‹ Contes de MadagascarChapitre 22 sur 75 · FABLIAU BETSILEO · texte numérisé non relu

FABLIAU BETSILEO

Recueilli à Fiadanana ( province de Fianarantsoa) .

(Episode de l'histoire de Kotofetsy et Mahaka).

Mahaka un jour fit le pari avec un andriana qu’il s’arrangerait pour qu’un sakoririka devint un bœuf. On se moqua beaucoup de lui. Cependant il enferma son sakoririka dans un bambou qu’il portait sur l’épaule, et il le montrait à tout le monde, en criant : « Voici mon bœuf! Voici mon bœuf! »

11 passa ainsi le reste de la journée à se promener de village en village, portant sur l’épaule son sakoririka. Le soir venu, il s’arrêta dans une case d'un village où il avait déjà passé. Les gens, en l’apercevant, se mirent à crier, avec

— bi —

moquerie : « Oh ! c’est Mahaka! Oh ! c’est Mahaka! » — « Tel est bien mon nom, leur répondait le malin. Ne le saviez-vous pas ? » Et il répétait : « Voici mon bœuf ! Voici mon bœuf! » En même temps, il montrait son sakoririka.

« Où faut-il mettre votre bête ? » dit le maître de la maison à Mahaka, lorsque la nuit vint.

— « Installez-la donc là où est sa place, » répondit-il .

Alors le propriétaire mit le sakoririka avec les poules, qui le tuèrent à coups de bec. Le lendemain, voilà que le sakoririka était mort. Le maître de la maison s'inquiéta, et dit à son hôte : « Mahaka! Mahaka! votre bête est morte ! » — « Qui l'a tuée, m’appartiendra donc. » — « Ah ! non ! par exemple !» — « Eh bien ! dit Mahaka, remplacez-moi ma bête par une autre toute semblable. Sinon, qui l’a tuée m’appartiendra. »

Le maitre de la maison, intimidé, consentit à donner une poule à Mahaka en remplacement du sakoririka.

Le lendemain, Mahaka quitta le village, emportant la poule sous son bras, et continua son chemin avec allégresse . Quand le soleil se coucha, il entra chez un Rangahy, qui avait beaucoup d’enfants. « Eh! Mahaka! Eh! Mahaka! » crièrent ceux-ci. « Mahaka est en effet mon nom. Vous le saviez sans doute? Regardez donc

T. II

mon bœuf. Voici mon bœuf! » continua-t-il en montrant sa poule. « Où faut-il mettre cette poule? » demanda le maître de la maison. « Installez cette bête là où est sa place. » Les enfants prirent la poule et la mirent avec les dokotra (sortes de canards). Mais ceux-ci tuèrent l'étrangère, seule de son espèce parmi eux.

<i J'emporterai qui a tué ma bête », fit Malaka. En même temps il roulait de gros yeux au maître de la case, qui, pris de peur, lui donna un beau dokotra à la place de sa poule.

Le soir Mahaka demanda l'hospitalité à un homme qui élevait des dindons. « Je te prie de mettre ma bête là où elle doit être », dit-il. Les enfants installèrent le dokotra parmi les dindons ; mais le lendemain on le trouva mort. Sur les menaces de Mahaka, l'homme donna une belle dinde. Mahaka, avec sa dinde enfermée dans une sobika, coucha chez Rabeondry, l'homme- aux - moutons. « Mets donc ma bête là où est sa place. » La dinde fut logée dans un coin du parc aux moutons. Mais les moutons crurent que la sobika contenait de l'herbe; ils lui donnèrent force coups de cornes pendant la nuit pour l'éventrer, si bien que la dinde trépassa. « Je ne me déclarerai satisfait, dit Mahaka feignant la colère, que si on me donne qui a tué ma bête ». — « Ce n’est pas ma

faute, dit Rabeondry; mais qu’à cela ne tienne ! Emportez un mouton ! »

Mahaka, s’arrêta le soir dans la case d'un homme riche qui possédait beaucoup de boeufs. On mit son mouton dans une fosse à bœuf, où il y avait un animal à engraisser. La nuit Mahaka se leva, descendit dans la fosse, tua luimême son mouton et l'accrocha à plusieurs reprises aux cornes du bœuf, de telle sorte que celles-ci furent rouges de sang. Puis il se recoucha et fit la grasse matinée, pour permettre au propriétaire de la case de constater l’accident. Une fois levé, il fit semblant d’aller chercher son mouton. Quand il le vit mort, il accabla de reproches le maître du bœuf. « Celui qui a tué ma bête deviendra mien. Si vous n’y consentez pas, je porterai plainte au Fanjakana. » La discussion fut longue, mais, devant l’entêtement de Mahaka, l’autre finit par céder, et lui laissa emmener son bœuf.

Alors Mahaka s’en fut trouver l’Andriana qui avait parié avec lui, raconta ses pérégrinations et les ruses qu’il avait mises en œuvre pour remplacer son sakoririka par un beau bœuf. L’Andriana fut forcé de payer l’enjeu du pari.

LESOMA ET FARALAHY

FABLIAU BETSIMISARAKA

Recueilli à Ambohibé ( province des Betsimisaraka-du-Sud).

Andriambe et sa femme habitaient seuls leur case; ils firent un vœu pour avoir un enfant. Au bout d'un certain temps, la femme mit au monde un garçon qu’on appela Lesoma. Bientôt sa mère mourut, et Andriambe épousa une autre femme, qui ne tarda pas à avoir un enfant nommé Faralahy. Les deux garçons furent élevés ensemble. Un jour Andriambe était allé se promener et les deux fils étaient restés à la case avec leur oncle, leur tante et leur mère. Dans l'après-midi, Andriambe de retour ne trouva que les deux enfants, et il demanda : « Où est allé votre oncle, mes enfants? » — « Mon oncle, dit Lesoma, va traverser les vivants pour prendre les morts. » — Et votre tante ? — Ma tante

est allée jeter ce qui était dans la maison pour prendre ce qui est dans la forêt. — Et votre mère ? — Ma mère a laissé la sagesse pour prendre la folie. »

Personne ne comprit le sens de ces paroles, pas même And riambe. Quelque temps après, les trois absents revinrent au village : l’oncle portait un fagot, la tante un paquet de feuilles et la mère une nasse. Andriambe comprit alors et s’écria : « Cet enfant est très intelligent, en vérité! Son oncle est allé chercher du bois mort dans la forêt verte : c’est traverser les vivants pour prendre les morts. Sa tante s’est munie de feuilles [pour nous servir d'assiettes, après avoir jeté celles dont on s’était précédemment servi] : c’est laisser ce qui est dans la maison pour prendre ce qui est dans la forêt. Sa mère a laissé la sagesse pour prendre la folie : c’est aller pêcher à la nasse, en laissant à la maison ses vêtements propres pour se couvrir de vieux haillons. » A partir de ce jour Lesoma fut détesté par sa bellemère. Une fois, x\ndriambe n’étant pas là, elle donna la partie supérieure du riz (i) à Lesoma . Le lendemain, les deux garçons jouaient dehors, quand Lesoma dit à Faralahy : « Faralahy, Faralahy! de nous deux, c’est moi qui suis le premier, car toutes les fois que ma mère sert du

(i) Le riz couvert d’écume.

