CONTE BETSILEO
Recueilli à Amboliimaliasoa (pcovince de Fianarantsoa).
Au temps d’autrefois, un andriana avait trois fils. Les deux premiers étaient beaux et adroits; le troisième était laid et modeste. Or dans le pays voisin il y avait une petite andriana très belle nommée Ikalamîtoviamindreniny . Le fils aîné alla demander sa main ; le père de la jeune fille lui dit: « Il y a au nord du village de vastes rizières que mille hommes ne peuvent pas travailler ; si tu peux les mettre en état, je te donnerai ma fille Ikalamîtoviamindreniny. » Le fils aîné prit un angady et s’en alla vers les rizières, mais en voyant leur étendue, il revint vers l’andriana et déclara qu’il renonçait à les travailler. L’autre lui dit encore : « 11 y a dans
mes parcs mille bœufs ; va-t-en chercher et m'amener le taureau qui m’a appartenu le premier. » Le jeune homme s’en fut au parc, mais revint sans avoir pu reconnaître le plus ancien taureau. Le père de la jeune tille reprit encore ;
« Au sud du village il y a un lac ; dans ce lac sont des pierres précieuses ; va les chercher; si tu me les rapportes, je te donnerai ma fille. » Le jeune homme partit, mais ne put trouver les pierres précieuses. Enfin le père fit venir sa femme et sa fille et dit; « Tu vas choisir entre ces deux femmes laquelle tu juges être la jeune fille. i> Le jeune homme désigna la mère. « Ce n’est pas celle-là. Puisque tu es incapable de la reconnaître, enfant, retourne chez toi. » Le jeune andriana s’en alla tristement, désolé de n’avoir pu conquérir la jeune fille. Sitôt qu’il fut rentré, le troisième frère lui demanda: « Où est donc la femme que tu es allé chercher ? — Je n’ai pu l’obtenir, mon cher frère. — Je l’aurais bien, moi. — Non, tu ne l’auras point; tu ne réussiras pas là où j'ai échoué; ne te donne pas une peine inutile. — J'irai quand même ; je veux essayer. » Et il partit. En chemin, il fit la prière suivante: « O mouches, ô canards sauvages, ô sangliers, aidez-moi, secourez-moi, car j’ai une rude besogne à accomplir. » Les sangliers, les canards et les mouches lui répondirent: « Nous t’aiderons,
nous te secourrons, mais il faut nous donner une récompense. — \'ous l’aurez, répondit le jeune homme. » Arrivé chez la jeune fille il fut interrogé par le père: « Que veux-tu, enfant ? — Je veux Rasoamitoviamindreniny pour ma femme. — Alors va vers les grandes rizières au nord du village; mille personnes ne suffisent pas à les travailler ; quand tu les auras mises en état, je te donnerai ma fille. Tiens, voici un angady. » Le jeune homme partit et se mit au travail; il appela les sangliers qui arrivèrent et fouillèrent le sol de leurs groins; en quelques heures le travail fut fait et le jeune homme revint au village. Le père demanda ; « As-tu fini le travail ? — Oui. — Alors va-t-en dans mes parcs ; tu prendras et tu m’amèneras le bœuf, chef de mes troupeaux. » Les mouches arrivèrent et dirent au prétendant: « Le bœuf sur lequel nous nous poserons d’abord sera celui que tu dois prendre. » 11 put ainsi trouver le bœuf et l’amener au père de la jeune fille. « Va maintenant, dit celui-ci, me chercher les pierres précieuses dans le lac au sud du village. Ensuite tu pourras emmener chez toi ta femme. » Le jeune homme s’en fut vers le lac et les canards sauvages lui dirent: « Attends-nous ; nous allons te chercher les pierres précieuses. » Ils les rapportèrent bientôt et les lui donnèrent. « As-tu les pierres précieuses ? demanda le père. — Oui ;
les voici. — Désigne donc celle de ces deux femmes qui est Rasoamitoviamindreniny, et tu pourras l’emmener. » Une mouche se posa aussitôt sur le nez delà jeune fille et le jeune homme dit en la montrant : u C’est celle-ci Rasoamitûviamindreniny. » C’est ainsi qu’elle devint sa femme. 11 l’emmena donc chez lui. Mais, quand le frère aîné vit les deux époux, il s’écria : « Je vais quitter ce pays, car j’aime mieux ■mourir que d’avoir honte. »
De là vient l’expression : mieux vaut mourir que d’avoir honte.
