait au milieu d’eux. Mais Imbahatrila attaqua ses ennemis, et bientôt presque tous furent morts, à l'exception de ceux qui
plongèrent dans les profondeurs du fleuve. Le vainqueur s'en revint sain et sauf et tous les gens des environs l'admirèrent pour sa force.
11 ne restait plus de bêtes féroces dans le pays et Imbahatrila pensait à s’en aller au loin pour en chercher d’autres. On lui parla d'un animal terrible appelé le Serpent-à-sept-langues qui en efl'ct avait sept langues et qui habitait à trois jours de marche à l’Est de son village. 11 se prépara donc à partir, mais auparavant il planta un bananier et dit à ses parents: « Ce bananier vous fera connaître mon sort ; s'il se déssèche complètement, ne comptez plus sur moi, c’est que je serai mort; si au contraire il pousse vigoureusement et a beaucoup de feuilles, ne soyez pas en souci de ma santé. Faites bien attention que dans une semaine je serai engage dans mon grand combat avec le Serpent-à-septlangues. » 11 dit, et ses parents l’aspergèrent d’eau, puis il partit. Lorsqu’il parvint au lieu où habitait la bête, il ne fut pas ému et ne frissonna point : c’était pourtant le plus terrible monstre que les hommes aient jamais vu. Le combat s’engagea bientôt. D’abord Imbahatrila fut sur le point d’être dévoré par le serpent, et ses parents furent très inquiets, car ils virent que les feuilles du bananier commençaient à se dessécher. Enfin Imbahatrila reprit l’avantage et put venir à bout du monstre; quand il l’eut
tué, il coupa ses sept langues pour les montrer à ses parents et aux gens de son village. Tous furent stupéfaits et admirèrent le petit Imbahatrila, à cause de sa force.
LE ROI ANDRIANONIBÉ
HT SA FEMME aUI N’A\'AIT PAS D'ENFANTS
CONTE ANTANKARANA
Recueilli à Tsaralalana [province de Vohemar).
Un jour le roi Andrianonibé appela tristement sa femme et lui dit ; « Il y a bien longtemps que nous sommes mariés et nous n’avons même pas un enfant. Comment cela peut-il se faire ? Si tu veux, ma chère femme, nous irons trouver un possesseur à'ody qui puisse nous donner des enfants, et tu seras mère. » Les deux époux se mirent donc en quête et finirent par trouver un possesseur d’orfj'. « Je te demande avec mille prières, dit le roi, de me communiquer tes ody , Nous n’avons pas d’enfants et notre unique espoir repose en la force de tes ody'. — Ce que vous dites là est très bien. En effet celui qui n’a pas d’enfants est à plaindre. Mais ne soyez pas
tristes, car je vous assure que vous en aurez. Mes ody ne sont pas ici chez moi. Faites seulement tout ce que je vous dirai. Allez, toi et ta femme, pêcher dans la mer des jono (i). Dès que vous les aurez pris, apportez-les chez vous et faites en un rôti. Après le repas, vous jetterez les restes de poissons dans un endroit où on ne passe jamais. Car il faut que personne ne voie ces restes. Or le petit poisson, Andrianonibé, deviendra plus tard un enfant dans le sein de ta femme, et si d'autres personnes en goûtent, elles auront aussi des enfants après avoir mangé le moindre morceau de ces poissons. » Andrianonibé et sa femme remercièrent beaucoup le possesseur d'odj' et promirent de se conformer exactement à ses prescriptions. Ils allèrent de suite à la pêche. Après avoir pris quelques jono, ils rentrèrent à la maison, qu'ils [at aient fait garder par une jeune servante et une chienne. Puis ils tirent tout ce qu’on leur avait dit. Après le repas, la femme d’Andrianonibé enveloppa dans une touffe d’herbe les restes des poissons, et dit à la servante : » Va jeter ceci au dehors. » La servante obéit, mais dans la cour elle regarda ce qu'il y avait dans le paquet ; elle trouva quelques restes de poisson qu'elle mangea. Ensuite elle jeta le surplus. Mais la
( I ) Poissons de la forme et de la grosseur d'une sardine.
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chienne, sentant une odeur de poisson, fouilla partout et trouva ce qu’avait jeté la servante. Elle mangea les derniers débris. Quelques mois s'écoulèrent et la femme d'Andrianonibé fut enceinte. Mais quelle ne fut pas la surprise des deux époux d'apprendre que la servante était également enceinte ainsi que la chienne. Toutes trois avaient mangé des jono. Andrianonibé dit à sa femme: " Est ce que tu as donné des jono à la servante et à la chienne ? — Non, je ne leur en ai pas donné le moindre morceau. Je ne sais pas comment il se fait qu'elles soient enceintes, » Au botit de neuf mois, la femme d’.Vndrianonibé et la servante enfantèrent chacune un petit garçon. La chienne mit au monde deux beaux petits. Les quatre naquirent le même jour. Et l'enfant d'Andrianonibé ressemblait beaucoup à celui de la servante, comme s’ils avaient été les fils d’un même père et d’une même mère. Les enfants grandirent et continuèrent à être si pareils l'un à l’autre qu’on avait de la peine à les distinguer. Chacun avait pour chien un des petits de la chienne. Un jour le fils du roi alla trouver sa mère et lui dit: « Maman, je veux que le fils de notre servante soit élevé comme moi; il ne faut plus qu’on le considère comme un esclave, mais qu’on le prenne pour mon frère. Tu sais comme nous nous ressemblons; dès aujourd'hui je l'appellerai mon cadet. — Mon
fils, lui répondit sa mère, tu es fou ! Tu veux prendre pour frère un esclave ! Jamais nous n'y consentirons. — Quand vous devriez me rejeter, vous ne m'empêcheriez pas d'appeler cet enfant mon frère ! » Les parents finirent par céder.