T. II

riz, elle me donne le dessus! » Faralahy rentra et dit en pleurant à sa mère :« Est-ce vrai, maman, que tu donnes la partie supérieure du riz à Lesoma, parce qu'il est supérieur à moi? — Ne pleure plus, mon enfant, dit la mère; à présent, chaque fois que je servirai du riz, c'est à toi que je donnerai la partie supérieure. » Les jours suivants, elle servit à Lesoma la partie intérieure du riz. Or, comme ils jouaient ensemble, Lesoma dit à son frère : « Faralahy, c’est moi que notre mère aime le mieux, car chaque fois qu’elle sert du riz, elle me donne la partie intérieure. » Faralahy courut trouver sa mère en pleurant : « Je sais, maman, que tu aimes Faralahy plus que moi, puisque c’est à lui que tu donnes le dedans du riz. » — Ne pleure plus, mon enfant; dornénavant, quand je servirai du riz, c’est à toi que je donnerai la partie intérieure. » Et, à partir de ce jour, elle donna à Lesoma la partie inférieure du riz. Mais, quand ils jouèrent de nouveau, Lesoma dit à son frère : « Faralahy, c’est moi qui serai l'héritier et le maître de la famille ; car, toutes les fois que ma mère sert du riz, personne autre que moi n’a la partie inférieure du plat. » Faralahy, tout en larmes, dit à sa mère : « Je sais maintenant, maman, que, si vous donnez à Lesoma la partie inférieure du riz, c'est parce qu’un jour il sera l'héritier et le maître. » — Ne pleure plus,

mon enfant; à l’avenir, chaque fois que je servirai du riz, le fond sera pour toi. »

La femme d’Andriambe se dit alors : « Ce Lesoma me donne bien des tracas pour mon enfant; je veux le faire mourir. » Or ils habitaient un lieu aride, assez Loin de l’endroit où on pouvait trouver du bois à brûler, et, pour arriver à la forêt, il fallait passer par un chemin tout à fait désert. Un jour donc la femme appela ses deux garçons et leur dit : « Mes enfants, vous allez chercher du bois à brûler; vous ramasserez un gros fagot pour Faralahy et un petit pour Lesoma;pour revenir, Faralahy marchera en avant et Lesoma en arrière. » Dans l'aprèsmidi, tous deux partirent. Après avoir ramassé du bois à brûler, ils lièrent le gros fagot pour Faralahy et le petit pour Lesoma. Mais Lesoma dit à son frère : « Laisse-moi porter ce gros fagot, car, lorsque nous arriverons, toi avec une si grosse charge et moi avec une si petite, ma mère me battrait. » Faralahy fut obligé de céder. En route, son frère lui dit encore : « Laissemoi marcher en avant, car, si nous rencontrions par hasard un bœuf méchant, et que tu sois blessé au lieu de moi, je serais roué de coups. » Faralahy fut encore forcé d’accepter.

Lorsque la mère pensa qu’ils avaient fini de ramasser le bois, elle aiguisa un couteau et se rendit, pour les attendre, à l’endroit le plus dé-

sert du chemin. La nuit était tout à fait tombée. Quand ils arrivèrent, la femme laissa passer celui qui marchait en avant, et, voyant que le dernier portait un petit fagot, elle lui porta un coup de couteau qui le renversa mort par terre. Lesoma, eflYnvé, prit la fuite. La mère [se pencha sur le cadavre et vit avec horreur qu’elle avait tué son propre enfant et que Lesoma, dont elle désirait la mort, était sauvé.

Alors elle se mit à pleurer et à se lamenter en dis int :

« 11 a été changé! Oh! Faralahy! lia été ch : ngé ! Oh !

« 11 a été changé! Oh! Faralahy! Il a été changé ! Oh ! »

Mais Lesoma de loin répondit :

« Cesse de te plaindre! Oh! Maman! Cesse de te plaindre ! Oh !

<i Cesse de te plaindre ! Oh ! Maman ! Cesse de te plaindre ! Oh !

« Mais que le mort devienne l’enfant de la morte, et que le vivant soit le fils de la vivante ! »

Les anciens disent :

« Il n’y a pas de vengeance, c’est Faction qui retourne. »

Moi je dis au contraire :

« La vengeance existe et en plus l’action re¬

tourne. »

ZALAHIFINA ET ZAVAVIFINA

FABLIAU BETS1M1SARAKA

Recueilli à Tananarive de la bouche d'un Merina qui avait liabi/c longtemps la côte Est .

Zavavifina était, dit-on, la plus jolie femme du village. Or tous les hommes qui se présentaient pour l’épouser étaient refusés par elle les uns après les autres. En vain ses parents lui faisaient des reproches et son père la suppliait de se marier. Elle finit par lui dire : « Tu as raison, papa, et tes reproches sont mérités. Je consens à me marier, mais je ne veux épouser qu’un homme qui porte le même nom que moi. »

Peu après un voyageur, qui passait dans le village de Zavavifina, lui dit qu’il connaissait un homme portant le même nom qu’elle ( i ). A

(i) C'est-à-dire Zalaliifina (lahy = homme, de mêm que dans Zavavifina, vavy = femme).

cette nouvelle Zavavifina fut bien contente. Elle appela de suite un jeune garçon nommé Ikotofasaina et le fit partir à la recherche du village habité par Zalahifina. Il marcha longtemps et parvint enfin à un endroit qu’il reconnut [pour celui décrit par le voyageur]. Devant une case, il vit un homme beau et bien fait, qui semblait doué d'une intelligence extraordinaire; il pensa que ce devait être l'homme qu'il cherchait, mais sans en être complètement sûr. Il le salua toutefois comme on salue les Andriana. Et l'inconnu lui répondit en lui demandant si c’était lui l’envoyé. Et Ikotofasaina dit : « Je suis l’envoyé de Zavavifina, qui vous prie de venir. » Les deux hommes firent route ensemble pour se rendre au village. Avant d'arriver, ils traversèrent une vallée, où passait un cours d’eau. Zalahifina s’arrêta au bord et refusa d’aller plus loin. Ikotofasaina courut avertir sa maîtresse. Zavavifina envoya un homme sage du village pour prier Zalahifina de monter jusqu'à sa case. L’homme sage, arrivé de l’autre côté de l’eau, dit : « Monte au village, Seigneur, ne reste pas ici dans la forêt; on m’a dépêché exprès pour te prier de venir, » Mais Zalahifina répondit : « Je ne demande pas mieux que de monter au village ; seulement j’ai peur de traverser cette eau. » — « Comment! Seigneur! Tu as peur de passer un si petit cours d'eau ! — C’est parce qu’il y a

dedans des lolondrano (i). » — Non, il n’y en a pas. » — 11 y a donc des caïmans? — 11 n’y en a pas non plus. — Tu mens! Il y a dans cette eau les êtres que je viens de dire. Mais tu veux me le cacher. Allons! retourne chez toi! Pour moi, je demeure ici. »

L’homme sage, rentré au village, raconta l'entretien qu’il avait eu avec l'étranger. Zavavitina avait compris ce que désirait Zalahitina : vite elle appela une esclave, lui recommanda de tuer un canard et de faire cuire du riz, parce que, disait-elle, son fiancé avait bien faim. Quand tout fut prêt, on appela Ikotofasaina pour porter le repas. Celui-ci, à moitié chemin, fut tenté par l’odeur des mets et mangea les ailes et les pattes. 11 offrit le reste àZalahifina; mais celui-ci, regardant avec attention, s’aperçut que les meilleurs morceaux du canard manquaient. Il dit alors : « Remporte ce repas. Je ne veux pas le manger. — Pourquoi ne mangestu pas, Seigneur ? — Non! dis ceci à celle qui t’a envoyé : quoiqu’il ne fasse pas de vent, les pagaies (2) ont été emportées ; pourtant ce n’est

(1) Ce mot, qui signifie « papillons d'eau » désigne à la fois certains insectes éphémères qui vivent à la surface de l’eau et des êtres merveilleux qui sont censés habiter dans les rivières.

