‹ Contes de Madagascar (volume 2)Chapitre 12 sur 29 · ET L’ÊTRE · texte numérisé non relu

ET L’ÊTRE

CONTE BETSIMISARAKA

Recueilli à Maintinandro {province des Betsimisaraka-dii-Sud).

Trois hommes partirent, dit-on, pour faire un lavy. Ils préparaient le repas chacun à son tour. Faralahy avait la charge de fournir la viande à manger avec le riz et chaque fois il faisait cuire du bœuf d’abord, puis ensuite le riz. Or un jour, comme tout était sur le point d’être terminé, Hitikalavasomotra, petit être barbu tenant à la fois de l'homme et de la bête, appela Faralahy : « Amène moi une pirogue ! — .le ne sais pas me servir de la pagaie. — Un radeau alors ! — Je ne sais pas non plus me servir de la perche. » Mais Hitikalavasomotra marcha sur l’eau jusqu’à ce qu’il arrivât près de Farala-

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hy, à qui il dit ; « Que tu m’aies amené ou non une barque, j’ai pu traverser la rivière! Donnemoi du riz ! — Tiens ! répondit l’autre, en voici une grande cuiller. ■ — Je ne veux pas manger avec cela, de peur que la peau me soit enlevée.

— En voici donc sur une feuille de ravinala.

— Oh! je risquerais de devenir une forêt. — En voici donc sur des feuilles de tonatra ! — Je crains de devenir un tonatra. — En voici sur des feuilles de longoza, !..., etc., etc., » Faralahy dit enfin ; « Que veux-tu ? — Allons nous battre en plein soleil. » Tous deux se battirent et Faralahy tomba à terre. Alors l’Etre l'attacha, puis mangea le riz avec la viande, il souilla ce qu'il ne put manger, enfin il partit après avoir recouvert d’herbes les aliments et Faralahy. Faralahy, couvert d’herbes, cria : « Venez, venez, mes amis ! Un animal est venu vers moi, nous nous sommes battus, j’ai eu le dessous. Après, m’avoir attaché, il a mangé une partie de notre repas et a souillé le reste. » Alors Tolanolo dit : n Qu’on me laisse fournir le ro demain matin. » A la pointe du jour, ils partirent au tavy. Tolavolo resta pour préparer à manger. Hitikalavasomotra revint et tout se passa exactement comme la veille. Alors Betombokantsoro dit : « Demain matin ce sera mon tour de" rester, pendant que vous irez au tavy. » Mais il ne fut pas plus heureux que ses camarades. L’être revint, le battit,

mangea la moitié du repas et souilla le reste, puis il s’en fut tranquillement.

Voilà mon petit récit, mon grand conte. Si vous pouvez y répondre, il fera beau temps ; sinon, il pleuvra certainement.

LE KOTOKELY

CONTE BETSIMISARAKA

Recueilli à Vatomandvy {province des Betsimisaraka-du-Sud).

Trois hommes, dit-on, allèrent faire un défrichement; arrivés dans la forêt, deux d’entre eux travaillèrent et un resta pour préparer le dîner; il ht seul cuire une oie, puis du riz; quand le riz fut presque a point, vint une bête qu’on appelle le Kotokely. L’homme lui cria ; « Kotokely, sais-tu danser? Kotokely, sais-tu danser? » Mais la bête répondit ; u Sers-moi vite ce riz, car, si tune me le sers pas, je me le servirai moi-même avec ma langue. — Qu’est-ce que tu me demandes là? — Si tu ne veux pas me servir le riz, battons-nous ensemble, n Ils luttèrent donc ensemble : l’homme au riz fut battu et ligotté par la bête, qui mangea la nourriture ; et ce qu’elle ne mangea pas, elle le répandit à

terre, puis s’en alla retrouver sa femme qu’on appelle la Kotofotsy.

Quand l’animal fut loin, l’homme refit une soupe au riz; lorsqu’elle fut cuite, il appela ses compagnons pour manger; en arrivant, ils furent étonnés de voir qu’il y avait si peu et s’écrièrent : « Qu’est-ce que tu as fait depuis ce matin pour n'avoir cuit que de la soupe de riz ? » Alors le cuisinier raconta tout ce qui lui était arrivé avec la bête. Le lendemain, ce fut le tour d’un de ceux qui avaient travaillé, d’être cuisinier; il eut la même aventure. Enfin le surlendemain le troisième fit la cuisine ; celui-là avait des crevasses dans le pied. Lorsque le repas fut près d’être cuit, l’animal vint comme d’habitude, mais l'homme aux crevasses eut le dessus, et, après l’avoir renversée, attacha la bête au pied à'Vin arongana. Il appela ses camarades qui travaillaient et tous les trois prirent plaisir à manger, cependant que l’animal leur criait : « Jetezmoi les os, jetez-moi les os. » Ils ne le tuèrent pas, mais voulurent l’élever. Lorsqu’on le crut suffisamment apprivoisé, on le commit à la cuisine et à la garde des enfants; mais, un jour que les gens étaient allés travailler, il mit dans la marmite, au lieu des aliments ordinaires, un enfant découpé en morceaux ; et, à la place de l’enfant, il coucha dans le lit un lamba roulé. A leur retour les travailleurs mangèrent sans se douter