Un jour Andrianonibé acheta un akanjo à son fils; mais celui-ci ne voulut l'accepter qu'à la condition qu’on donnerait le même à son cadet. Quelque temps après ils eurent chacun un fusil et devinrent d'habiles chasseurs.
Lorsqu'ils furent des hommes, le cadet dit à son frère ; « Maintenant que je suis grand, je veux partir au loin pour chercher une femme. Mais avant de m'en aller, cher frère, je te donne cette citronnelle. Tu la planteras dans une bonne terre et tu la soigneras de ton mieux. Si elle se fane, c'est le signe que je serai malade ; si elle meurt, c'est le signe que je serai mort. Quand tu la verras desséchée, tu partiras donc pour chercher mon cadavre. » L'aîné eut beaucoup de chagrin d’être quitté par son frère; ils se dirent adieu, et le cadet partit avec son chien et son fusil. L'aîné se conforma aux recommandations qu'on lui avait faites ; il planta la citronnelle, et l'arrosa régulièrement deux fois par jour, matin et soir. Au bout de quelques mois la plante fut superbe et l’aîné, tout joyeux, se disait : « Mon frère est en bonne santé, car la citronnelle est bien r-erte. » Au bout d'un an, la plante se fana
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et cessa de pousser. L’aîné fut bien triste en pensant que son cadet était malade. Mais il soigna tant la plante qu’elle finit par reverdir; et lui même fut bien heureux, car il se dit que son frère était guéri. Au bout d’un an encore, la citronnelle se fana rapidement, se dessécha et mourut. L’aîné connut ainsi que son cher frère était mort, et il partit sans tarder, avec son chien et son fusil, pour se mettre à la recherche du cadavre.
Après un mois de marche, il trouva le village qu’avait habité son frère. 11 s’informa auprès des gens et on lui montra même la maison. Il entra dans la cour et vit une femme qui s’appelait Rabaro : c'était la femme de son frère. 11 lui demanda: <i Femme, conduis-moi à l’endroit où est mon frère cadet ? » Ils pénétrèrent à l'intérieur, et l’aîné posa de nouveau la même question. La femme ne répondait rien, persuadée que celui qui lui parlait était son mari. L’étranger posa la question pour la troisième fois, mais alors la femme se fâcha : « Laisse-moi tranquille avec tes sottes questions! Je me moque bien de ton frère cadet! Je n’ai qu’un mari : c’est toi ! Pourquoi me demandes-tu ton frère? » L’étranger passa la nuit dans la maison et coucha dans le lit de son frère; mais il mit son fusil à côté de lui entre la femme et luimême. Le matin, sans rien dire à la femme, il
se leva, prit son fusil, appela son chien, et partit pour chercher le cadavre de son frère. Toute la journée il erra dans la forêt; enfin il finit par découvrir un cadavre déjà sec, réduit à l'état de squelette. Mais il était certain que c’était le cadavre de son frère, car celui-ci était le seul chasseur du village. A côté du cadavre il construisit une hutte et y demeura. Peu après il vit passer un sanglier qu’il tua. 11 le prépara tout de suite, le sala, et accrocha toute la viande à des branches d'arbre. Les jours passèrent.
