‹ Contes de Madagascar (volume 2)Chapitre 28 sur 29 · LES TROIS FRÈRES · texte numérisé non relu

LES TROIS FRÈRES

CONTE TANALA

Recueilli à Ambatofisaka (province de Farafangana).

Un roi nommé Isakobakobarano régnait en paix dans un village appelé : Ambodinonoka. Un jour qu’il se reposait au soleil, il s’aperçut que sa peau devenait terne, et il envoya trois hommes pour acheter de l’huile dans un village voisin appelé Tsiakarantafika, car il y avait là quelqu’un qui savait bien la fabriquer. Lorsque les trois envoyés arrivèrent au village, le marchand d’huile leur demanda : « Comment se portent vos parents ? Nous ici nous allons bien et nous continuons à faire de l’huile. — Tout le monde va bien chez nous, dirent les trois envoyés. Le royaume d’isakobakobarano est florissant. Ï1 y a tant de bananes mûres qu’on n’arrive plus à les manger, et elles seront pour

les oiseaux. Les poules passent la nuit sur les arbres et on ne les vole pas. Les petits enfants n’osent plus s'amuser dans la cour, car ils ont peur d’être emportés par le sang des bœufs qui coule comme un torrent. Le village est si grand, que quand il y a un nouveau-né au Nord, les gens du Sud n’en savent rien, et il en est de même pour l’Est et l’Ouest. Voilà comment sont les choses dans le royaume d’Isakobakobarano. Mais ce roi s’est aperçu que sa peau devenait terne et livide : il nous a donc envoyés pour chercher de l'huile chez vous qui en fabriquez. — Fort bien, dirent les marchands d’huile. Nous vous en procurerons de la meilleure qualité. » Ils préparèrent alors un repas pour les trois envoyés, et quand le repas fut cuit, ils se mirent à manger. Pendant le dîner, un des envoyés aperçut au loin à l’Est une grande et belle case ; il demanda qui en était le maître. « C’est la case d'ibefaratratra, répondit le marchand d’huile. Ils sont trois frères ici, et tous les trois sont rois. Leur sœur s’appelle Renikombareva : elle habite dans une case en fer; personne n'a jamais pu la contempler, le soleil et la lune même ne l’ont pas encore vue. » Un autre envoyé regarda dans la direction de l’Ouest : il y avait là une autre maison de belle apparence ; l’envoyé demanda à qui elle appartenait. n C’est la demeure d'Indriampodimena ;

ils sont ici trois frères, et tous les trois sont rois. Leur sœur a nom Renikombareva :-clleest dans une case en fer ; personne ne l’a jamais vue, pas même le soleil et la lune. » Le troisième envoyé se tourna vers le Sud et vit aussi une grande case, n C’est la maison d’Ilehipampa, dit le fabricant d’huile. Ils sont trois frères, tous trois rois. Leur sœur, c’est Renikombareva, qui habite une case en fer et que jamais personne au monde n’a vue, pas même le soleil ou la lune. » Les trois envoyés pensèrent aussitôt que si leur roi venait à entendre parler de cette femme que jamais personne n’avait vue, il désirerait la prendre pour épouse. Ils n’attendirent donc pas l’huile et retournèrent à leur village. Tout de suite, le roi réclama ce qu’il avait envoyé chercher. « Nous sommes bien allés chez le fabricant d’huile, dirent les trois; mais il nous a demandé le temps de préparer une huile de qualité supérieure et a fait cuire des aliments pour nous. Après le repas, nous l’avons interrogé, à propos de trois grandes et belles cases qui se trouvent au Sud, à l’Est et à l’Ouest dans le village. Il nous a dit que ces trois maisons appartenaient à Ibefaratratra, Indriampodimena et Ilehimpampa. Ce sont trois frères et tous les trois sont rois. Ils ont une sœur appelée Renikombareva. Elle habite dans une case en fer, et jamais personne au monde ne l’a

contemplée. Le soleil et la lune mêmes ne l'ont point vue. Nous nous sommes empressés de revenir pour te raconter tout cela, car une pareille femme est digne de devenir ton épouse. » Isakobakobarano fit aussitôt sonner les conques pour rassembler ses sujets et il ordonna aux guerriers de prendre leurs armes pour aller chercher une femme à Tsiakarantafika. On se mit en route ; arrivé près du village, le roi dépêcha trois hommes pour parler aux habitants; ceux-ci étaient intrigués et effrayés de la venue d'une aussi grosse troupe. « \'oici le motif de notre venue, dirent les trois. Le roi Isakobakobarano s’est mis en route pour vous rendre visite; il nous a expédiés en avant pour vous prévenir; car il est mauvais d’entrer dans un village sans être attendu. Voilà pourquoi nous sommes venus ici. — Très bien, répondirent les gens du pays. Dites-lui donc d’entrer. » Alors le roi, accompagné de milliers d’hommes fit son entrée dans le village. Puis il pria Ibefaratratra et ses deux frères de convoquer tous les membres de leur famille. Lorsqu’ils furent tous réunis, le roi demanda qu’on lui accordât Renikombareva pour être sa femme. Les trois frères répondirent qu’ils allaient délibérer à ce sujet et firent dire à leur sœur d’aller trouver Isakobakobarano. Dès que celui-ci aperçut la jeune femme, il tomba par terre, comme mort,

Renikonibareva s'en fut chercher de l’eau qu'elle mit dans une corne, et avec cette eau, elle aspergea l'homme en disant : « Allons, mon homme ! Si c’est ma laideur qui t’a fait tomber en défaillance, meurs ! Si c’est au contraire ma beauté, vis ! » Alors le roi se réveilla en sursaut et s’écria : « Comme j’ai dormi longtemps ! »

Cependant les trois frères étaient en train de discuter. L’aîné dit : « Frères, laissons-la se marier avec le roi; car c’est un homme puissant et riche. » Mais les deux autres s’écrièrent : « Ne vois-tu pas que Isakobakobarano est un roi orgueilleux, querelleur et pourtant sans courage Défions-nous ! Si notre sœur allait devenir captive et malheureuse i — Non, répliqua Ibefaratratra, si vous ne vous rangez pas à mon opinion, je vous considère comme mes ennemis 1 ■> Les deux frères ne soufflèrent plus mot et force leur fut de suivre l’avis de l’aîné. On invita donc le roi à venir et Ibefaratratra prit la parole ; « Seigneur, on discute, on tient conseil, c’est la coutume. Notre décision est prise maintenant ; nous vous donnons notre sœur en mariage, car on ne saurait trouver un homme qui lui convienne mieux que vous. Emmenez votre femme, mais nous vous recommandons, avant que vous partiez, de ne pas lui couper le bras, de ne pas lui arracher de dents, de ne pas

lui crever l’œil. Voici deux esclaves, cmmenezles aussi, pour remplacer votre femme dans toutes les besognes qui pourraient lui être pénibles; en effet notre sœur n’est pas habituée aux travaux de la maison que nous lui avons toujours épargnés. — -Je vous remercie, répondit le roi. Pour les esclaves, je vous les laisserai ; elles pourront vous servir ici, et j’en ai suffisamment chez moi. » Alors les trois frères donnèrent aux gens qui accompagnaient le roi trois cases de riz, huit bœufs et trois sacs de sel. Après le repas, Isakobakobarano retourna dans son pays avec sa femme. Les soldats tirèrent plusieurs salves dont la fumée obscurcit le soleil et rendit le jour pareil à la nuit. De nombreux danseurs dansèrent la danse des sagaies, en faisant le geste de lancer l’arme et de parer les coups; et tout le peuple acclamait les joueurs. On arriva ainsi jusqu’au village où l’on fit une grande fête. D’innombrables bœufs furent tués et on chanta les chants rituels. Sur ces entrefaites, vint à passer l’oiseau Vorombetsivaza. Etonné du bruit qu’on faisait, il se pereha sur la corne de la maison pour regarder la fête. Isakobakobarano lui dit ; Il Où vas-tu, Ivorombetsivaza ? — Je vais chez Imcnarandava. Mais, en vous voyant chanter et vous réjouir, je me suis arrêté ici pour vous contempler. — Si tu vas chez Imenarandava, dis-lui ceci de ma part: « Si Imenarandav^a