(2) Les pattes du canard.

point par l'eau, caria rivière n’est pas grosse. J'aimerais bien monter au village ; mais les jambes me manquent; je voudrais bien m’envoler pour arriver là-bas, mais je n’ai point d’ailes. » Ikotofasaina s’en retonrna donc, il dit comment l'étranger avait refusé de toucher aux mets, et répéta les paroles prononcées par lui.

Zavavifina comprit que son envoyé avait mangé en route les pattes et les ailes du canard. Elle appela une esclave pour préparer un autre repas, car elle savait que son fiancé avait grand faim. Le repas cuit, elle l’envoya par un autre messager. Zalahifina s’assura qu’aucun morceau ne manquait, puis il mangea, et monta au village. Zavavifina s’en fut à sa rencontre, car elle était heureuse d'avoir trouvé un tel mari.

Les deux époux demeurèrent en cet endroit. Un jour le mari dit à sa femme : « Je vais faire un tour dans mon village natal. Bientôt je reviendrai pour t’emmener chez moi ». Il partit donc. En route, il vit dans les bois des hommes en train de fabriquer un cercueil, car il y avait un mort chez eux. Zalahifina courait très vite, parce que la pluie menaçait de tomber. Les hommes l’arrêtèrent et lui demandèrent pourquoi il courait ainsi. « Moi ? répondit-il, je pense au passé, et je crains l’avenir. — Et qu’est-ce que tu portes au côté ? — Celui qu’on appelle le-sans-tenir-compte-des-dépenses. — Et qu’est-

ce que tu portes sur l’épaule ? • — Du sècheeau. » Les hommes se dirent alors les uns aux autres : « Arrêtons-le, c’est sûrement lui qui a ensorcelé le mort. La preuve, c’est qu’il nous répond en termes ambigus et incompréhensibles. » Zalahifina fut immédiatement renversé à terre et solidement attaché. « Ne me tuez pas, s’écria-t-il aussitôt. Si vous êtes persuadés que c’est moi qui ai ensorcelé le mort, je vous donnerai cent piastres et trente bœufs pour le rachat de ma tète. — Non ! dirent les gens, nous avons de l'argent ! nous avons des troupeaux ! — Je vous donnerai donc tous les biens que j’ai hérités de mes ancêtres, si vous l’exigez. Je suis sûr que vous n’en avez point de pareils. — Que sont ces biens, pour que tu puisses dire que nous n’en avons point de pareils? — Ce sont dix à échanger contre un, ce sont des vakoka (i) donnés par Andrianampoinimerina, c’est la vieille Ramanga qui avait compté que les feuilles deviendraient des fruits. Acceptez-vous tout cela ? — Oui, répondirent-ils. Et qui donc ira les prendre chez toi ? — Vos neuf enfants et un esclave. — Et où sont tous ces trésors ? — Chez Zavavifina. »

Les dix hommes partirent. Arrivés à la case,

(1) Chaînes d'argent pour orner les chevilles, les poignets et le cou.

T. II

ils dirent qu’ils venaient chercher les choses convenues pour le rachat du souffle de Zalahifina. Celui-ci en effet avait commis un grand crime : il avait ensorcelé et fait mourir un des leurs. Comme il passait par la forêt, ils l’avaient garrotté et retenu. Puis ils avaient accepté le rachat du sang, et ils énumérèrent les choses convenues. La femme invita les dix hommes à l’attendre un moment, pendant qu’elle cherchait les trésors, puis elle courut appeler les gens du village. Quand ils furent réunis, Zavavifina, prenant la parole, dit aux étrangers : « Les dix à échanger contre un, cela signifie : fais attacher neuf de ces hommes et n’en laisse partir qu'un seul pour prévenir ceux qui les ont envoyés. La vieille Ramanga qui avait compté sur des feuilles pour devenir des fruits, c’est quiconque espère que de vaines promesses se changeront en richesses véritables. Les Vakoka donnés par Andrianampoinimerina, ce sont les chaînes dont je vais vous faire charger. »

Celui qui avait été relâché courut vers la forêt et prévint les autres que, s’ils ne mettaient pas en liberté Zalahifina, leurs neuf enfants seraient massacrés. On lui enleva de suite ses liens et on l'accompagna jusqu’au village de sa femme. 11 fit aussitôt délier les otages. Alors l’homme qui avait arrêté Zalahifina pria Zavavifina de lui expliquer aussi les réponses faites

précédemment à sesquestions, et elle dit : « Lesans-tenir-compte-des-dépenses, c’est le briquet: il fournit toujours du feu, quand même on n’a pas de quoi acheter quelque chose à faire cuire. Le sèche-eau, c’est du riz ; on a beau mettre de l’eau dans la marmite, elle s’en va toujours en vapeur et en écume, elle est donc comme séchée par le riz qui cuit. » L’homme stupéfait demanda pardon à Zavavifina du traitement infligé à son mari.

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KELIKANTY ET IOLOMBEVALANA

FABLIAU TANALA

Recueilli à Ankarimbelo [province de Fianarantsoa) .

Kelikanty et Iolombevalana ( i) habitaient, diton, ensemble sur le bord d'un fleuve ; l’un était intelligent et avisé, l’autre bête et sot. Un jour Kelikanty dit à son compagnon : J'ai quelque chose de nouveau qui s’appelle voatavo (courge) : veux-tu me l’acheter ? » Or Iolombevalana n’avait jamais vu de voatavo. « A quoi cela sertil, Kelikanty ? — A puiser de l'eau. Si tu veux avoir un puiseur d’eau, achète-le, ainsi ta femme n’aura plus besoin de se déranger pour aller à la rivière. » Iolombevalana regarda le voatavo placé dans un coin de la case, et vit

(i) Le petit intelligent et le gros nigaud.