Or, un matin il rencontra un Kaka, qui avait tué son frère. Le Kaka lui demanda: « Est-ce que ton chien est méchant ? — Non, il n’est pas méchant. Viens donc avec moi, j’ai quelque chose à te demander. — Je ne veux pas aller avec toi, car, je vois bien que ton chien est méchant, et j’ai peur d’être mordu. Attache-le au moins avec une corde ; alors je m’approcherai et je causerai avec toi. » 11 prit une corde, attacha son chien, et tous deux se mirent à causer. Mais tout à coup le frère du mort lâcha la corde qu’il tenait dans sa main, le chien s'élança sur le monstre et le mordit furieusement, tandis que son maître lui portait en même temps de formidables coups. Le Kaka à demi mort s’écria : « Ne m’achève pas, et je ressuciterai ton cadet. » L’aîné consentit et cessa de le frapper. Tous trois allèrent à l'endroit où gisait
le cadavre ; le Kaka frotta les ossements sur le sol et le mort redevint vivant. Dès qu’il fut ressuscité, les deux frères attaquèrent le monstre déjà blessé et finirent par le tuer. Ils revinrent ensuite au rdllage et tout le monde fut stupéfait en voyant ces deux hommes qui se ressemblaient si parfaitement. L’aîné dit à Kabaro; <c Voilà mon cadet que je vous avais réclamé l’autre jour. Vous m’aviez confondu avec lui. » La femme fut si étonnée qu'elle ne put dire un mot. Mais quelque temps après le mari de Kabaro entendit raconter que son aîné avait couché une nuit avec sa femme. 11 alla trouver son frère et lui demanda des explications: « Comment as-tu pu croire une chose pareille, dit l'aîné. Prendre la femme de son frère ! Quelle honte ! » Mais le frère cadet ne fut point convaincu, et il amena son frère devant l'assemblée des hommes du village pour l’accuser. On leur conseilla de se réconcilier et de s'aimer tendrement comme autrefois. Mais le cadet ne voulait rien entendre et on avait toutes les peines du monde â l’empècher de se jeter sur son frère pour le tuer. ■Mors la mère de Zanahary vint et dit : « Je vous défends de vous battre, car vous êtes frères, et je viens pour vous juger. Si vous habitez tous deux le même lieu, vous ne vous aimerez plus jamais ; aussi je vais vous mettre dans des endroits très éloignes l'un de l'autre, et vous ne pourrez vous
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visiter qu'une fois par an. » La mère de Zanahary prit alors l'ainé par le bras et le jeta dans la mer ; dès qu’il y fut tombé, il se transforma en baleine. Puis elle prit le cadet par la jambe et le lança dans l’espace : une fois en l’air, il se changea en foudre.
C’est ainsi, dit-on, que furent produites la foudre et la baleine. Or l'été, pendant la saison des pluies, la foudre tombe dans la mer pour aller voir son frère aîné. C'est de cette manière que s'accomplit leur visite annuelle.
\’oilà mon petit récit, voilà mon grand conte ! Si vous pouvez y répondre, il fera beau; sinon, il pleuvra !
RAJLMLAHY ET LE KAKA
CONTE BETSIMISARAKA Recueilli à Fampotakely {province de Vohemar).
Dans un village habitaient, dit-on, deux époux mariés depuis longtemps et qui n’avaient pas d’enfants. Enfin la femme devint enceinte. Le mari alla pêcher à la ligne dans un lac; et lorsqu'il eut pris beaucoup de poissons, il se mit à enlever les écailles, puis il se disposa à retourner chez lui. Soudain un Kaka sortit du lac et dit: <( Laisse là mes poissons, si tu veux vivre encore. » L'homme obéit et l’animal ne lui donna que les intestins à remporter chez lui.
Quand la femme fut près d'accoucher, l'enfant dans son ventre parla ainsi : « Ma mère, avale un couteau dans une banane mûre; je veux sortir pour voir le soleil. » La mère fut stupéfaite et épouvantée. Pourtant elle se décida à glisser un petit couteau dans une banane et à avaler le tout. L'enfant ouvrit le ventre de sa
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mère et sortit. La mère lui donna le nom de Rajinilahy. » Où est mon père } demanda-t-il, aussitôt né. — Il est allé pêcher dans le lac; chaque fois qu’il y va, il ne rapporte que les intestins des poissons; car il y a dans l’eau un Kaka qui l'empêche de garder sa pêche. — Indique moi, ma mère, le chemin qui conduit à ce lac. Moi, Jinilahy, sorti de ton ventre, j’irai causer avec Rakaka. » Sa mère lui montra le chemin; il se rendit au lac et se cacha sur le rivage. Quand son père eut pris beaucoup de poisson, il enleva les écailles, et se disposait à les emporter; mais le Kaka parut: « Que préfères-tu de ta vie ou de ces poissons ? — Ma vie, répondit le pécheur. — Alors laisse-moi mes poissons et rapporte les intestins chez ta femme. » Rajinilahy fut fort en colère et s’écria : « Pourquoi insultes-tu ma mère ? — Ton père lui-même a peur de moi, et toi, si petit, tu oses m’affronter. — Je ne crains pas tes menaces. — Eh bien ! faisons une épreuve, repartit la bête. Plongeonsnous dans l’eau depuis six heures du matin jusqu’à six heures du soir. — Je veux bien ; ce sera très amusant. » Alors Rakaka se plongea dans l’eau : il remonta vers dix heures du matin. A son tour, Rajinilahy plongea, mais il ne remonta que vers six heures du soir. Rakaka dit : « Retournons au lac, il y a une énorme pierre au fond, soulevons-la à tour de rôle et
mettons la sur notre tcte pour voir si nous pouvons la porter.» Ils descendirent ; Rakaka tenta l’épreuve le premier, mais il fut obligé de laisser retomber la pierre. Puis Rajinilahy essaya : il prit la pierre, la plaça sur sa tête, et dès qu'elle y fut, elle se transforma en sable. Le monstre fut stupéfait. <c Veux-tu que j'emporte les poissons ? » dit Rajinilahy. Le Kaka n'y voulut pas consentir. Alors Rajinilahy le saisit et le traîna jusqu'au village. Tout le monde se sauvait, dans la crainte d'être mangé par le monstre. Mais Rajinilahy l'avait bien dompté. Depuis, il devint célèbre par sa force.