est un homme, qu’il monte jusqu’ici pour combattre avec moi Isakohakobarano. S'il peut me vaincre, je lui donne en gage ma tête pour la couper, je lui donne la nouvelle femme que je viens d’épouser, pour qu’elle devienne sa servante, et il aura le droit de la vêtir avec de vieilles nattes sales ; il pourra couper aussi l’arbre appelé <1 nonoka « qui se trouve à l’Ouest de ma maison et sous lequel je me repose à l’ombre, il pourra enlever ma grande marmite qui sert à faire cuire le repas des soldats et que huit hommes réunis n’arrivent pas à soulever; enfin il pourra incendier mon village, s'il est un homme. » Or Imenarandava était le roi voisin d’isakobakobarano. Ivorombetsivaza s'envola donc et alla le trouver. Arrivé devant sa porte il battit des ailes et tomba comme mort. Tout le monde fut plein d’étonnement et quelques-uns disaient : « Achevons de le tuer et allons le griller sur un grand feu. » Mais le roi s’écria ; « Ne le tuez pas, car il nous apporte des nouvelles. Puis il prit une battée, mit dedans de l'eau et du toaka et dit : « Si tu nous apportes de bonnes nouvelles, bois de cette eau et de ce toaka, et redeviens vivant ! Si au contraire c’est du malheur que tu nous apportes, meurs ! » Aussitôt l'oiseau se réveilla et but. Puis il parla ainsi : « Le but de mon voyage, c’était de te faire visite. Le hasard fit que je passai près du village

de Isakobakobarano . On y faisait de grandes réjouissances, car le roi venait d’y amener une nouvelle femme. Comme je m’étais perché sur le pignon de sa maison pour voir la fête, il m’aperçut et me dit : « Si Imenarandava est un homme, rapporte lui ceci : Qu’il vienne prendre ma nouvelle femme pour être son esclave, qu’il coupe le nonoka à l’ombre duquel je m’abrite, qu’il emporte ma grande marmite que huit hommes réunis ne peuvent soulever et qu’il incendie mon village. » En entendant ces mots, Imenarandava pâlit de colère; il convoqua sans plus tarder ses sujets et tous ses guerriers pour aller attaquer Isakobakobarano. Des milliers d’hommes se réunirent ; ils couvraient tout un tanety. La guerre commença et les sujets d’isakobakobarano ainsi que ceux de son adversaire furent bientôt décimés. Un chef, parmi les soldats d’isakobakobarano, ému de ce douloureux spectacle, disait : « Seigneur, 6 roi, prenons la fuite et abandonnons notre village. 'Vois! 11 y a tant de \'ictimes. — Non, répondit Isakobakobarano, si tu veux t’enfuir, revêts donc le costume d’une femme. Si tu tiens à ressembler à une femme, va-t-en au village adresser des prières aux ancêtres, comme elles font! Pour ce qui est de tourner le dos aux ennemis, jamais! Quant k moi, je combattrai jusqu’à la mort ! » Un chef des troupes d’Imenarandava lui dit

aussi ; « Stigncur, ô Roi ! Retournons chez nous, laissons-les maîtres de leur village, vois comme il est difficile de s’en emparer et combien d'entre nous sont tombés déjà'. — Non, dit Imenarandava. Si tu veux passer pour une femme, retourne au village et va invoquer les ancêtres. Quant à moi, j'espère aujourd'hui même incendier la demeure de mon ennemi! » Peu après, les sujets d’isakobakobarano furent repoussés et mis en déroute. Isakobakobarano lui-même fut tué, imenarandava abattit l'arbre appelé Nonoka, emmena la nouvelle épousée, emporta la grande marmite de fer, et incendia le village, puis il s'en retourna chez lui. Dans sa maison, il vêtit Renikombareva captive d'une vieille natte malpropre et lui fit faire des besognes serviles. Or, au bout de quelque temps, Ibefaratratra et ses frères apprirent le malheur arrivé à leur sœur. Indriampodimena soupira et dit tristement ; " Voyez! j’ai eu bien raison de dire que Isakobakobarano était un roi orgueilleux et querelleur, quoique lâche en même temps. Et je ne me trompais pas lorsque je craignais que notre sœur ne devint esclave ! — Soyez tranquilles, dit Ibefaratratra, je vais tâcher de la délivrer. » 11 se vêtit d’une vieille natte malpropre, d’un chapeau tout déchiré, il mit en guise de salaka l'écorce de bois appelée fanto qui sert aux pauvres, puis il se dirigea

vers le village d’ibemanarandava. Lorsqu'il y fut arrivé, il lui demanda : « O Rangahy, comment vont les gens de chez toi ? — Nous nous portons bien. Nous venons d’entreprendre une grande guerre contre Isakobakobarano et nous en sommes sortis vainqueurs. Nous avons mis le feu à son village, et à lui nous avons coupé le cou. Sa femme, qui se montrait orgueilleuse, la voici au coin de notre feu, vêtue d’une vieille natte et chargée de besognes serviles. Et les gens de chez toi, comment vont-ils? Quel est le but de ton voyage? — Tout va bien chez nous, Seigneur. J’ai entendu dire que tu avais remporté une grande victoire et je suis venu pour prendre part à vos réjouissances. Je ne suis qu'un pauvre malheureux, incapable de subvenir à ses besoins; veux-tu me recevoir au nombre de tes serviteurs ? — Soit, dit le roi. Si tu veux être un de mes serviteurs, je te donnerai Renikombareva en mariage. !Or c’était sa propre sœur que le roi lui offrait en mariage). — Volontiers, répondit ibefaratratra. » Quant la nuit vint, on leur donna une case vide ponr y coucher et, sitôt qu’ils y furent entrés, Ibefaratratra dit à sa sœur . « Retournons vite chez nous, car je suis venu pour te délivrer. » Ils partirent cette nuit même et, quand ils furent arrivés dans leur village, Renikombareva rentra dans sa maison de fer. Le lendemain matin, comme le soleil montait

à l’horizon, Imenarandava dit : « Le vieux qui est couché avec Renikombareva se réveille bien tard! Qu’on aille les faire lever! » Mais dans la case il n’y avait plus personne, et, en y réfléchissant, imenarandava comprit qu’lbefaratratra avait feint d’être un vieux pauvre pour délivrer sa sœur. Il fit appeler ses sujets et armer ses guerriers pour se mettre à la poursuite de sa captive Renikombareva. Les trois frères réunirent eux aussi leurs sujets et leurs soldats. Avant l’arrivée des ennemis, ils firent faire des exercices avec les sagaies et les boucliers, et la terre en tremblait, et les enfants qui se tenaient debout dans les cases en tombaient à la renverse. Quand le combat s’engagea, les trois frères étendirent une natte sur le sol devant leurs soldats, ils se couchèrent tous les trois sur celte natte et les sagaies lancées par les ennemis venaient se placer d'elles-mêmes dans leurs mains. Imenarandava, voyant tomber morts un grand nombre de ses guerriers, prit la fuite. Les trois frères le poursuivirent ; comme ils étaient près de l’atteindre, il les supplia de ne pas le mettre à mort. Eux consentirent à le laisser en liberté. Mais comme il s’éloignait, eux le poursuivirent encore, et, en les voyant approcher, imenarandava, en proie à la terreur, fit un bond énorme. Cependant ils ne le tuèrent pas et lui dirent de s’en aller.

