I JI
seils de son frère. 11 continua de fouiller les champs de patates, matin et soir. Une dernière fois le caïman lui dit : « Manolabahy, tu es mon frère et je ne veux pas te tromper. Si tu viens encore à l’ilot, je t’attaquerai . Si tu passes le gué pour ravager ces cultures, sache que tu le paieras de ta vie, je ne t’attaquerai pas à l’improviste, là où il y a beaucoup d’eau, mais je te saisirai là où la rivière est peu profonde, et je ferai en sorte que tu meures. — Nous nous battrons donc aujourd’hui, dit l’autre. — Oui, et j’ai dit vrai : je te tuerai. »
Le soir venu, le sanglier traversa la rivière, comme d’habitude. Lorsqu’il arriva près de l’ile, à l’endroit où la rivière est peu profonde, Longues-Dents (le caïman) se jeta sur lui, mais Deux-Dents (le sanglier), avec ses défenses, le coupa en deux parties, dont l’une fut emportée par le courant, tandis que l’autre resta suspendue à la gueule du sanglier. Celui-ci ne savait comment faire, allait-il emporter la moitié du cadavre de son frère le caïman? Mais ses pattes fatiguées lui faisaient mal. D'autre part, s’il demeurait sur place, le courant menaçait de l'emporter; s’il montait sur l’ilot, les gens viendraient pour le mettre à mort! Voici qu’ils arrivèrent en effet, nombreux, avec des sagaies et des haches. Monolabahy fut bientôt percé de coups et expira.
Depuis ce temps, dit-on, les [descendants des] trois frères sont devenus des ennemis; ils s’attaquent dans la forêt et se battent dans la clairière.