LE RAT ET LE KINAOLY
FABLE BARA
Recueillie à Ivohibé province de Farafangana ).
Rakinaoly et Ravoalavo étaient amis ; on les voyait toujours ensemble. Un jour, les deux compères volèrent des cannes à sucre. Lorsqu’ils les eurent mises en sûreté, chacun commença de les mâcher pour en exprimer le jus. Le rat demanda à son camarade : « Quelle partie mâches-tu, Rakinaoly ? — Je mâche la partie dure. » Et Ravoalavo se mit à mordre lui aussi dans la partie dure de la canne, mais il n’arrivait à rien. 11 demanda encore : « Quelle partie maches-tu, Rakinaolv ? — Je mâche la partie entre les deux nœuds. » Ravoalavo essaya, mais ses dents tombèrent. Le proverbe dit : Il n’y a pas de vengeance ; c’est Faction qui retourne [contre son auteur], L.e rat pensait donc : Hier c’était ton tour, aujourd’hui c’est le mien.
« Allons voler de quoi manger, dit-il à son compère. — Voler quoi ? — Du riz. » Us partirent dans la direction des rizières. Ils se hâtaient, car c’était le soir du jour. Quand ils furent aux rizières, le rat s’arrêta au bord de la digue. « Est-ce que la vase est profonde, demanda le kinaoly ? — Non, elle est très peu profonde. Comment! Toi, si gros, tu as peur d'entrer dans la rizière?» Le Kinaoly descendit alors, car il avait confiance dans la parole de son ami, et il ne se doutait pas que Ravoalavo le trompait. Il s’enfonça dans la vase jusqu'à la poitrine. Il demanda secours au rat, mais en vain. Celui-ci au contraire courut prévenir les propriétaires du riz. Ils vinrent aussitôt et lièrent solidement le Kinaoly. Puis ils s’apprêtèrent à le mettre à mort. Heureusement pour le Kinaoly qu’il savait faire des tours. Il amusa les maîtres du riz par son bavardage et ses grimaces. « Déliez-moi, disait-il. Vous verrez comme je suis un bon mpilalao. » On consentit à défaire la corde. Aussitôt Rakinaoly se mita danser, en s’accompagnant de cette chanson nasillarde :
« Il s’en va, s’en va par ci, par là,
« Ndoky ( i ) ! Par là, par ci, part et s’en va!
Il dansait vers le Nord, il dansait vers le Sud.
(i) Autre nom du Kinaoly.
Il s'éloignait de quelques pas, puis revenait. Plusieurs fois il fit ainsi, et les spectateurs en étaient si amusés qu’ils allumèrent un grand feu pour le mieux voir. Soudain, comme il était assez éloigné d’eux, il s’enfuit et on ne le revit plus. Mais on a conservé sa chanson :
« Il s’en va, s’en va, par ci, par là,
« Ndoky ! Par là, par ci, part et s’en va ! »
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LE VORONDREO
FABLE BETSIMISARAKA
Recueillie à Ambohimilanja ( province des Betsimisaraka-du-Sud).
Un jour, dit-on, Ikotofaly chassait des oiseaux dans une forêt; sur une branche d'arbre il vit un vorondreo qui lui dit :« Ikotofaly ! Tire sur moi, tire sur moi !» L'homme lira sur l’oiseau, qui resta suspendu à une forte branche. « Ikotofaly! Prends-moi, prends moi, prends-moi! Hélas! désormais je ne trouverai plus l’endroit où je me baigne d’ordinaire ! » L’homme prit l’oiseau et le porta chez lui. Arrivé dans sa maison, il dit à ses parents : « Voici un oiseau qui sait parler. » Le vorondreo dit de nouveau à Ikotofaly : « Ikotofaly ! Brûle-moi, brûle-moi! Hélas! je m’affligerai de ne plus voir l’endroit où je me baigne d'ordinaire ! » L’homme le fit cuire, et, une fois cuit, l’oiseau dit encore : « Ikotofaly!
Découpe-moi, découpe-moi en petits morceaux! Hélas! Que je m'affligerai de ne plus trouver l’endroit où je me baigne d'ordinaire ! » Le vorondreo, coupé en morceaux, fut mangé par tous les gens de la maison. Ikotofaly, après avoir mangé sa part, alla se baigner dans une rivière. Puis il mourut, parce que les maux qu’il avait causés au vorondreo retombaient sur lui. L’action retourne.
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