Depuis lors, quand le serpent menarana voit des hommes, il fait un grand bond, mais ceuxci ne le tuent pas ( i ).

(i) Jeu de mots dû à une confusion entre le nom d'une espèce de serpents (le menarana) et le nom d'Imeiiarandava (= menaranalava, le long menarana).

a^*4aa^*4a4^4.*4a af «^a af af a^ »4a 4 *4. 4 »4a afHa.^»^.

RANALAHY ET RANAVAVY

CONTE BETSIMISARAKA

Recueilli à Antandiokomby [province des Betsimisaraka-dii-Sud) .

Un jour, dit-on, Ranalahy et Ranavavy partirent pour chercher des voatrotroka (i); comme ils suivaient les bords de la rivière, il virent une caisse emportée par le courant. Ranalahy entra dans l'eau pour l’atteindre, l’amena jusqu’à la rive et l’ouvrit : il y avait dedans trois enfants. 11 appela aussitôt sa femme : « Ranavavy, descends vite, je viens de faire une découverte extraordinaire. >1 Lorsqu’ils eurent tous deux admiré les enfants, ils retournèrent avec eux au village et se hâtèrent de construire une hoba (2),

(1) Sorte de fruit sauvage.

(2) Petite case où les femmes nouvellement accouchées passent huit jours.

comme on a l'habitude de le faire lorsqu’une femme a enfanté.

Au bout d'une semaine, les trois frèrent dirent à Ranalahy : « Papa, achète-nous des sadika » fi}; lorsqu'ils les eurent obtenus, ils demandèrent aussi des lambas, puis des épieux et des sagaies. Et quand ils eurent tout cela, ils annoncèrent leur intention de partir à la guerre. Le père leur dit : « Quand vous arriverez à un champ de patates, vous mangerez toutes les patates qui s’y trouveront; vous ferez de même quand vous trouverez des cannes à sucre, et quand vous rencontrerez une fontaine, vous irez en boire toute l’eau. Puis vous continuerez votre chemin. » Ils firent ainsi et, marchant toujours, parvinrent à un ramiavona (2); ils y grimpèrent et tournèrent leurs yeux successivement vers l’Ouest, vers l’Est et vers le Sud, sans rien apercevoir; mais quand ils regardèrent au Nord, ils virent un village. Descendus de leur arbre, ils construisirent une petite maison et tuèrent trois bœufs sans cornes. Vinrent des personnes qui cherchaient de l’eau. Les trois frères s’écrièrent : « Si vous êtes des

(1) Autre forme de Salaka; large bande de toile dont les hommes se ceignent les reins après l'avoir fait passer entre les jambes.

(2) Espèce de liane.

hommes, venons-en aux mains! » Bientôt soixante hommes arrivèrent pour les combattre, mais ils ne faisaient aucune attention aux sagaies lancées par ces hommes. Pourtant Fanivoivo fut blessé à la cuisse; alors il appela Faralahy à son secours, et celui-ci cracha sur la blessure qui fut guérie. A leur tour, les trois frères lancèrent- leurs sagaies, et les soixante hommes furent vite tués ; il en arriva cent autres, qui furent exterminés encore. Alors les trois \'ainqueurs entrèrent dans le village et dirent aux gens : « Quels sont ceux d'entre vous qui accepteront de devenir nos esclaves? » Tous les habitants consentirent. Ensuite les trois frères se firent porter en filanzane pour retourner dans leur pays. Arrivés à la porte delà maison paternelle, ils tuèrent trois bœufs, et leurs parents [adoptifs] furent comme des rois. Mais lorsque leurs vrais père et mère apprirent tout cela, ils allèrent trouver les parents adoptifs et leur dirent ; « Ces trois frères sont nos enfants, emportés autrefois par la rivière. » Alors les trois frères retournèrent chez leurs vrais paretits ; ils emportèrent avec eux tout ce qu'ils possédaient, et Ranalahy et Ranavavy connurent de nouveau la pauvreté.

FARAMALEMY ET KOTOBEKIBO

CONTE BETSIMISARAKA

Recueilli à Sevanantsara {province d'Andevoranto) .

Un père et une mère voulaient abandonner leurs enfants : voici comment ils s’y prirent. Ils remplirent un pot de pierres et posèrent par dessus des saonjo; puis ils dirent à leurs deux enfants, Faramalemy et Kotobekibo ; « Nous allons chercher de quoi manger; vous, gardez la maison; voici un pot de saonjo dont vous vous nourrirez jusqu'à ce que nous soyons revenus. » Et ils partirent pour ne plus revenir jamais.

Ikotobekibo, qui était très gourmand, dit à sa sœur Rafaramalemy : « Nous avons bien faim; mangeons ce qu’on nous a laissé. » Mais au moment de partager les saonjo, il s’aperçut que le pot était plein de pierres. Faramalemy, qui était la plus sage, dit à son frère : « Nos parents

veulent nous abandonner, il faut que nous cherchions notre vie. » Tous deux partirent donc; ils arrivèrent au bord d’une rivière : <c Par où veux-tu aller, dit Kotobekibo, en amont ou en aval ? — En aval, répondit Faramalemy, moi je ne trouverai rien, et toi, tu auras sans doute du gibier. « Ainsi firent-ils. Le soir ils rentrèrent à la maison. Ikotobekibo demanda à sa sœur ce qu’elle avait pris; Faramalemy n'avait rien trouvé ; il se mit fort en colère et s’écria : « Tu n’as rien rapporté, tant pis pour toi. Nous allons barrer la chambre ; j’en aurai une moitié, et toi l’autre. Chacun fera cuire et mangera ce qu’il aura trouvé. <> Ce qui fut fait. Le lendemain, même manège. Cette fois Ifara trouva un agneau mort qu’elle rapporta à la maison pour le manger. Kotobekibo ne prit qu’un crabe. En rentrant il demanda à sa sœur quel gibier elle avait pris. Elle ne voulut pas le lui dire et répondit : « Mon frère, je n’ai rien, je n’ai trouvé que des sauterelles et un crabe. » Kotobekibo éleva la cloison comme la veille. Chacun fit cuire sa part. Faramalemy commença par brûler la fourrure de son agneau. Kotobekibo sentit l'odeur et s'écria : n Ah! quelle odeur! Tu as fait bonne chasse, mais tu n’as pas voulu me le dire! » En même temps il ôta la cloison et aida sa sœur à brûler la fourrure de l’agneau. I' Nous sommes seuls ici tous les deux. Pourquoi

taire cuire chacun pour soi ? « Sa sœur consentit volontiers et partagea l’agneau avec lui. Le lendemain, ils se mirent de nouveau en quête. Cette fois ce fut Faramalemy qui partit en amont. Elle parvint à la maison deTrimobe, située au sommet d'une colline. Elle y entra et profita de l’absence de Trimobe pour manger toutes sortes d’aliments qui se trouvaient là. Elle en rapporta même à la maison. A peine arrivés, le frère et la sœur se demandèrent ; « Qu’est-ce que tu as ? » Faramalemy dit qu’elle n’avait rien, et le gourmand, qui n’avait pas grand chose, dressa encore la cloison. Alors sa sœur sortit de sa sobika les provisions qu’elle avait rapportées de la maison de Trimobe. A ce moment, Kotobekibo regarda par les interstices de la claie servant de cloison, et, voyant les vivres, s'écria : « Oh ! Faramalemy, tu as encore à manger. Songe que nous sommes frère et sœur; nous ne devons pas nous quereller. Partage avec moi, veux-tu? La na'ive fillette lui donna toutes les provisions, car elle n’avait plus faim. « Où as-tu trouvé toutes ces bonnes choses ? dit Kotobekibo, lorsqu’il fut rassasié ». — « Je les ai prises dans la maison de Trimobe». — - « J'irai, moi aussi. — « Ne t’en avise pas. Tu es trop gourmand ; tu ne pourrais plus sortir, une fois ton ventre plein, et Trimobe te mangerait. » Mais Kotobekibo s’obstina et ils s’en allèrentensemble cette