qu'il contenait de l'eau : c’était celle que le maître de la maison était allé puiser le matin même. « Laisse-moi d’abord consulter ma femme ! » Et Iolombevalana rentra chez lui : « Femme ! dit-il, chez Kelikanty il y a un voatavo qui sait puiser de l'eau tout seul. Si tu ne veux plus te fatiguer à courir à la rivière, achetons-le; de cette façon tu pourras te reposer. — Achetons-le donc, répondit la femme ; il nous soulagera comme ferait un esclave. Pourtant commençons par le bien examiner, pour être sûrs qu'il nous rendra les services que nous attendons de lui. — Oh ! c’est inutile ! Il était plein d’eau tout à l'heure dans la case de Kelikanty. » Il courut aussitôt chez son voisin pour marchander l’objet et donna en échange de deux voatavo une vache avec son veau. « Maintenant montre-moi la façon de s’en servir. — Tu les jetteras dans la rivière, lorsqu'ils seront plongés dans l’eau, tu rentreras chez toi, tu fermeras bien la porte de la case, et tu attendras, ils reviendront frapper lorsqu’ils seront pleins.» Iolombevalana fit comme on lui avait dit : il jeta dans l’eau les deux voatavo ; l’un fut emporté par le courant, l'autre resta pris dans les branches d’un arbre au bord de la rivière. Le nigaud rentra chez lui, mais il eut beau attendre, les puiseurs d’eau ne revinrent point. Impatienté, il ouvrit la porte et regarda tout autour de la

maison. Il faisait grand vent et l’air s’engouffrant dans le voatavo resté accroché à l’arbre lui faisait rendre des sons pareils à ceux d'une conque. L’homme fut épouvanté, car il s’imagina entendre les conques des ennemis; de suite il alla dire à Kelikanty : « Alerte ! Les ennemis arrivent là-bas à l'Est, car j'ai entendu sonner des conques. Où pourrions-nous mettre à l’abti nos femmes, nos enfants et nos biens? — Attends un instant, je vais voir. » Il alla dans la direction de l’Est et se rendit compte que le voatavo seul était responsable de l’alarme. Il revint en courant vers son imbécile de camarade : « Tu as raison. Voici les ennemis! Emmène nos femmes et nos enfants dans la foret. Pour moi je vais m’occuper de cacher nos affaires. »

Il rassembla tout en effet dans une cachette connue de lui seul. Iolombevalana s’était sauvé dans la forêt avec les femmes et les enfants. Ils attendirent longtemps Kelikanty qui devait leur apporter à manger; mais Kelikanty ne venait point. La faim les pressait et ils n’avaient pour se nourrir que quelques fruits et des racines. Après un long temps ils revinrent au village et ne trouvèrent plus rien dans leur case, puisque Kelikanty avait tout enlevé. Alors Iolombevalana se fâcha et dit à sa femme : « Tresse-moi une natte, couds-la, pour que j’y enferme ce petit

malfaisant, il me trompe toujours, mais je vais le jeter dans un précipice. »

La natte préparée, il alla se saisir de Kelikanty : « Voilà longtemps que tu te moques de moi ! Mais tes ruses te coûteront la vie : je vais te jeter dans le précipice là-bas! — Fais selon ta volonté, seigneur; je suis petit et faible, tandisque toi, tu es grand et fort. Je ne puis rien contre toi. » Iolombevalana enferma donc Kelikanty dans la natte, la fit,coudre par sa femme et l’emporta vers le précipice. Tous les deux causaient le long du chemin. Sur la route Iolombevalana vit un tandraka ; aussitôt il posa le sac à terre pour se mettre à la recherche du tandraka ; celui-ci s’enfonça dans un terrier et le nigaud se mit en devoir de l’en débusquer. Pendant ce temps un jeune homme, richement vêtu, et qui venait de prendre femme, passa près du sac et s’écria: «.Qu’est-ce que c’est que ça ? » Ikelikanty l’entendit et répondit : « Si tu veux voir une chose merveilleuse, découds cette natte. » L’autre se mit à découdre la natte. « Entre là-dedans maintenant. Tu vas être bien étonné. Mais déshabille-toi d’abord pour ne pas salir tes beaux habits. » Quand l’homme se fut déshabillé et fut entré dans le sac, Kelikanty le recousit aussitôt, et l’abandonna sur le chemin. Iolombevalana revint sur ces entrefaites, furieux d’avoir manqué le tandraka. Il reprit le

sac en maugréant et en injuriant Kelikanty. « Ce n'est pas Kelikanty qui est dans la natte, cria le jeune homme, ce n’est pas Kelikanty! — Taistoi, » dit le grand nigaud, et il le jeta dans le précipice. De retour au village, la première personne qu’il rencontra fut Kelikanty, qui se promenait, tout fier de ses beaux habits. « Te revoilà encore, Kelikanty ! Comment es-tu revenu ici ?— Bien facilement, répondit l’autre. Ce sont tes parents qui m'ont renvoyé. Ils sont tous là-bas et te prient d’aller les visiter. Ils possèdent des richesses sans nombre. Vois ! Moi qui ne leur suis rien, ils m’ont donné tous ces beaux habits. — Je veux que tu me portes sur tes épaules pour m’y rendre, dit Iolombevalana. — Je ne puis t’emporter sur mes épaules, tues beaucoup trop lourd. Si tu veux, convenons de ceci : tu ne mangeras rien pendant deux jours, pour maigrir, de cette façon tu deviendras plus léger ; d’autre part tu me laisseras manger tes poules pour acquérir de la force. Ensuite je pourrai peut-être t’emporter. — Soit», dit le nigaud. Et pendant deux fois vingt-quatre heures il se priva de nourriture, tandis que l’autre se régalait de ses volailles. Ensuite Iolombevalana se glissa dans la natte, et Kelikanty l’emporta pour le jeter dans le précipice. Arrivé au bord, il demanda encore à l’imbécile : « Tu es bien décidé ? Tu veux que

je te jette dans l’abîme ? — Sans doute, sans doute. Jette-moi vite, je te prie. » Kelikanty alors précipita le sac avec son contenu, et s'empara de tous les biens d’Iolombevalana qui naturellement s’était tué dans sa chute.

Qu’on soit grand ou petit, cela ne fait rien. C’est l'intelligence qui importe. L’intelligence sert plus dans la vie que la force physique.

T II

NGANO

FABLIAU ANTANKARANA

Recueilli à Malianara ( province de Vohemar).

Autrefois il y avait un homme et une femme appelés Faralahy et Faravavy. Quelque temps après leur mariage ils eurent un enfant auquel ils donnèrent le nom de Ngano. Lorsque cet enfant fut grand, ses parents allèrent un jour se promener et lui dirent de garder la maison pendant leur absence. Pendant que Ngano était seul, vinrent à passer deux envoyés du roi Andriambé, et la conversation s'engagea entre eux : « Comment vous portez-vous ? moi, je me porte bien; je garde la maison de mes parents. — Nous nous portons bien ; nous sommes les envoyés du roi Andriambé, et nous cherchons son canard qui est perdu. Dis-nous si tu Pas vu ? — Je ne l'ai pas vu. — Que fais-tu là? — Je fais un