de rien. Au milieu du repas ils eurent envie de piment et envoyèrent l'animal en chercher dans la campagne. Comme il n’en trouvait point, un homme sortit avec lui pour lui indiquer l’endroit. Ils marchèrent un peu et l’animal demandait ; « Est-ce ici? » — « C’est plus loin, » répondit l'homme. Cependant la bête murmurait : « Ils sont en train de manger l’enfant, ils sont en train de manger l’enfant. — Qu’est ce que tu dis? — Je dis : « Est-ce ici l’endroit du piment, est-ce ici l’endroit du piment? « Puis, saisissant le moment propice, l’animal s’enfuit, en criant très fort cette fois : » Ils sont en train de manger l’enfant, ehl Ils sont en train de manger l'enfant, ehl » L’homme courut à la maison : on trouva dans la marmite la tète et les os de l’enfant, et, à sa place dans le lit, un lamba roulé.

RANGALAMPONA

CONTE BETSIMISARAK A Recueilli à Mahela (province de Mananjary).

Deux époux s’en allèrent, dit-on, faire un tavy dans la montagne. I Is s’établirent dans une hutte et la femme mit au monde deux enfants, dont l'ainé fut appelé Volanabo et le cadet Boamola. Or, avant que le riz fût mur, n’ayant rien à manger, ils furent obligés un jour d’aller déterrer des oviala dans la forêt. Le père, la mère et le fils aîné partirent ensemble, laissant le plus jeune à la garde de la case. Dès qu’il fut seul, Rangalampona vint et s’adressa en ces termes à Iboamola : u Dis donc, Iboamola, où sont tes parents ? ■ — Ils sont allés dans la forêt chercher des oviala. — Et ton frère? — 11 est parti avec eux.

— Et le chien — Nous n’avons pas de chien.

— Tu es donc tout seul? — Oui. tout seul, d Alors Rangalampona pénétra dans la case et

fouilla partout, cherchant quelque chose à manger; mais il ne découvrit rien et s’en alla. Quelques instants après son départ, le père, la mère et le frère aîné arrivèrent avec une grosse provision d’oviala. On les fit cuire, et, après en avoir mangé une partie, on mit le reste en réserve sur le salazana (i). Le lendemain ils partirent de nouveau; à peine venaient-ils de sortir que le méchant Rangalampona parut : il mangea tous les oviala que Boamola était chargé de garder, puis s’en fut. Quand les parents du petit rentrèrent, ils grondèrent bien fort leur enfant. « Pourquoi as-tu mangé tous les. oviala .' » dit sa mère. Boamola baissait la tête et ne répondait rien ; pourtant ce n’était pas lui qui avait dévoré les provisions. « Tu es un mauvais enfant ! poursuivit la mère. On ne peut pas avoir confiance en toi! Désormais nous t’emmènerons en forêt avec nous, et nous laisserons ton frère pour garder la maison! » Boamola, pris de frayeur, se mit alors à pleurer. « Pourquoi pleures-tu? Allons! Parle! — Ce n’est pas moi qui ai mangé les oviala. C'est un animal très méchant, qui est entré dans la case, pendant que vous étiez partis. — C'est bien ! dit la mère. Nous tâcherons donc de le prendre au piège. »

(i) Claie au-dessus du foyer, et servant de garde-

manger.

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Ils confectionnèrent une sorte de mannequin, semblable à un enfant, qu’ils couvrirent de glu et placèrent près des oviala. A l’heure ordinaire, Rangalampona survint, et, comme le mannequin ne lui répondait pas, il le saisit avec ses pattes qui se trouvèrent engluées. Aussitôt les quatre habitants de la case se jetèrent sur lui et le tuèrent à coups de couteaux et d’angady.

A. A AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

ANGIDIKELY

CONTE BETSIMISARAKA Recueilli à Fctromby (province d'Andevoranto).