IVOLAMAITSO
CONTE TSIMIHETY
Recueilli à Mandritsara {province de Maroanisetra).
Imboroka, le seigneur des sangliers, depuis longtemps cherchait une femme, mais, dit-on, n'en trouvait pas. Un jour, on lui parla d’une fille de jolie figure, qui n’avait point de mari, parmi les enfants de Randiambe. Imboroka partit plein d’espoir, et Randiambe, lorsqu’il arriva, lui demanda la cause de son voyage, (c La cause de mon voyage, c’est le désir que j’ai d’obtenir pour femme ta fille Ivolamaitso. — Qui es-tu? — Je suis Imboroka, le Père qui mange les pierres ! — Ah ! je te connais bien. Tu es Imboroka, le seigneur des sangliers. Or écoute bien ce que je te dis : 11 y a là-bas, au nord du village, un champ de manioc. Je veux qu’il soit labouré aujourd’hui même. Si tu peux
en venir à bout, je te donnerai Ivolamaitso pour femme. » Imboroka s’en alla au nord du village et vit que le champ de maniocétait une immense plaine. Le jour était déjà très avancé. Comment un homme seul pouvait-il venir à bout de labourer un si vaste espace.’ Mais Imboroka appela vite tout ce qu’il y avait dans le pays de sangliers, grands et petits; et, quand ils furent réunis en grand nombre, il leur ordonna de travailler le champ. Avec leurs groins ils retournèrent la terre et ce fut bientôt fini. Quand Imboroka revient, Randiambe fut stupéfait, mais il tint sa promesse et dit : « Rentre chez toi, et, après une semaine, reviens ici pour chercher Ivolamaitso ; elle sera ta femme. » Imboroka s'en retourna dans son village et il annonça aux siens qu'il avait obtenu la fille de Randiambe. Quand il fut parti depuis deux jours, Randiambe fit appeler Ivolamaitso et Ikaloandevo. « Voici ce que )'ai à te dire, Ivolamaitso ; il faut que tu t’en ailles pour aller chez Imboroka, parce que je t’ai promise à lui comme femme, et je ne peux pas attendre davantage pour tenir ma promesse. Et voici ce que j’ai à te dire, Ikaloandevo : il faut que tu partes pour l'accompagner pendant la route, car elle ne doit pas marcher dans l'eau. » Ikaloandevo répondit : «Je vous le promets, et c’est en un cœur de pierre qu’est placé cet engagement. »
Or Ikaloandevo n'était qu'une petite esclave d'Ivolamaitso, mais toutes deux se ressemblaient tellement que personne n’aurait pu distinguer l’ainée et la cadette; leur figure, leurs cheveux, la couleur claire de leur teint étaient pareilles, les seuls signes particuliers d'ikaloandevo étaient les suivants ; son lamba était sale et elle avait un grain de beauté au cou.
Au matin, elles se mirent en route pour aller chez Imboroka. A une certaine distance elles trouvèrent de l'eau qui barrait le chemin. L;i maîtresse demanda à l’esclave de la porter sur ses épaules, n Donne-moi tous tes vêtements et toutes tes parures, si tu veux que je te porte. » Ivolamaitso les donna et fut portée ; mais elle devint esclave ; c’est elle qui se chargea des bagages; et quand elles arrivèrent au village du fiancé, Ikaloandevo devint la femme d’imboroka. Quatre jours plus tard, Imboroka ordonna à Ikaloandevo l'c’est-à-dire à h olamaitso devenue Ikaloandevo) d’aller garder la rizière pour en écarter les fody. Elle y alla donc et chanta t <1 IIô ! les fody de la forêt ! Ho ! C’est moi qui suis Ivolamaitso, enfant de Randiambe, devenue esclave, et c’est Ikaloandevo l’esclave qui est devenue Andriana. Hù! les fody de la forêt 1 116 ! » Les oiseaux lui répondirent ; « Rentre à la maison, Ivolamaitso, rentre! Ce n’est pas ton atf'aire de garder le riz ! Rentre à la maison,.