représentant et non pas un réel. — Où est ton père ? — Il est dans les liens vivants pour en rapporter les nœuds à manger. — Où est ta mère ? — Elle a perdu la sagesse et est devenue insensée. — Où est ta tante ? — Elle a quitté le commun pour suivre son particulier. — Et ton frère, où est-il ? — Il traverse le vivant pour chercher le mort. » Les deux envoyés partirent furieux, sans rien comprendre à ces paroles. En arrivant ils dirent au roi : « Nous n'avons pas vu ton canard, mais nous avons rencontré un garçon nommé Ngano, à qui nous avons demandé de ses nouvelles, mais ce gaillard-là, au lieu de nous dire où était ton canard, s'est moqué de nous. » Le roi, en colère, ordonna de faire venir immédiatement Ngano. Quand il l’eut en sa présence, il lui dit : « Ngano, pourquoi t’es-tu moqué de mes envoyés ? — O roi, ne te mets pas en colère ; je te demande la permission de répéter ce que j’ai dit à tes gens ; tu verras si je me suis moqué d’eux, oui ou non. — Parle, répondit le roi. — Tes envoyés m’ont demandé ce que je faisais : je leur ai répondu que je faisais un représentant et non un réel ; j’étais occupé en effet à modeler un taureau en terre: ce taureau avait un corps et des cornes, mais il ne marchait ni ne mugissait. On me demanda encore où était mon père, ma mère, ma tante. Je dis que mon père était dans les liens vivants

pour en rapporter les nœuds à manger : en effet il cherchait des oviala (i). Je dis que ma mère avait perdu la sagesse et était devenue insensée; elle avait en effet quitté son lamba propre et en avait revêtu un sale pour aller pêcher dans la rivière. Je dis que ma tante avait quitté le commun pour suivre son particulier: car elle avait abandonné sa famille poursuivre son mari en voyage. Je dis que mon frère traversait le vivant pour chercher le mort : en effet il était allé fouiller dans la forêt verdoyante pour trouver du bois mort. »

Le roi, charmé de la sagesse de Ngano, le garda chez lui. Un jour il voulut éprouver sa perspicacité. Il monta au premier étage et ordonna à Ngano de lui apporter son rasoir, son miroir et un flacon plein d'eau : Ngano prit tout à la fois, mais dans l’escalier il trébucha et brisa le flacon et le miroir. Le roi lui dit de les réparer. « Bien, répondit Ngano. Seulement il me faut pour cela une ficelle faite en fumée et un bol de larmes. » Alors le roi fit piler du Sakay et l’introduisit dans les yeux de sa femme pour la faire pleurer ; mais elle s'essuya les yeux et il ne put recueillir une seule larme. Ensuite il s’approcha d'un feu de bois vert et essaya de tordre la fumée qui montait, mais il

(i) Racine comestible d’une liane.

ne put réussir à faire le moindre brin de corde de fumée. Alors il s’écria : « Ngano, pourquoi me trompes-tu, et me demandes-tu des choses impossibles ? — Ce n’est pas moi qui te trompe, répondit l’autre. As-tu déjà vu ressusciter un mort pour m'ordonner de remettre à neuf des objets cassés ? »

Un autre jour le roi rassembla ses sujets et leur dit: « Nous allons essayer de tromper Ngano qui se prétend si rusé : demain matin vous apporterez chacun un œuf, mais vous le cacherez soigneusement, pour que Ngano ne se doute de rien. » Le lendemain, quand tout le monde fut là, le roi dit: « Que quiconque est au nombre de mes sujets, ponde un œuf. » Tous aussitôt posèrent leur œuf, à l’exception de Ngano qui était bien embarrassé ; pourtant il trouva de suite une ruse : il prit une rabane, se mit à imiter le chant du coq et s'écria: « C'est moi le mâle qui fais pondre toutes les poules. Car vous savez qu’une poule ne saurait pondre 'sans un coq . »

Une autre fois le roi envoya chercher son troupeau pour la traite. Quand ce fut fait, il ordonna de laisser aller les vaches et de garder les taureaux dans le parc. Le matin venu, il dit à Ngano : « J’ai envie de boire du lait, va donc traire. » Ngano partit avec une corde et un vase. Mais dans le parc, quand il voulut

prendre une vache et l'attacher, il s’aperçut qu'il n’y avait que des taureaux. Alors il courut chez le roi et lui dit : « Je te demande la permission d’aller accoucher mon père qui est en travail d’enfant. On vient de me dire que si je n’y vais pas, l’accouchement ne pourra pas se faire. — Ton père est un homme, dit le roi ; comment veux-tu qu’il accouche? — Mais toi, seigneur, tu m’as bien envoyé traire un taureau. Ne t’étonne donc pas que je ne t'apporte point de lait. — Soit, dit le roi, mais va me chercher quatre insensés. » Ngano partit : après quelques heures de recherches, il rencontra sur un chemin un homme qui faisait le Sikidy. « Qu’est-ce que tu fais là ? — Il y a quatre ans que ma femme est morte : je fais le Sikidy pour savoir la cause de sa mort. » Ngano emmena l’homme. Puis il rencontra un homme à cheval qui portait un gros fagot sur sa tête : « Pourquoi ne mets-tu pas le fagot derrière loi sur la croupe du cheval ? — Je crains que la bête ne soit trop chargée, c’est pourquoi je porte le fagot sur ma tête. » Ngano l’emmena aussi. Il se présenta ensuite au roi et lui dit : « Seigneur, voici les quatre insensés. — Je n’en vois que deux : où sont les deux autres, et quels sont les signes de leur folie ? » Ngano les expliqua au roi, puis il ajouta : « Le troisième fou, c’est moi ; car tu m’avais envoyé traire un taureau et j’ai essayé de

t'obéir; or un taureau n’a pas de lait. Le quatrième fou c'est toi : je t’ai prié de tordre de la fumée en corde, et tu as tenté de le faire. Voilà bien quatre insensés. » Le roi ne sut que répondre. Le lendemain, il mena Ngano près d’une source très froide et lui dit : « Si tu peux rester plongé dans cette eau toute une nuit, je te donnerai cinquante piastres et cinq esclaves. » Ngano consentit. Le roi mit des gardiens et Ngano resta dans la source toute la nuit. I.c matin, il réclama son salaire. « Je ne te paierai pas, dit le roi ; ta mère a fait du feu près de la source pour te chauffer dans l’eau. — Le feu peut donc chauffer ce qui est éloigné? — Oui sans doute. » Ngano ne dit mot. Mais un jour le roi alla faire un défrichement avec ses hommes. Ngano lui fit valoir qu’il n’avait jamais manié le couteau pour défricher, qu’au contraire il s’entendait fort bien à la cuisine. Il demanda donc à rester pour préparer les aliments. Quand tout le monde fut parti, il prit les pots à riz et les arrangea d’un côté, puis les pots à viande qu’il disposa en face à une certaine distance, enfin il fit du feu entre les deux rangées de pots. Quand il fut l’heure de manger, il alla trouver le roi et lui dit : « Le repas doit être cuit ; j’ai suivi en tous points vos conseils. » Quand il vit comment on s’était moqué de lui, le roi se mit fort en colère, et il envoya chercher Ngano pour

le punir, mais le malin s’était sauvé dans la forêt et on ne le rattrapa point. Il se construisit une hutte au fond d'une vallée et vécut tranquille. Les gens rusés, dit-on, sont les descendants de Ngano.

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NGANO

FABLIAU B ETS I M I SARA K A Recueilli à Amtsanpanela ( province de Vohemar).