fois. Arrivés chez Trimobe, ils se mirent à manger, mais le ventre de Kotobekibo devint tellement gros qu'il ne put passer par la porte. Le gourmand s’écria tout angoissé : « Qu’est-ce que je vais devenir, Faramalemy ? Voilà que je ne peux plus sortir. Trimobe va me manger. » — « C'est bien fait, je t’avais prévenu. » Pourtant elle conseilla à son frère de prendre le tisonnier et de se cacher sous l’escabeau. « Quand il demandei'a qui a mangé ses provisions, tu répondras : c’est moi. Il se baissera pour voir qui est là, et tu le frapperas alors avec le tisonnier. » Tiimobe arriva peu de temps après et dit en reniflant ; « Maimbo olombelona, maimbo oloinbelona. » [Ça sent l’homme !] Puis il demanda : « Qui a mangé ma viande? — C’est moi », répondit Kotobekibo. Trimobe se baissa pourvoir qui parlait sous l’escabeau, mais Kotobekibo le frappa si vigoureusement avec le tisonnier qu’il le tua.

Ensuite il appela sa sœur et tous deux jouirent ensemble des richesses de Trimobe.

TKIMOBÉ ET FARAMALEMY

CONTE BETSIMISARAKA

Recueilli à Serauantsara (province d' Andevoranto).

Quatre femmes étaient parties pour chercher des légumes. Trois d’entre elles, leur récolte faite, dirent à la quatrième, qui n’avait encore rien, de continuer à chercher. Quand elle voudrait revenir, elle n’aurait qu'à suivre le chemin où elles allaient semer des légumes : ce chemin la conduirait à leur village. Faramalemy se mit en quête. Quand elle eut des légumes, elle revint par le chemin indiqué. Mais en route elle vit les perles deTrimobe et en prit. Trimobe survint en s’écriant : « Je sens l’odeur humaine! je sens l’odeur humaine!» Faramalemy répondit ; « C’est moi, Trimobe. — Veux-tu être ma femme ou ma fille? dit Trimobe — Je veux être ta femme, » Faramalemy devint

enceinte et mit au monde une fille qu’elle appela Ralesoka. Quand celle-ci fut grande, Trimobe lui acheta une cruche à eau. Ralesoka allait à la fontaine avec d’autres jeunes filles. Un jour celles-ci lui dirent ; « Casse ta cruche, nous avons cassé la nôtre. » Ralesoka brisa sa cruche. Mais le lendemain ses compagnes lui dirent; «Nous n'avons pas cassé nos cruches, nous les avons cachées. » Ralesoka, tout en pleurs, alla trouver sa mère. « Qu’est-ce qui t’arrive, ma fille ? — .l’ai cassé ma cruche. — \’a donc bien vite te cacher là-bas dans la grotte, de crainte que ton père, Trimobe, ne te voie et ne te tue. Si quelqu'un t’appelle avec une petite voi.x, ce sera moi. Mais si au contraire on t’appelle avec une grosse voix, ne réponds point. » Ralesoka se cacha dans la grotte, où sa mère lui apportait de la nourriture. Mais un jour Trimobe s’approcha et appela comme faisait sa femme. Ralesoka, entendant sa grosse voix, n’ouvrit pas. Trimobe, après plusieurs tentatives vaines, alla chez Tononkakazo et lui demanda des ody, pour que sa grosse voix devint une petite voix pareille à celle de sa femme. Tononkakazo lui en donna, mais il devait s’abstenir de cracher. 11 alla pour appeler Ralesoka, mais il cracha ; Ralesoka le reconnut et ne lui ouvrit pas la porte. Trimobe s’en fut alors chez Rahonkoka pour lui demander des

ody, Rahonkoka lui donna du tenamboa, mais il devait s’abstenir de cracher. 11 oublia encore le lady et sa fille ne lui ouvrit pas. 11 retourna chez Rahonkoka pour chercher d’autres ody. Cette fois il reçut du tainakoho. 11 courut appeler sa hile et enhn il réussit, parce qu’il s’était abstenu de cracher. Seulement, quand Ralesoka vit la tète de Trimobe apparaître à la porte, elle se hâta de repousser la pierre qui servait de fermeture: Trimobe eut la tête écrasée et mourut. Ralesoka put aller retrouver sa mère Faramalemy.

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TRIMOBÉ ET SOHITIKA

CONTE MAROFOTSY

Recueilli à Andriamena {cercle de Maevatanana).

T rimobe alla, dit-on, arracher dans son champ les mauvaises herbes. Il avait des arbres de differentes espèces^ et particulièrement des orangers. Or un jour Sohitika vint voler les oranges de Trimobe. Celui-ci se fâcha, courut après Sohitika, mais ne put l’atteindre. Le lendemain, nouveau vol : Trimobe poursuivit encore en vain le voleur; car, étant petit, Sohitika courait très vite. Comme les vols continuaient, Trimobe se cacha un jour dans les saonjo et put attraper son voleur. « Je te mangerai, lui dit-il, toi qui voles toutes mes oranges. — Je n'y puis rien ; fais de moi ce que tu voudras, puisque tu m’as pris. « Trimobe

déterra alors une quantité de saonjo et les mit avec Sohitika dans une sobika, puis, après avoir cousu la sobika, il se mit en route avec l'intention de rentrer pour faire cuire dans la même marmite Sohitika et les saonjo. Chemin faisant, Sohitika décousit la sobika et lit tomber un saonjo. Trimobe, au bruit, tourna la tète, vit que c’était un saonjo, et continua sa route. Sohitika jeta un autre saonjo: Trimobe cette fois ne tourna même pas la tête, se disant : « Cela ne m'intéresse pas ; ce n'est pas Sohitika qui tombe. » Plusieurs saonjo tombèrent encore et Trimobe ne se doutait pas que c'était Sohitika qui les jetait. Dès qu'on fut en vue du village, Sohitika à son tour se laissa tomber par terre en même temps que deu.v ou trois saonjo, et prit la fuite, sans que Trimobe s’en aperçût. Arrivé chez lui, Trimiobe dit à ses enfants et à sa femme qu'il avait attrapé Sohitika et qu’on allait le manger. 11 ouvrit la sobika, mais n'y trouva plus que des saonjo.

Le lendemain il se cacha dans les goyaviers et de nouveau il put se saisir de Sohitika. «Cette fois-ci, je te mangerai, et tu ne trouveras plus le moyen de te sauver. « Ce disant, il attacha solidement les pieds et les mains de Sohitika, le mit dans un sac et le porta chez lui. Sa femme était seule à la maison. « Voilà Sohitika bien pris; il est dans ce sac.» La

ig

femme regarda dans le sac et y vit le prisonnier. Trimobe dit encore à sa femme :« Va-t-en puiser de l’eau, moi je chercherai du bois à brûler, pour faire cuire Sohitika. » Ils s’en allèrent chacun de son côté. Après leur départ leurs deux enfants rentrèrent et virent le sac. Sohitika imita le chant du coq, les deux enfants crurent que c’était un vrai coq, et, désireux de le faire combattre, ils ouvrirent le sac pour le prendre. Quand le sac fut décousu, Sohitika, qui avait détaché les cordes dont il était lié, attacha les deux fils de Trimobe, les mit dans le sac qu’il recousit et se sauva. Les deux enfants, après avoir un peu crié et pleuré, s’endormirent. Longtemps après Trimobe et sa femme rentrèrent à la maison apportant de l’eau et du bois à brûler. Trimobe alluma du feu, et quand l’eau fut bouillante, il mit le sac dans la marmite et ne l’en retira qu’après cuisson complète. Lorsqu'ils l’ouvrirent pour manger Sohitika, ils reconnurent avec épouvante qu'ils avaient fait cuire leurs propres enfants. Ils les enterrèrent tristement et furent en deuil.