Une femme avait, dit-on, six fils. Lorsqu’ils furent grands, il allèrent chercher des femmes. Ils partirent donc chez Talanolobe et apportèrent une oie pour la manger. Arrivés à Analampira, ils dirent à Talanolobe de préparer le sakafo. Quand les aliments furent sur le point d'être cuits, Angidikcly arriva et dit; « Les aliments sont cuits, je veux en manger. » Tous deux se battirent. Angidikely arracha à son adversaire les poils des aisselles et en fit une corde pour le lier. Puis il mangea, et, une fois rassasié, il pissa dans l’eau de riz et fit ses ordures sur ce qui restait de nourriture. Enfin il s'en alla en disant : « Camarades, vous pouvez venir manger. » Quand les autres arrivèrent, ils demandèrent ce qui s'était passé. Talanolobe leur raconta ce qu'avait fait Angidikcly, et ils s'en retournèrent

chez eux. D’autres gens vinrent les jours fastes, mais à tous Angidikely faisait la même chose. Les cinq premiers fils de la femme furent ainsi attachés par lui. I.orsque ce fut au tour du dernier fils de faire cuire les aliments, il prépara une corde et attendit. Quand le riz fut cuit, Angidikely arriva et dit à Faralahy : « Le repas est cuit, je veux le manger. » Puis ils se battirent, et Angidikely fut vaincu. Le dernier-nc l'attacha avec la corde, puis appela ses aînés qui travaillaient, après avoir caché Angidikely sous des feuilles. Les frères, très étonnés, croyaient qu’il n’était pas venu. Ils se mirent tranquillement à manger. Cependant Angidikely étouffait sous le lamha dans lequel il était roulé, et se débattait. « Qu'est-ce que c’est que cela? disaient les frères. — Ce n’est rien, » répondit l'aralahy. Après le repas, il montra son prisonnier. Angidikely leur dit : » Vous ne pourriez pas faire une chute d'eau comme moi. n Eux dirent : « Allons-y. » L’un boucha la rivière avec son pied et produisit une chute. Angidikely dit encore: o Vous ne pourriez pas faire cette chute avec de grosses pierres. — Allons en prendre. » Lorsque la grosse pierre fut trouvée, l’un d’eux la poussa de son pied pour barrer la rivière; et la pierre s’enfonça dans la terre et y fut écrasée.

Voilà pourquoi il y a des plaines ; celles-ci sont produites par l’écrasement des morceaux

de la grosse pierre. Et, si les villages que nous voyons aujourd’hui ne sont pas détruits, c’est parce que les morceaux de la même grosse pierre ne sont pas arrivés jusque là.

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LE Kl RI D Y

CONTE SAKALAVA

Recueilli à Morondava {province de Morondava).

Deux époux, orphelins tous deux, étaient dans une extrême misère; ils n’avaient même pas de quoi se nourrir et se vêtir. Or la femme, devenue enceinte, eut envie de manger du foie de kiridy (i). Le mari prit donc un fusil pour essayer de tuer un kiridy et de rapporter le foie à sa femme. 11 lui dit en la quittant: « Si je ne suis pas revenu dans un mois, ne m’attends plus: c’est que j’aurai été dévoré par le kiridy. — Va, dit la femme; tâche de me rapporter du foie de kiridy, et de revenir sain et sauf. » Puis ils se dirent adieu. Le mari partit, marcha longtemps

(i) Le Uirdy ou kiridy est, dit on, un animal qui ressemble au cheval, mais plus grand et très féroce, il dévore les hommes.

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dans le désert, traversa des rivières pleines de caïmans. La femme, à la maison, se désolait; elle gémissait sur sa pauvreté, car, en l’absence de son mari, elle n’avait rien à manger. Quinze jours après son départ elle n’avait aucune nouvelle de lui ; au bout de trois semaines seulement il rencontra un kiridy et tira sur lui ; mais il le manqua ; le monstre à son tour poursuivit l’homme, l’atteignit et le tua, puis il l’avala d’un seul coup. Au village, la femme, en proie à la plus grande anxiété, allait tous les jours sur le chemin par où devait revenir son mari, mais le mois passa sans qu’il revînt. Elle enfanta un garçon, qui grandit vite et prit beaucoup de force. Un jour qu’il s’amusait avec les enfants du voisinage, ceux-ci lui dirent: « Vat-en, car ton père a été mangé par le kiridy. » L’enfant alla se plaindre à sa mère, mais celleci lui confirma la chose. Alors l’enfant prit un fusil et s’en alla à la recherche du kiridy, qui avait dévoré son père. Il finit par le trouver et le tua. Puis il se mit à le couper en morceaux. A ce moment, son père lui cria du ventre de l’animal : « Fais attention de ne pas me hacher, mon enfant. » Le ventre du kiridy une fois ouvert, tous les animaux et tous les hommes dévorés par le monstre en sortirent. L.e sang du kiridy devint un grand lac, les os se changèrent en oiseaux, la chair se transforma en boue et

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