Deux hommes habitaient des villages voisins, l’un au nord, l’autre au sud. Celui qui habitait au nord était riche, celui qui habitait au sud était pauvre. Le pauvre eut de nombreux enfants, l’autre fut sans postérité. Celui qui était dans le village du nord fut obéi du peuple, parce qu’il était riche, et proclamé roi. Or un jour deux garçons du village du Nord allèrent pour jouer avec les enfants du Sud; ils ne trouvèrent pas de grandes personnes dans le village, mais seulement un jeune garçon. Ils demandèrent à Iangano (tel était son nom) : « Où est ton père ? » ; Iangano leur répondit : « 11 va tuer les vivants et prendre les morts. » — Où est ta mère ? — Elle va perdre la sagesse et prendre la folie. — Où est ton oncle? — Il va briser les crânes des hommes, pour que son

crâne soit brisé par les autres. — Où est ton frère aîné? — Il va entrer dans les liens vivants et il prendra aussi des liens. — Où est ta sœur aînée ? — Elle abandonne les conseils de plusieurs poursuivre les conseils d'un seul. » A ces mots, les garçons revinrent et dirent au roi : « Seigneur, Iangano vous insulte! » Le roi se fâcha et le fit venir pour le tuer. Devant le roi Iangano dit : « Puis-je parler ou non? — Tu le pieux. — Seigneur, pour quelle raison m’appelezvous, moi qui suis un enfant ? — Tu m’insultes, dit-on. — Seigneur, je ne vous ai pas insulté. Voici ce qui s’est passé. Ces deux garçons m'ont demandé où était mon père et je leur ai répondu : il va tuer les vivants et prendre les morts ; il était alié chercher du bois à brûler. Je leur dis aussi que ma mère avait perdu la sagesse et pris la folie, parce qu’elle était allée ramasser des poissons dans les rizières. Je leur dis que mon oncle était allé briser les crânes des hommes, pour que son crâne fût aussi brisé, car il était allé regarder les danseurs, or, quand on regarde les danseurs, on s’enivre avec du toaka et ensuite on se bat. Je dis que mon frère était entré dans les liens vivants et prenait aussi des liens, parce qu’il était allé récolter du caoutchouc. Je dis que ma sœur avait abandonné les idées de plusieurs pour suivre les idées d’un seul, parce qu’elle s’était mariée. »

Aussitôt le roi le mit en liberté, car il ne l’avait pas insulté. « Tu es très sage, dit-il à Iangano, reste avec moi. » Iangano consentit. Après quelques jours, le roi dit à ses fidèles : « Nous allons faire l’épreuve de la sagesse d'Iangano. » Il envoya les garçons du village pour réunir tous les bœufs dans une étable. Quand le matin arriva, le roi dit à Iangano : « J’ai envie de lait, va-t-en traire. » Quand il fut arrivé à l’étable, Iangano fut très étonné en ne voyant que des bœufs. Comment s’en tirer ? Après quelques instants de réflexion, il courut vers le roi et arriva tout essoufflé. I.e roi lui demanda pourquoi il avait couru si fort et il répondit : « Seigneur, voulez-vous me permettre d’aller chez mon père qui est bien malade : i' va accoucher dans quelques heures. Mon frère aîné est venu pour me prévenir. — Qu’est-ce que tu me racontes là ? Comment un homme peutil accoucher ? — Sans doute, Seigneur, vous savez que ce n’est pas vrai ; mais alors pourqu oi m’envoyez-vous traire des bœufs ? » Le roi ne sut que répondre. A quelque temps de là, il l’envoya faire une pirogue en pierre, parce que, disait-il, les caïmans étaient féroces, et pouvaient saisir et briser les pirogues en bois. Le roi lui fit donner une hache et une provision de riz pour plusieurs jours. Iangano s’en alla, et, lorsqu'il fut loin du village, il construisit une cabane au

pied d’une grande pierre. Il mangea d’abord ses provisions, puis il donna quelques coups de hache à la pierre, enfin il revint et dit au roi : « Seigneur, la pirogue en pierre est presque finie, mais je suis venu pour aiguiser la hache qui ne coupe plus : pour cela il faut que vous emplissiez de larmes ce récipient en terre. » Le roi répondit : « Comment veux-tu que je fasse ? Mille hommes ne rempliraient pas avec leurs larmes ce récipient. — En ce cas, comment voulez-vous que je fasse une pirogue en pierre ? » Le roi fut encore si étonné de cette ruse qu’il ne dit mot. Un peu plus tard, il promit cent piastres à qui voudrait rester toute une nuit dans l’eau froide. Personne n’osa tenter l’expérience, sauf Iangano. Il réussit, mais le roi, qui se méfiait de lui, refusa de lui donner la récompense promise. Iangano lui en conserva une grande rancune.... [ici même version que dans le conte précédent, jusqu’à la fuite de Iangano, après la farce jouée au roi] .... Les gens envoyés à sa poursuite finirent par trouver la case où il se cachait. Ils y entrèrent pour attendre son retour. Mais Iangano se douta qu’il y avait des hommes dans sa maison; pour s’en assurer, il employa une ruse. Il alla sur un monticule voisin et dit : « O ma petite case ! O ma petite case ! » Puis il écouta et regarda, mais les hommes ne répondirent rien. Alors il dit encore tout

haut. « Toi, ma petite case, tu ne veux pas me répondre, parce qu’il y a des gens chez toi ! » Et il appela de nouveau : « O ma petite case ! O ma petite case ! » Les gens lui répondirent, car ils avaient cru que la maison répondait quand on l’appelait. Iangano se moqua d’eux. « Vous me prenez pour un fou ? Où avez-vous vu une maison qui répond quand on l’appelle ? Ce n’est pas vous qui m’attraperez. » Les émissaires du roi lui racontèrent la ruse employée par Iangano. Il leur ordonna d’aller le surprendre la nuit. C’est ce qu’ils firent. Ils attachèrent Iangano et l’amenèrent au roi. Celui-ci ordonna de le conduire hors du village, de le coudre fortement dans une natte, puis de revenir au coucher du soleil le jeter à l’eau. On exécuta cet ordre. Une fois cousu dans la natte, on l’abandonna sur la route. Vint à passer, venant du Nord, un homme riche qui portait des trésors et conduisait de nombreux bœufs. Iangano, dans sa natte, entendit et cria : « O vous qui passez ! » Mais ceux qui passaient regardèrent et ne virent rien. Iangano cria encore; le riche et ses compagnons finirent par l’apercevoir. Iangano dit : « Le roi veut me forcer à épouser sa fille; moi je ne veux pas être en ménage ; alors, pour me contraindre, il me traite ainsi. — Est-ce que la jeune fille est jolie ? dit l'homme riche. — Il n’y a pas de fille plus jolie quelle, répondit lan-

gano. » Aussitôt le riche fit découdre la natte, laissa sortir langano et prit sa place. On le cousit fortement. langano prit son fusil et sa sagaie et dit aux compagnons du riche : « Celui qui ne m’obéira pas, je le tuerai ! » Eux obéirent, et langano s’en alla avec les hommes du riche et ses biens. Les gens du roi arrivèrent au coucher du soleil et jetèrent la natte dans l'eau. Le riche fut noyé.