Trimobe se cacha encore une fois dans ses orangers pour surprendre Sohitika. Sohitika vint en effet, mais il se doutait que son ennemi était dans le champ et prépara une ruse. 11 apporta avec lui des entrailles de bœuf et un

crochet de fer. Arrivé au milieu du champ, il lit rôtir les entrailles. Leur odeur embaumait le champ. Trimobe alléché s’approcha en demandant: «Que fais-tu rôtir ici? Cela sent bien bon. — Ce sont mes propres intestins, mon vieux ; ayant grand faim, j’ai tiré, avec ce crochet que tu vois, une partie de mes entrailles. — Est-ce bien vrai ? Donne m’en donc un peu, que j’en goûte. — C’est bien vrai », répondit Sohitika, et il donna un morceau à goûter à Trimobe. Celui-ci ne put tenir sa langue, et, tout en mangeant, s’écria : n Que c’est bon ! Quel goût tin 1 » Sohitika reprit ; « Tu es gros et gras ; si on prenait de tes intestins, ce serait encore bien meilleur. — Mais comment fait-on pour les prendre, Sohitika? — 11 n’y a qu'à rougir ce crochet au feu ; quand il est très chaud, on n’a plus qu’à l’enfoncer fortement dans l’anus.» Trimobe pria Sohitika de faire rougir le crochet ; quand ce fut fait, Sohitika le lui enfonça dans l'anus de toute sa force, et Trimobe resta mort sur place.

Alors Sohitika s’empara de tous les biens de Trimobe, sans rien en laissera sa femme.

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ANDAMOHAMY

CONTE ANTANKARANA

Recueilli à Voliemar {province de Vohemav).

A force d'entendre vanter Rafaranomby qui habitait un pays d'outre-mer, Andamohamy résolut d’aller la voir. 11 s’embarqua donc, et, lorsqu’il fut arrivé chez Rafaranomby, la pria de lui accorder sa main. Elle accepta et tous deux se mirent de nouveau en route. Ils abordèrent à des alluvions sableuses : Amdamohamy proposa un bain à sa femme et tous deux sautèrent dans l’eau . Puis ils rivalisèrent à qui plongerait le plus longtemps. Or, pendant qu’ils étaient dans l’eau, une petite tangarirana [caméléon femelle] essaya de prendre la ressemblance de Faranomby. Elle monta dans la barque, revêtit tous les vêtements de la baigneuse et s'assit tranquillement. Quelques instants après avoir plongé, Damohamy reparut à la surface de l’eau et vit Tangarirana. 11 crut que c’était

Faranomby et se moqua d’elle en lui disant qu’elle ne plongeait guère longtemps. L’autre ne répondit rien, et Damohamy s’habilla sans avoir aucun soupçon sur Tangarirana. Ils se remirent en route. Quand ils furent partis, Faranomby sortit de l’eau et se mit à leur poursuite. Elle se transforma en oiseau et appela ainsi : «Hé! Damohamy! Hé! Damohamy! Tu as emmené Tangarirana et moi tu m’as abandonnée; envoie-moi mes vêtements! » Damohamy s’écria : n Qu’elle est jolie, cette chanson! Pagayeurs, pagayez de toutes vos forces : la pirogue n’avance guère. » 11 continuait à ne se douter de rien. Alors l'aranomby se changea en légumes et les pagayeurs dirent : « Maître, voici des légumes bien frais.. » Damohamy leur ordonna d’en prendre pour ajouter à leur repas. Mais Tangarirana répliqua ; « Mes parents disent que je dois m’abstenir de ces légumes. » Et Damohamy ordonna à ses pagayeurs de n’en point prendre, puisqu’ils étaient fady pour sa femme, et de continuer à ramer. Faranomby se présenta encore à eux sous diverses formes de plantes. Quand Damohamy fut de retour chez lui, on ht un grand festin en l’honneur de sa femme. Or Tangarirana ne mangeait de rien, mais jetait toujours sa part derrière elle. Elle disait qu’elle avait la hèvre ; « Enverrai-je quelqu’un vous chercher des feuilles pour vous guérir ? — Non,

répliqua Tangarirana, mon remède ne consiste pas en cela, mais je veux bien des sauterelles ( i Damohamy appela tous ses esclaves et leur dit : « Quiconque ne va pas chercher des sauterelles pour moi, ne m'appartient plus. » Tous les esclaves se mirent en quête et ramassèrent un sac de sauterelles. Seuls, deux petits domestiques étaient restés à la maison. L’un s’appelait Ikotoantena et l’autre Ikotondavenona. Ikotoantena se blottit dans un coin, Ikotondavenona se cacha dans les cendres. Les esclaves revinrent bientôt avec une grande quantité de sauterelles. On les apporta chez Tangarirana. « Sortez tous, dit Damohamy, car ma femme va se faire un fanafody. Quant ils furentdehors, Tangarirana se déshabilla, croyant qu’il n’y avait plus personne dans la maison. Damohamy n'y était pas non plus; il s’était rendu aux champs. Quand elle fut déshabillée, elle lâcha toutes les sauterelles et se mit à les manger; et, chaque fois qu’elle en avalait une, elle disait: «Telle est la coutume de mes parents. » Les deux petits esclaves, Ikotoantena et Ikotondavenona, furent bien effrayés en voyant que la femme de Damohamy avait une queue semblable à celle d’un caméléon, et ils poussèrent des cris. Mais les gens qui étaient dans la cour leur dirent : « Ne criez

(i) Nourriture ordinaire du caméléon.

pas ainsi, car Damohamy vous grondera, s'il vous entend. » Mais Damohamy n'était pas là : il était à la forge. Comme il avait bien soif, il envoya une petite fille lui chercher de l’eau. Celle-ci courut à la fontaine et se lava d’abord le visage. Or Faranomby était au dessus de la fontaine sur une branche d'arbre. Après s’être lavée, la petite fille vit une ombre dans l’eau et crut que c’était lasienne. «Ah ! que monvisage est beau, s'écria-t-elle, et dire que Damohamy me prend pour une esclave! » De dépit, elle cassa sa cruche et s’en revint. « Où donc est l'eau que tu m’as puisée, dit Damohamy. — Ton bouc est très méchant, il m'a donné un coup de corne, et m'a fait casser la cruche. — Va donc à la maison et dis à la vieille servante de venir me trouver ici. » Quand Rafotsibé, la vieille esclave, fut arrivée, son maître lui ordonna d'aller lui chercher de l’eau. A la fontaine, elle SC lava d’abord, puis mit de côté la cruche pleine d’eau. Alors elle vit deux ombres, ce qui l’intrigua fort. Mais Faranomby dit à Rafotsibé; Il Ne me connais-tu pas ? Je suis la fiancée chérie de Damohamy. Je me suis unie à lui. Comme nous revenions ici, nous nous sommes arrêtés à un delta de sable pour nous reposer et nous baigner. Nous jouâmes à qui plongerait le plus longtemps. Or, pendant que j'étais dans l’eau, un caméléon se fit semblable à moi et