I volamaitso, rentre ! » Ivolamaitso répondit : <1 Je suis esclave, hô ! les fody de la forêt, hô ! je suis esclave. » Et les oiseaux de chanter : « Non pas esclave, Ivolamaitso, non pas esclave ! Mais tes père et mère sont Andriana et c'est Randiambe qui est ton père. » Et cinq fois de suite furent répétées les mêmes paroles. On dit qu'Imboroka les entendit du village, et il fit appeler la gardeuse des rizières. Celle-ci, mise en présence du seigneur des sangliers, affirma qu'elle était la vraie Ivolamaitso, et que l'autre n'était qu’une trompeuse et une petite esclave. « Si tu ne me crois pas, fais chercher un taureau roux d'une seule couleur et fais le amener ici. » Le taureau trouvé, les gens du village se réunirent. La jeune fille dit à l'animal : « Si mes père et mère sont vraiment Andriana, et si vraiment Randiambe est mon père, et que je sois Ivolamaitso, et que je ne sois pas une trompeuse, alors prends-moi sur l'extrémité de ta queue et fais-moi monter jusqu’au milieu de ton dos. i> Elle dit cela trois fois, accomplit ce qu'elle avait dit, et redescendit à terre. Puis elle mit au défi la trompeuse d’en faire autant. On vit vraiment ainsi qu'elle était bien Ivolamaitso et que celle qui portait ses habits était une trompeuse. Et pour cette raison on tua l’esclave. Telle est la fin de l’histoire d'Ivolamaitso.
^ ï js- ^
LES DEUX ANDRIAMBAHOAKA
CONTE MAROFOTSV
Recueilli à Andriamena {cercle de Maevatanana) .
Il y avait, dit-on, deux frères, qui portaient tous deux le nom d'Andriamhahoaka . L’aîné était extrêmement riche, beaucoup plus que le cadet.
Un jour il lui prit fantaisie de dépenser tout ce qu’il possédait; il appela son esclave nommé Kotofanasina et lui dit : u Vas appeler tous ceux qui sont morts depuis deux ans. » Kotofanasina exécuta l'ordre de son maître et s'en fut appeler les morts en ces termes :
O les morts de deux ans, eh!
O les morts de deux ans, eh 1
J'appelle, j’appelle.
C’est vous que j’appelle !
Je viens vous appeler,
^ A ^ A èA èl-S 3 (c)'6 X' 3 te '3 jet 3 te) 3 te)
f f îjè f f f f
Moi l'envoyé d’Andriambahoaka !
Les bœufs d’Andriambahoaka, dit-on,
Sont célèbres : il n'y a personne pour les manger !
Les esclaves d’Andriambahoaka, dit-on.
Sont célèbres ; il n'y a personne pour les manger.
L’argent d'Andriambahoaka, dit-on.
Est célèbre : il n’y a personne pour le manger.
Et les morts depuis deux ans répondirent, dit-on, en ces termes :
Retourne à la maison, ô Kotofanasina !
Nos dents qui se transforment en pierres, ne
[les vois-tu pas !
Nos yeux qui deviennent des cavités, ne les
[vois-tu pas ?
Notre tête qui devient une masse ronde d’ossements blanchis, ne la vois-tu pas ?
Kotofanasina s’en retourna, dit-on, et raconta au roi ce qu’avaient répondu les morts de deux ans. Alors Andriambahoaka dit à l'esclave : « Vas appeler le fananimpitoloha [serpent à sept têtes]. » Kotofanasina obéit et appela le monstre en ces termes :
O serpent-à-sept-têtes, eh!
O scrpent-à-sept-têtes, eh !
J'appelle, j’appelle,
C’est toi que j’appelle!
Etc. . . Etc. . .