Quelques jours après, langano revint et le roi fut très étonné de le voir vivant et surtout de contempler toutes ses richesses. « Comment as-tu fait pour ne pas être noyé, et pour acquérir tous ces biens ? — Voici, répondit langano. Quand on m’a jeté dans l'eau, j'ai bouché mon nez et ma bouche avec mes doigts pour empêcher l’eau d’entrer, puis j’ai ramassé au fond du lac de l’argent et toute espèce de choses. Vous qui êtes roi et déjà riche, vous en gagneriez quatre fois plus que moi. » Aussitôt le roi, brûlant d’aller chercher des biens dans le lac, fit tresser une natte pareille à celle dans laquelle on avait cousu langano. Puis il se fit coudre dans cette natte et jeter à l’eau; et quand on Peut jeté, il se produisit des bulles d’eau à l’endroit où il avait disparu. langano dit aux assistants : « 11 est en train de ramasser l’argent. » La plupart demandèrent à être jetés aussi, se firent coudre dans des nattes et précipiter dans le lac. A ce

moment il n'y eut plus d’hommes dans le village, dont il pût avoir peur, langano revint au village de son père et annonça à celui-ci qu’il allait être roi. Il emmena les gens de chez lu; dans le village du roi noyé, et, armé de son fusil, il se promena en disant : >< Ceux qui ne m’obéiront pas mourront ! » Personne ne souffla mot. « Ceux qui m’obéiront, continua langano, conserveront leurs biens. » Tous les gens du village vinrent aussitôt se soumettre à lui. « Désormais, dit langano, mes ordres sont des ordres, mes lois sont les lois de tous. » Le peuple consentit et c'est ainsi que, grâce à sa ruse, langano devint roi.

TANGALY ET DOSO

FABLIAU BARA

Recueilli à Berety (province de Tulear).

C’étaient, dit-on, deux personnages rusés qui avaient su tromper les plus intelligents et duper les plus sages. Voici comment se connurent nos deux compères : un jour Tangaly portait une sobika de bananes qu'il voulait échanger contre d’autres aliments; il rencontra Doso, qui, lui, avait du riz. L’échange eut lieu, et chacun d’emporter chez soi son bien. Arrivé à la maison, Doso s’empressa de vider sa sobika, mais il s'aperçut qu’il y avait simplement une couche de bananes sur le dessus, et que le reste de la sobika était plein d’épluchures. De même, quand Tangaly défit sa corbeille, il trouva bien un peu de riz à la partie supérieure, mais sous cette mince couche il n’y avait que du son. « Je le tuerai, si jamais je le vois, se dit Doso. »

— « Je le ferai mourir, si jamais je le rencontre, pensa Tangaly. »

Or, dès le lendemain, nos deux compères se retrouvèrent l’un en face de l’autre, et ils allaient se battre, mais, comme ils craignaient tous deux les coups, ils se décidèrent, réflexion faite, à lier amitié ensemble. Aussi rusés l’un que l’autre, ils devaient s’entendre pour faire fortune. Avant d’agir de concert, ils tentèrent séparément la chance.

Tangaly partit vers le Nord, en feignant d’étrc fou : il marchait en zigzaguant et en se balançant tantôt sur une jambe, tantôt sur l’autre ; il prononçait des paroles sans suite, dépourvues de sens, et des coins de sa bouche il laissait couler la salive, comme un homme malade. Aux gens qu’il rencontrait, il posait des questions folles, et il engageait avec tout le monde des conversations puériles. 11 finit par trouver un couple qui lui parut facile à duper : la femme portait un lamba superbe, et le mari avait un beau fusil à pierre, orné de clous de cuivre; tous deux étaient parés de coquillages et de colliers de verroteries. Lorsqu'ils passèrent, Tangaly, au bord de la route, se mit à danser, cependant que les deux époux faisaient claquer leurs mains, pour rythmer les danses du fou; ils déposèrent par terre tout ce qu’ils avaient, et furent tout heureux de se reposer si agréablement

à l’ombre d'un arbre. Bientôt la conversation s’engagea. « Mère, dit Tangaly, souffrez que j’essaye votre laniba, moi aussi. » En meme temps il laissait couler la salive de sa bouche.

« Bon père, voulez-vous que je vise avec votre beau fusil? » Et il faisait des gambades grotesques, pour simuler une danse guerrière. « Mère, vos coquillages sont vraiment jolis. » En même temps, il prenait les coquillages et les attachait sur son front. Puis il dansait en s'écartant de quelques pas, revenaitvers les deux dupes, déposait et reprenait tous les objets. Les deux époux, amusés de ce manège, riaient à perdre haleine, lorsque tout à coup Tangaly, cessant de danser, s’enfuit à toutes jambes, si vite qu’ils n'aperçurent même pas son ombre. Ils restèrent seuls sous l'arbre, tout penauds.

De son côté, Doso rencontra une vieille femme qui portait sur son dos un enfant. Doso se tenait à un carrefour et faisait semblant d'être malade. « Que fais-tu ici? » dit la vieille. — « Je viens de tomber subitement malade, bonne mère, et j’attendais quelqu’un pour ne pas cheminer tout seul. » — « Ah 1 très bien! Mon petit enfant et moi, nous voyageons justement sans personne et nous cherchons quelqu’un pour faire route ensemble. » Ils partirent donc tous les trois, et quelque temps après, gravirent une montée assez rude. La vieille, à qui ses cinquante ans

pesaient, était tout essoufflée; elle geignait d’avoir à porter l’enfant, et s’arrêtait tous les dix pas pour respirer. « Vous vous fatiguez trop, bonne mère, dit le coquin. Donnez-moi le petit, que je le porte. » Rafotsibe, qui ne demandait que cela, lui confia aussitôt l’enfant. « Donnezmoi aussi votre mokabe (i), que je le mette, pour porter plus commodément. » Or, ce n’était pas pour porter l’enfant que Doso demandait la ceinture, mais pour en voler le contenu. Rafotsibe, sans défiance, la lui remit.

Après avoir marché quelque temps, nos trois compagnons arrivèrent dans un village; ils firent halte, pour se reposer, à l’ombre d’une maison. Mais Doso eut soin de faire partir la vieille en avant; elle était, lui disait-il, si âgée et si fatiguée qu’elle ne ferait guère de chemin, et il n’aurait pas de peine à la rattraper, même avec sa charge. La bonne femme le crut et se mit en route, cependant que Doso se sauvait d’un autre côté avec la ceinture et l’enfant.

Lorsque les deux compères se rejoignirent, chacun montra à l’autre ce qu’il avait acquis, car, comme dit le proverbe, ce ne serait pas la peine d’aller à la forêt, sans rapporter même un morceau de bois. « Lequel de nous deux a gagné

(i) Grosse ceinture qui sert à porter un enfant sur le dos.

IOO

davantage? dit Doso. Est-ce moi qui ai gagné une personne, ou toi qui n’as pris qu’un fusil ? »

— « Tu as acquis plus que moi, répondit Tangaly, car tu as gagné un être humain, et on n'échange pas un fusil contre une personne. «

— « Mettons donc ensemble nos butins, quoiqu’ils soient de valeur différente, car « ce qu*i est réuni, dit le proverbe, il est difficile de le désunir.» — «Eh! Eh! dit Tangaly, gardons plutôt chacun le nôtre. » Ils se décidèrent pourtant à mettre ensemble leurs richesses, quitte à se les partager à la fin de leur carrière aventureuse.