s'habilla avec mes vêtements. Et Damohamy s’est laissé tromper par Tangarirana. — Descends de ton arbre, chère maîtresse, répondit Rafotsibe. — Non, je ne descendrai que lorsque Tangarirana sera tuée. » Alors Rafotsibe alla raconter à son maître tout ce qu’elle avait vu et entendu. « Damohamy, ajouta-t-elle, bois cette eau, elle te portera bonheur. — Que dis-tu? répondit Damohamy étonné. — Tu as abandonné ta bien-aimée Faranomby, pour ramener Tangarirana. Faranomby ne descendra de son arbre qu’après avoir vu le cadavre de Tangarirana. » Fn entendant ces paroles, Damohamy quitta son travail et courut à la fontaine. Il y trouva Faranomby et la supplia de descendre, lui promettant cent esclaves. « Mes parents ont beaucoup d’esclaves, dit Faranomby; c’est pour t’épouser que je suis venue ici ; si tu m’aimes, va tuer Tangarirana et divise son corps en deux parties égales. Tu iras placer une des parties au côté droit de la route, et l’autre au côté gauche, je veux en passant voir le cadavre de Tangarirana ; autrement je ne descendrai point, n Alors I.farnohamy courut au village pour assommer Tangarirana. Quand il l’eût tuée, il la coupa en deux et plaça les deux parties du cadavre de chaque côté de la route. Faranomby descendit de son arbre et fit son entrée. On donna un grand festin en son honneur. Quelque temps

après, elle devint enceinte. Un jour elle dit à son mari : « J'ai conçu ; va me prendre un atiatindranomala ly (i). » Damohamy partit

pour se mettre à la recherche de ce poisson. Faranomby, avant le retour de son mari, mit au monde une petite fille. On donna à l’enfant le nom de Begy. Or Damohamy avait deux femmes; pendant son absence, la première dit à Faranomby: «Allons à la rivière nous baigner. » Toutes deux partirent, mais, hélas! Faranomby fut trahie par sa compagne. Quand Damohamy fut de retour avec l'atiatindranomalaly, il demanda aux gens du village ; « Où estelle allée, Faranomby ? — Nous ne l'avons point vue, » répondirent ces gens qui étaient du parti de la première femme. Or Begy était élevée comme une petite esclave. Quand elle fut grande, elle alla vers la caverne où on avait relégué sa mère et cria : « O maman, pauvre mère innocente, quitte ce Heu et viens à moi ! » Faranomby sortit de son obscure caverne et vint rejoindre son enfant chérie. Elles étaient aussi grandes l’une que l'autre et Damohamy ne pouvait pas distinguer sa femme de sa fille. Il était donc fort embarrassé. Il alla trouver un ombiasy; mais celui-ci était aveugle et ne voyait rien. « Si tu ne me laves pas les yeux, dit-il, je

ig.

(i) Sorte de squale.

ne pourrai pas te rendre le service que tu me demandes. » Damohamy lava les yeux de l'ombiasy et celui-ci vit clair, n Que veux-tu ? » dit-il, à Damohamy. « Ma femme avait envie, étant enceinte, de manger de l'atiatindranomalaly, et, pendant que j’étais à la recherche de ce poisson, elle a mis au monde une petite fille. Maintenant elles sont aussi grandes l’une que l’autre [et je ne parviens pas à les reconnaître]. \'oilà mon affaire. » L’ombiasy lui conseilla de prendre deux citrons, l’un vert et l'autre mûr, et de les jeter ensemble à la mère et à l’enfant. Damoham)' se conforma à ce conseil: Faranomby eut le citron mûr et Begy le citron vert. La jeune fille dit aussitôt : « Donne-moi le tien, maman, car le mien est vert. » La mère donna le citron mûr à sa fille, mais Damohamy reconnut ainsi sa femme et la prit par la main. 11 fut fort irrité de savoir ce qu’avait fait son ancienne femme et il divorça d’avec elle ; elle fut changée en une chienne.

RASOANDRANOVOLA ET RASOANDRANOMANGA

CONTE MAROFOTSY

Recueilli à Andriarncna (cercle de Maevatanana}.

Dans un village habitaient, dit-on, deux jeunes filles ; Rasoandranovola et Rasoandranomanga. La première était fille d'un riche et la seconde d’un homme très pauvre. Chaque soir les deux jeunes filles allaient s’asseoir à la porte du village.

Un jour, Andriambahoaka du Nord s’approcha d’elles, dit-on, et voulut prendre Rasoandranomanga comme femme, tandis qu’il, regardait distraitement Rasoandranovola. Mais Rasoandranomanga lui dit : « Andriambahoaka, tu ne

saurais accomplir ma volonté, car moi je veux pour me vêtir un lamba en loques et pour dormir une natte déchirée. — Si tel est ton

caractère, répondit-il, je retournerai chez moi, car, en effet, je ne saurais accomplir ta volonté. » Et il s'en alla chez lui.

Quelque temps après, Andriambahoaka du Sud vint, dit-on, auprès d'elles ; il se contenta de reg-arder Rasoandranovola, mais voulut prendre Rasoandranomanga comme femme.

Elle lui dit la même chose qu’au roi du Nord, et il s’en alla. Et les Andriambahoaka des quatre directions vinrent, dit-on, près d’elles et s'en retournèrent pour la même raison. Enfin Andriambahoaka du centre vint le dernier et il répondit à la jeune fille ; « N’aie pas peur, car j’ai dans ma maison beaucoup de vêtements, de lambas, de nattes. — Pourtant j’ai peur que tu ne puisses contenter mon désir. Je crains que tu ne m’aimes pas : je suis pau\Te et orpheline; c’est toi qui remplaceras mes parents. — Aie confiance, Rasoandranomanga, consens à devenir mienne, et n’aie pas peur : je remplacerai tes parents. » .Alors Rasoandranomanga consentit à être sa femme, il lui donna de beaux vêtements et l’emmena chez lui. Au bout d’un certain temps, Andriambahoaka partit à la côte pour cinq mois. Aussitôt Rasoandranovola vint trouver Rasoandranomanga et lui dit ; « Tu peux t’en retourner chez toi, car Andriambahoaka ne t’aime plus, il m’a prise pour te remplacer. — Je ne partirai pas, à moins qu’il ne

me le dise lui-même. » Rasoandranovola rentra et dit à sa mère : « J’ai trouvé un mari, maman, il m’a dit de lui apporter un panier plein de plumes. — Aie confiance, ma fille, nous tuerons beaucoup d’oiseaux ce soir. » Le soirelle fit tuer des oiseaux et ramasser leurs plumes dans un panier ; quand il fut plein, les esclaves l’apportèrent à Rasoandranovola. Le matin, elle s’en fut avec les plumes chez Rasoandranomanga et lui dit :« Pourquoi ne t’en vas-tu pas chez toi, puisque Andriambahoaka te répudie ? — Non, je ne \eux pas partir. » Alors Rasoandranovola la saisit, la fit tomber par terre, puis elle planta les plumes sur tout le corps de la jeune femme, qui devint un oiseau et s’envola. Et Rasoandranovola s’installa dans la maison d’Andriambahoaka. Lorsqu’au bout de cinq mois celui-ci revint, il prit Rasoandranovola pour Rasoandranomanga. Or un jour, cette dernière, sous la forme d’oiseau, vint voltiger au-dessus de la maison, et cria ; « Cette femme, ô Andriambahoaka, n’est pas Rasoandranomanga, on a planté des plumes sur tout le corps de ta femme, et elle est devenue un oiseau. » En entendant ces mots, Andriambahoaka s’écria : « Qu’il est agréable à entendre, le chant de cet oiseau ! » Mais Rasoandranovola n’était point de cet avis. L’oiseau revint souvent sur le toit, et .Vndriambahoaka dit à sa femme : n Je vais le prendre