Bientôt l’eau devint rouge. Kotofanasina répéta son appel, et aussitôt, dit-on, le serpent-à-septtêtes parut à la suface de l’eau. L’esclave tremblait de tous ses membres. Le serpent lui dit : « Retourne à la maison; j’irai chez ton maître; dis-lui de se préparer. » L’esclave fit au roi la commission du serpent et le roi fit ses préparatifs. Il étendit des nattes propres sur toute la surface de la cour et ordonna de réunir ses quatres troupeaux de bœufs. Au bout de quelque temps le fananimpitoloha arriva : Andriambahoaka fit placer près d’une de ses gueules un troupeau de bœufs; le serpent les avala tous. Il restait trois troupeaux, qui furent avalés par trois autres gueules. Le roi n’avait plus un seul bœuf dans ses quatre parcs. Il fit mettre tout son argent devant une autre gueule: celle-ci l’absorba. Le serpent avait encore deux gueules à remplir. Devant l’une, Andriambahoa’Ka plaça tous ses esclaves : ils furent dévorés. Mais le roi n’avait plus rien à mettre dans la septième gueule. Alors lui et les gens de sa famille s’enveloppèrent dans des lambamena et entrèrent dans la dernière gueule, comme en un tombeau.
La fille d'Andriambahoaka, nommée Kalovola et son esclave Kalobotretra, qui était un peu plus grande qu’elle, s'étaient assises dans l’ombre du seuil et le Serpent-à-sept-têtes ne les avait point vues. Il partit, lorsqu'il ne trouva plus rien à manger, et les deux femmes sortirent alors. Kalovola résolut de se rendre chez son oncle roi de l'Ouest. Elles s'en allèrent donc; mais, en route, Kalobotretra l'esclave dit à sa maîtresse ; « Prête-moi un peu ton lamba, et prends le mien.» Kalovola consentit. Lorsqu’elles furent près du village du Roi de l'Ouest, Kalovola réclama son lamba, mais Kalobotretra lui répondit : « Toi une esclave, tu porterais mon beau lamba! je te tuerai, si tu dis encore un motl » Kalovola ne souffla mot, car elle était plus petite que Kalobotretra. Au bout de quelque temps, elles arrivèrent chez Andriambahoaka qui dit ; « Entre, mon enfant ! » Il ne connaissait pas du tout sa nièce. Kalobotretra, qui portait les beaux vêtements de Kalovola, entra donc ; Kalovola eut peur et n’osa protester. Après quelques jours l’oncle sema du riz: il envoya Kalovola pour garder la rizière et écarter les fody. La jeune fille obéit, et, quand les fody venaient, elle leur disait:
Eh! vous, les fody de la forêt, eh !
Eh 1 vous, les fod}- de la forêt, eh 1
Ne mangez pas le riz d’Andriambahoalia !
C’est moi qui vous le dis !
Car Andriambahoaka est un personnage célè-
Kalobotretra est devenue une andriana, [bre.
Tandis que Kalovola est devenue une esclave.
Et chaque fois que les fody venaient pour manger le riz, elle répétait la même chose.
Un jour, dit-on, le roi alla voir son riz et entendit les paroles de Kalovola qui chassait les fody. Cela le lit réfléchir et il se demanda laquelle était vraiment sa tille, la grande ou la petite. Il trouva un moyen de s'en assurer. «Je vais leur dire d’appeler liai ma inty, [le bœuf noirl. Si la grande l’appelle et qu'il s’approche d'elle, c’est que c’est elle ma tille ; si c’est au contraire la petite, je reconnaîtrai en elle ma vraie tille. » Alors le roi dit à Kalobotretra qui était l'aînée d’appeler la première. Elle dit ;
O le Noir, eh !
O le Noir, eh 1
Arrive ! Arrive ! Car c’est moi.
Qui suis ta maîtresse, qui t'appelle 1
Mais le bœuf noir ne vint pas. Andriambahoaka dit alors à Kalovola, qui était la cadette, d’appeler à son tour. Elle dit ;
O le Noir, eh !
O le Noir eh I
Arrive, Arrive ! Car c’est moi,
Qui suis ta maîtresse, qui t’appelle !
Et le bœuf noir s'approcha, dit-on. A cette vue le Roi étonné reconnut que Kalovola était sa fille et que l’autre n’était qu’une esclave. Il adopta donc Kalovola et envoya Kalobotretra surveiller les rizières.
Conte, conte! Historiette, historiette ! Ce n’est pas moi qui suis un menteur, ce sont les
anciens.