Pendant longtemps, sur toute la terre, il ne fut bruit que des vols et des tromperies des deux compères. Les habitants de la région se réunirent pour les tuer, car ils avaient causé, comme on dit, autant de maux que la petite vérole. On s'attaqua d’abord à Tangaly, qui mourut la nuit de ce même jour. Quant à Doso, il avait tout entendu, et il put prendre la fuite avant qu’on vînt le surprendre. Il se réfugia dans une caverne, mais il eut beau se cacher, on le chercha tant et si bien, que ses ennemis, avec les yeux perçants de la haine, finirent par le découvrir. On l’arrêta, on le cousit dans une grande corbeille, et on se prépara à le jeter tout vivant dans la rivière. En vain Doso implorait des ennemis et pleurait amèrement pour qu’on le délivrât;

IOI

personne n’avait pitié de lui : quand une puce a pompé le sang des personnes, dit le proverbe, il ne reste qu’à l'écraser. Par malheur, comme on était à mi-chemin de la rivière, quelqu’un mourut subitement au village, la nouvelle en fut apportée aussitôt, et la foule retourna, laissant Doso toujours enfermé dans sa prison. Mais une vieille femme qui avait perdu son mouton vint à passer à'côté de Doso; elle se lamentait en disant : « Malheureuse que je suis! J'ai perdu mon mouton à grosse queue! » — « Bé-é-é! Bé-é-é ! » fit aussitôt le coquin dans sa corbeille.

« Ah ! Ah ! dit la vieille, voilà mon mouton qui bêle; quelqu’un Pavait volé et enfermé dans cette corbeille. » En même temps, elle se mit à défaire la corbeille, et l’ouvrit. Aussitôt que Doso fut délivré, il se précipita sur la femme, et l’enferma à sa place, puis il s’enfuit. Cette fois on ne put savoir où il s’était sauvé. « Oiseau échappé d’un piège, dit-on, ne se laisse plus reprendre. » La foule revint et on prit la grande corbeille pour la porter à la rivière. Rafotsibe se lamentait, elle disait qu'elle avait passé par là, cherchant son mouton, qu’elle avait été trompée par l’homme enfermé dans la corbeille, que celui-ci l’y avait mise à sa place et abandonnée sur la route. « Tais-toi, criaient les gens, voilà maintenant que tu imites la voix d’une vieille femme, mais nous ne nous laisserons

T. il.

plus prendre à tes ruses. Tu n 'échapperas pas au châtiment ! Et — ploc ! — ils précipitèrent la corbeille dans l’eau. La vieille mourut noyée et les gens s’en retournèrent tranquillement au village.

Doso s’en alla faire le commerce dans des pays lointains ; il entreprit de longs voyages, et, disent les Baras, il resta absent pendant cent années. 11 avait amassé beaucoup d’esclaves, d’argent, et de bœufs ; il en possédait tant qu’on n'en savait plus le nombre. A la longue, pourtant, il eut la nostalgie de son pays natal, et il y revint. Arrivé près de son village, il envoya quelqu’un en avant, car il n'osait pas venir tout droit au rova, à cause de ce qu'il avait fait autrefois. Son envoyé dit au chef que Doso, regrettant son pays, s’était décidé à y revenir, mais qu’il demandait humblement la permission de rentrer. L’Andriana ne fit aucune difficulté ; il croyait du reste que c’était un autre Doso, et non pas le coquin d’autrefois, qui devait être mort depuis longtemps. Doso fut bien content en montant à son village avec toutes ses richesses; quant aux gens, ils étaient très surpris : les uns reconnurent tout de suite le rusé compère d’autrefois, d’autres ne voulaient rien entendre ; à la fin pourtant, tout le monde se mit d’accord, et on vit qu’il s’agissait bien du voleur de jadis. Doso était l’objet des conversations de tout le

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village, car le proverbe dit : Les riches s’attirent beaucoup d’envie. « Où as-tu bien pu ramasser tous ces biens, lui disaient les anciens du village. — Vous vous rappelez que vous m’avez jeté à la rivière autrefois. Eh bien ! j’ai trouvé toute espèce de choses merveilleuses. Jamais je n’en avais tant vu dans notre pays. C’est dans l’eau que j’ai longtemps habité, et c’est là que j'ai ramassé toutes mes richesses. Regardez mes lambamena, mes perles, mes verroteries, voyez mes bœufs gros et gras, mes esclaves jeunes et forts, et toutes ces choses, que je ne pourrais même pas énumérer ! — Où dis-tu que tu as demeuré ? interrompirent les gens. — Dans la rivière, vous dis-je. C’est dans l’eau que j’ai trouvé tout ! » « Si nous y allions, nous aussi, disaient les naïfs, nous deviendrions riches ! — Nous allons tresser de grandes corbeilles, ajoutèrent les vieilles femmes ; nous y coudrons nos enfants et nous les descendrons dans la rivière, pour y chercher de l’argent et des biens de toutes sortes. — Réfléchissez bien, reprit Doso : il faut rester longtemps dans l’eau. — C’est tout réfléchi. Pas plus tard qu’à la nouvelle lune, nous descendrons tous dans l’eau. » Et jusqu’à la nouvelle lune, il ne fut question dans le village que des aventures de Doso. Le moment venu, toutes les femmes ne travaillaient qu’à fabriquer des sobika. Un matin, le village se

réunit au bord de l'eau, car tous les hommes devaient partir ensemble à la recherche de la richesse. On les précipita les uns après les autres dans la rivière, si bien qu’on n’entendait que le bruit des corps tombant à l’eau : Ploc ! Ploc ! Ploc ! « Puissiez-vous rapporter beaucoup de choses, disaient les uns. — Ne prenez que ce qu’il y aura de mieux, ajoutaient les autres. » Depuis une semaine déjà les hommes avaient plongé, et aucun n'était encore revenu. Hélas ! les morts ne reviennent jamais. L'inquiétude commençait à tourmenter les femmes. Doso leur dit alors : « Une descente est le contraire d’une montée: jamais vos maris ne remonteront à la surface de l’eau ; les cadavres sont au fond de la rivière, les morts ne se réveilleront pas. Vous vous figurez que jadis vous m’avez précipité dans l’eau ; mais, comme j’avais une bonne destinée, je ne suis pas mort, et la Mère-qui-avaitperdu-son-mouton a été précipitée à ma place. Vous êtes assez fous pour croire qu’il y a dans l'eau autre chose que de la vase, des pierres et des poissons. Perdez donc pour toujours l’espoir de retrouver vos maris : ils ont terminé leur existence et leurs années sont écoulées. Comme il n’y a rien à faire avec les morts, c’est moi qui désormais remplacerai vos pères, vos maris et vos enfants. » Ces paroles frappèrent la foule de stupeur : beaucoup de femmes s’évanouirent,

les enfants pleuraient et gémissaient. Mais qu’auraient-ils pu faire, seuls et sans les êtres chers, perdus par leur faute ? Tous durent se résigner et vivre malheureux, sous la domination de Doso.

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