avec un piège. » Il l'attrapa en effet et le pluma avec l'intention de le faire cuire ; mais voici que l'oiseau redevint Rasoandranomanga. Qui fut étonné ? Ce fut le roi. Lorsqu'elle fut bien dépouillée de toutes ses plumes^ il lui demanda comment elle était devenue un oiseau. « Dès que tu fus parti pour la côte, répondit-elle, Soandranovcd J \ int me dire que tu l’avais prise pour femme et m’ordonna de m'en aller. Comme je ne vouh'.is pas sortir, elle me jeta par terre, planta des plumes sur mon corps et je fus changée en oiseau. » Andriambahoaka, très en colère, permit à Rasoandranomanga de luire ce qu'elle voudrait de sa rivale. Alors Soandranomanga fit couper la tête à des moutons et en meme temps à son ennemie; elle mit les têtes des moutons dans une sobika et avec elles la tête de Soandranovola, et fit porter le tout chez les parents de celle-ci. Elle recommanda aux porteurs de ne dire que ces mots : « Voici ce que votre gendre vous envoie. » Ils firent comme on leur avait ordonné, et les parents de Soandranovola ouvrirent la sobika: ils virent les têtes des moutons et, parmi elles, la tête de leur fille. Ils se mirent à pleurer et dem.andèrent à ceux qui avaient apporté la sobika, pourquoi on avait tué leur fille. Ceux-ci racontèrent l'histoire de Rasoandranomanga changée en oiseau et sa vengeance. Les parents réclamèrent le cadavre

de leur fille pour l’enterrer dans le tombeau des ancêtres. Mais on ne le leur donna pas et ils portèrent un long et pénible deuil. Telle fut la fin de Rasoandranovola. Rasoandranomanga resta la femme d’Andriambahoaka du centre, et, même très vieux, ils ne se séparèrent pas.

K A LO ET FARAVAVY

CONTE ANTANKARANA Recueilli à Vohemar {province de Vohemar).

Un homme et une femme, dit-on, avaient deux filles. L'une s’appelait Kalo et l’autre Faravavy. Une semaine après qu’elles vinrent au monde, leurs parents moururent et elles furent soignées par une étrangère. Quand elles furent grandes, elles allèrent au village d’un roi. En route elles trouvèrent une énorme pierre et lui dirent : « Que le roi m’épouse, disait Kalo, et, si cela arrive, je tuerai un bœuf ici à ton pied. » Et Faravavy disait de même. Quand elles arrivèrent au village, le roi prit réellement Kalo pour femme, et de son côté Faravavy épousa Betombokantsoro, qu’elle avait désiré comme mari. Toutes deux eurent plusieurs enfants, et elles égorgèrent des bœufs au pied

de la pierre. Or Betombokantsoro et sa femme étaient très pauvres. Ils n’avaient même pas de quoi manger. Un jour, Betombokantsoro était allé à la recherche de riz blanc pour sa famille. Faravavy lavait le corps de son enfant dans un van. Et toute l’eau qui ruisselait du corps du petit SC changeait en pièces d’argent. Faravavy toute joyeuse fit appeler son mari. Quand elle lui montra l’argent, le mari fut bien heureux; il acheta un boto pour soigner son enfant, et plusieurs servantes. Ils devinrent très riches.

Conte, conte ! Historiette, historiette! Ce n’est pas moi qui suis le menteur, ce sont les anciens.

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ANDRIAMAMAKIMPOETRA

CONTE TANALA

Recueilli d laborano (province de Farafangana).

T'n homme appelé Andrianonibé avait épousé, dit-on, une jeune femme, qui ne tarda pas àde- \ enir enceinte. Or l'enfant qu'elle portait parlait déjà dans le ventre de sa mère; au moment de sa naissance, il perça le nombril maternel, et c'est par là qu'il vint au monde. Il dit aussitôt devant les gens assemblés dans la case ; u .le n'ai pas été fait par le Zanahary, car, au moment où ma mère m’a enfanté, je suis sorti de son nombril; aussi je porterai le nom de Andriamamakimpoetra (r.Vndriana-qui-perce-le-nombril) II.

Puis il fit convoquer le peuple, ordonna qu'on le suivît, et SC mit à gravir une haute montagne ;

au sommet il ramassa un tas de fagots; il avait amené aussi un bœuf qu'il sacrifia. Puis il enflamma les fagots et ordonna aux assistants de rôtir les quartiers de viande à ce foyer : une fumée intense et noire monta vers le ciel ; au bout de quelques instants elle aveugla le fils du Zanahary, et celui-ci envoya son messager nommé Ipapangobemavo pour en voir la cause. Arrivé auprès de Andriamamakimpoetra, le messager lui enjoignit, de la part du Zanahary, d'eteindre le plus vite possible son feu; mais l’homme refusa, s'écriant avec colère ; « Va retrouver ton maître et dis-lui que je ne veux pas suivre ses ordres, car ce n’est pas lui qui m’a fait. Donc je n’éteindrai pas ce feu, car c’est moi qui suis sorti du nombril de ma mère, et je m’appelle Andriamamakimpoetra. Le Zanahary a-t-il jamais vu quelque part un homme portant ce nom ? M — « Soit, répondit Ipapangobemavo, je vais porter tes paroles au Zanahary. » Puis il quitta Andrianîamakimpoetra, remonta en volant vers le ciel, et raconta au Zanahary tout ce que lui avait dit l’Andriana. Le dieu se mit fort en colère et de nouveau envoya son messager vers la terre. Ipapangobemavo portait cette fois un gros os de bœuf; arrivé près du grand feu qui brûlait, il parla ainsi : « O Andriamamakimpoetra, toi qui te dis sorti, en le fendant, du nombril de ta mère, s’il est vrai que tu n’as pas

été fait par le Zanahary, il faut que tu transformes l’os que voici en un bœuf vivant. » — « \’olontiers, répondit l'autre. 11 prit l'os, fit cuire dans une marmite du riz, auquel il mélangea des ody. Dès que l'eau commença à bouillir, l'os se transforma en un petit veau qui beuglait; et, lorsque le riz fut cuit, le veau était devenu un grand taureau qui s'en fut en mugissant vers le parc-à-bœufs. Ipapangobemavo, après avoir vu ce qui s’était passé, retourna chez son maitrc. Le Zanahary, de plus en plus furieux, le renvoya avec un os de poulet et une feuille de bananier, que Andriamamakimpoetra devait changer en un coq et en un bananier chargé de fruits mûrs.

L'andriana fit de nouveau cuire du riz, dans lequel il avait mis des ody. Quand le riz écuma, l’os de poulet se transforma en poussin et la feuille en jeune bananier. Lorsque le riz fut cuit, le poussin était un gros coq, et le bananier portait un régime de bananes mûres. Le messager s'envola aussitôt pour rapporter au dieu ce qui s’était passé.

Le Zanahary, stupéfait et confondu, chargea Ipapangobemavo de présenter à l’Andriana une canne en or et de lui demander quelle en était l’extrémité inférieure et l’extrémité supérieure. Or la canne était de la même grosseur dans toute sa longueur. Quand Andrimamakimpoe-

tra l’eut entre les mains, il la jeta en l'air et réussit â et distinguer les deux extrémités.

