RATAKATRA ET RA MI H AK A
FABLE BETSIMISARAKA
Recueillie à Vatomandry ( province des Betsimisaraka-du-Sud) .
Le fihiaka est un oiseau qui ne sait pas se faire un bon nid. Un jour, dit-on, qu’il tombait beaucoup de pluie, Ratakatra était absent de sa maison, étant allé chercher sa nourriture. Quand la pluie commença, il se dépêcha de rentrer chez lui, mais il trouva Rafihiaka installé dans son nid. « Qui est là dans ma maison ? s’écria-til. » Rafihiaka répondit avec des cris de menace : « Je suis le grand Andriana, contre qui mille [oiseaux] ne tiendraient pas longtemps; quand je marche sur du fer, il plie; quand je marche sur la terre, elle tremble. Je couche dans le ciel, après en avoir fendu la voûte en deux; je tiens dans ma serre et j’y écrase l’œil-du-jour (le soleil) : si je saisis tes pattes, je les briserai . » Ratakatra eut grand peur de ces menaces et n’osa
- iS7 —
pas rentrer; mais il appela Raboreta et lui dit: « Viens chasser Rafihiaka qui s’est emparé de ma maison; si tu l’expulses, nous nous abriterons tous les deux chez moi. » Mais Raboreta ne put y arriver. Alors il appela Rahorovana, qui renonça également. Finalement il s'adressa à Railovy; celui-ci s'approcha de la maison de Ratakatra en prononçant des paroles de menaces : « Quel est l’insolent qui refuse de sortir de cette maison? » Mais notre fihiaka, plein de dédain, répéta encore : «Je suis Ndiambé, contre qui mille [oiseaux] ne tiendraient pas longtemps: quand je marche sur du fer, il plie; quand je marche sur la terre, elle tremble; je couche dans le ciel, après en avoir fendu la voûte en deux; je tiens dans ma serre et j’y écrase l’œil-du-jour (le soleil); si je saisis tes pattes, je les briserai. — Tu dis que si tu saisis mes pattes, tu les briseras! Vaine menace! s’écria Railovy »; et en même temps il se jeta sur Rafihiaka, le renversa et le força à prendre la fuite. Alors Ratakatra et Railovy s’abritèrent ensemble contre la pluie, et le matin Railovy s’en alla. Railovy n’est qu’un petit oiseau et pourtant, grâce à sa force, il a pu battre Rafihiaka.
RATAKATRA ET RATSINTSINA
FABLE BETSIMISARAKA
Recueillie à Vatomandry (province des Betsimisaraka-du-Sud).
Ratakatra et Ratsintsina se promenaient ensemble, dit-on, quand Ratakatra proposa de construire une maison. Ratsintsina ne voulut pas. Ratakatra la bâtit donc tout seul ; lorsqu’elle fut finie, la pluie se mit à tomber et Ratakatra put s’abriter, tandis que Ratsintsina fut réduit à se blottir au pied des hautes herbes; au bout d’un certain temps, il fut trempé. Alors il vint chez Ratakatra, mais il n’osait pas entrer et se tenait à la porte de la maison. Ratakatra lui dit : « C'est ta paresse qui t’a fait mouiller, mon cadet; allons, entre! » Le tsintsina entra; l’autre alluma un bon feu pour le sécher. Quand il fut sec, Ratsintsina demanda une valiha pour chanter, Ratakatra la lui donna. Mais voici que
Ratsintsina se mit à chanter ainsi : « Oh ! Qu’elle pue, qu’elle pue, la maison de Ratakatra! Gling, gling, gling! Oh! Qu’elle pue, qu’elle pue, la maison de Ratakatra ! Gling, gling, gling ! »Ratakatra, furieux, dit à son hôte: « Sortons pour nous battre! » Et le tsintsina pressa tellement la tète de Ratakatra qu'il l’aplatit, et Ratakatra pressa tellement le tsintsina qu’il le rapetissa.
Et voilà pourquoi la tête du takatra est plate et pourquoi le tsintsina est un petit oiseau.
T. II