Cette fois le Zanahary ne sut plus que faire; très embarrassé, il quitta le ciel pour venir trouver Andriamamakimpoetra. Au moment où il descendait sur la terre, il fit tout à coup très noir dans le village de l’Andriana, de sorte que les habitants, en plein jour, ne voyaient plus rien. De plus il y eut de grands éclairs et de terribles coups de tonnerre, qui épouvantaient tout le monde. L'Andriana seul n’avait peur de rien, et se réjouissait fort de ce bruit. Il se contenta de sortir de sa case, au milieu des éclairs menaçants ; mais il tenait à la main un ody qu'il dirigeait successivement vers les quatre points cardinaux, de sorte que la foudre se détourna sans lui faire aucun mal. A la fin il s'écria : « O Zanahary, descends sur la terre, si telle est ta volonté; mais cesse de faire peur aux habitants de ce pays. » Alors le Zanahary descendit devant la case d’Andriamamakimpoetra et lui dit ; « Partons ensemble, si tu veux, dans un pays très éloigné de ta demeure ; nous rivaliserons de ruse et d’adresse, puisque tu nies avoir été fait par moi. » — " Volontiers! répondit l’Andriana. Allons donc!» Et tous deux se mirent en route.

Peu de temps après le Zanahary prit l’avance et, dès qu’il fut hors de vue, il se transforma

en une large fontaine jaillissante, au bord de laquelle croissait un grand nombre d’arbres fruitiers chargés de beaux fruits. Tous les passants s’arrêtaient pour boire l'eau de cette source, goûter les fruits succulents et se reposer à l'abri des frais ombrages. Andriamamakimpoetra s’approcha comme les autres de cette fontaine pour calmer sa soif, mais il reconnut aussitôt que c’était leZanahary et dit ; n Lèvetoi donc, Zanahary, je te reconnais bien ! Allons! \'icns! Continuons notre voyage, car ce n’est pas moi qui te boirai jamais! » De son côté, l’.Vndriana prit alors les devants, et, quand il fut hors de vue, il devint un citronnier sauvage chargé de fruits. Le Zanahary, lorsqu'il vit cet arbre, allait cueillir les citrons, mais il s’aperçut que c'était Andriamamakimpoeira qui avait changé de forme et s'écria : n Allons ! Mettonsnous en route ! Ne songe pas à te cacher de moi , j’ai bien vu que c’était toi ce citronnier! »

Le dieu devança de nouveau l’Andriana ; à une certaine distance, il devint une grande plaine, avec une récolte de riz suffisante pour qu'une grande multitude d'hommes pussent amasser des grains suffisamment pour cultiver toute leur vie. Il y avait aussi dans cette plaine des bœufs et des poules. Et c’est depuis cette époque que les hommes connaissent le riz, les citronniers et élèvent bœufs et poules comme

des animaux domestiques. Mais Andriamamakimpoetra reconnut le Zanahary; à son tour, il prit l’avance et se transforma en un gros village, formé de cases nombreuses et occupé par de riches habitants; et dans ce village vivaient trois belles femmes. Le dieu se mit à la recherche de l’Andriana, mais ne réussit pas à le trouver. Or, au bout d'un mois, il atteignit le beau village, s’y arrêta, et prit pour épouse l’une des trois femmes. Celle-ci, après quelque temps, fut enceinte. Elle eut une envie et désira manger du rat. Elle pria donc son mari de lui en chercher. Celui-ci se transforma en chat et s’introduisit sous le plancher eu rapaka pour chasser. 11 ne lui fallut que quelques minutes pour attraper quatre rats qu’il apporta aussitôt à sa femme. Elle brûla au feu du foyer les poils de ces quatre rats, et, quand ils furent échaudés, elle les coupa en morceaux qu’elle fit cuire. Mais elle-même n'en mangea point, elle les donna à manger au Zanahary. Quelques mois plus tard, elle mit un enfant au monde. Le Zanahary était tout joyeux, mais voici qu’au moment de l’accouchement le nouveau-né parla :

« Je m’appelle Fanihy (i), car je ne suis pas le fils du Zanahary. Mais c’est moi Andriamania-

i) Nom de la Roussette, sorte de grosse chauve-souris (Pteropus vulgaris).

kiinpoetra, que le Zanahary cherche depuis si longtemps, sans pouvoir le trouver ». Puis l’enfant se leva et se mit a marcher, en se moquant de Zanahary : n Je t’ai fait manger des rats et tu en as mangé. N’est-ce pas une preuve suffisante que je n’ai pas été fait par toi? » Alors le dieu, tout confus, s’en retourna tristement chez lui. Mais il continuait d’en vouloir à l’Andriana; aujourd’hui encore, lorsqu’il est en colère, il tonne et fait pleuvoir, et c’est signe qu’il se fâche contre Andriamamakimpoetra . Quant à celui-ci, il n’a pas été fait, dit-on, par le Zanahary : il s’est formé lui-méme.

C’est du temps d’Andriamamakimpoetra que les hommes ont obtenu les ody varatra (les amulettes contre la foudre), dont les Tanala se servent encore pour se protéger, eux et leurs

cases.

SOAMIRIRIOLONA

CONTE BETSIMISARAKA Recueilli à Kanomafana [province d'Andevoranto'i.

Une jeune fille nommée Soamiririolona refusait tous les prétendants à sa main. Cependant un animal vint la demander en mariage. Comme il était richement habillé, .Soamiririolona, en le voyant, fut charmée et consentit à l’épouser. Quand le mariage fut fait, l'animal n’entra point dans la case, mais Soamiririolona y pénétra seule. Du dehors l’animal lui demanda : « Y at-il un trou ? Montre le moi. — En voici un, dit Soamiririolona. » — L’animal boucha le trou et ajouta : « N’y en a-t-il plus ? — C’est tout. » Alors l’animal recouvrit de terre Soamiririolona et partit. La pauvre femme demeura dans la cave obscure. Pourtant il restait un petit trou aboutissant à un lieu où les passants préparaient

leurs aliments. Plusieurs hommes firent cuire du riz en cet endroit. Comme il était sur le point d'être cuit, Soamiririolona, sentant l’odeur, s’écria: «Je suis Soamiririolona: est-ce que Riambo, ma mère, est là ? Avez-vous vu Taranaranabola, ma sœur ? Faites savoir à ma mère que j’ai un côté pourri. » En entendant parler ainsi, les hommes effrayés prirent la fuite. D’autres arrivèrent, et, voyant le riz cuit, dirent : « Jetons ce riz, de peur que quelqu’un y ait mis du poison, et faisons-en cuire d’autre. » Quand leur riz fut près d'étre cuit, Soamiririolona, sentant l’odeur, cria ; «Je suis Soamiririolona... etc. )) Les gens inquiets s’enfuirent. Enfin une vieille femme et ses compagnes arrivèrent, et s'écrièrent en voyant le riz : « Quel imbécile que celui qui a abandonné ce riz tout cuit. Pourquoi se donner la peine d’en faire d’autre ? Mangeons ce qui est prêt. — Oh non ! Jetons ce riz, dit l'une d'elles; quelqu’un y a peut-être mis du poison. » Elles jetèrent le riz et en firent d’autre. Quand le riz fut cuit, Saomiririolona s’écria : « Je suis Soamiririolona, etc... » Les compagnes de la vieille femme, épouvantées, voulaient s’enfuir, mais la vieille leur dit : « Nous allons d’abord écouter attentivement, on dirait que c’est Soamiririolona qui appelle. » Elles écoutèrent et Soamiririolona recommença à crier: «Je suis, etc,,. >> Elles reconnurent

sa voix et allèrent raconter la chose à la mère. Celle-ci s’écria, toute joyeuse; « Ma fille est encore vivante; je vais aller la chercher. i> On déterra Soamiririolona, qui était à moitié morte. On la soigna bien, mais elle était demeurée trop longtemps sous terre et elle ne tarda pas à mourir.

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