R AK AN K AN A ET RABIBILAVA
FABLE TANALA
Recueillie à Ivohibè (province de Farafangana).
Autrefois il y avait deux époux, Ramanga et Renimanga, qui eurent deux fils au bout de quarante années de mariage. Mais l’aîné était dépourvu de pieds et d’yeux, le second avait des yeux et pas de pieds. L’un s’appelait Rabibilava (le serpent) et l’autre Rakankana (le ver de terre). Or un jour le chef et tout le peuple se réunirent sur une place pour s’amuser. Rakankana parla à son frère Rabililava et lui dit : « Si tu voyais! ô mon frère! Il y a sur la place une foule de gens qui se parent, s’habillent, se coiffent! Comme ils sont beaux ! Et comme les femmes ont la chevelure bien tressée ! — Tu es heureux, Rakankana, de voir toutes ces belles choses. Prête-moi un peu tes yeux, que je puisse regarder aussi cette foule brillante. — Je ne
peux pas te prêter mes yeux, mon frère; comment veux-tu que je fasse ? — Si, je t’en prie, mon cher frère, prète-les moi, pour que je puisse voir tous ces gens qui s’amusent.» Rakankana impatienté arracha ses yeux etles mit à son aîné, Aussitôt qu’il eut les yeux de son cadet, celui-ci distingua très bien, et, s’écartant de son frère, s’en alla tout doucement. Rakankana, stupéfait et désespéré, s'enfonça dans la terre. Quant à Rabililava, il garda les yeux de son frère et rampa à la surface du sol, car il n’avait pas de pieds.
Telle est l’origine du ver de terre et du serpent. Ils sont enfants de la même mère, bien que la couleur de leur peau soit différente. Et voilà pourquoi il y a chez les Tanala un proverbe qui dit: «Faire comme Rabililava, qui emprunta des yeux et ne voulut plus les rendre à leur propriétaire, mais s’enfuit avec. »
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IVONDROMBOLO
FABLE BETSIMISARAKA
Recueillie à Mahatsara (province d'Andevoranto).
Un jour, dit-on, Ivondrombolo s’en alla dans la forêt faire un défrichement ; quand les arbres furent abattus et qu’il ne restait plus qu’à les brûler, il se rendit au milieu du tavy et cria : « Eh ! vous ancêtres, ainsi que tous les êtres présents dans ce tavy, je vais brûler ce tavy et je tiens à vous en avertir. Partez en emmenant vos petits, ainsi que les faibles et les vieux, autrement vous flamberiez, et ensuite vous en arriveriez à me rendre malade ou à faire en sorte que mon riz ne pousse pas! Ainsi partez ! »
Alors les êtres du tavy quittèrent tous la
place, à l'exception de Ramambabe (i), énorme boa trois fois gros comme un homme.
La femme de Ramambabe l’appela vainement: «O mon mari, mon mari, ôte-toi de là; car Ivondrombolo va mettre le feu à son tavy ; je t’en préviens. — Je saurai me défendre, femme, je saurai me défendre », répondit-il en faisant tournoyer son fanantana (2) et en gonflant son ventre blanc ; « moi Ramambabe je ne partirai pas, je veux rester ici. » Le père de Ramambabe ainsi que sa mère et ses aïeux, l’invitèrent aussi à quitter la place, mais il s’y refusa. Les autres serpents, comme le menarana , Yantoliolena, le maroandavaka, le tapatononama , Yantsiririatra , le supplièrent à leur tour, mais à chacun il fit la même réponse.
Tous alors s'enfuirent au plus vite et Ivon-> drombolo mit le feu au tavy. Quand Ramambabe vit la fumée monter en l’air, il cria de sa voix la plus forte : « C’est une muraille de fer, mes amis, c’est une muraille de fer qu’il me faut. » Et avec du bois et des herbes sèches il construisait sa muraille. Ivondrombolo cependant continuait de répandre le feu dans le
(1) Ramambabe signifierait proprement « le grand crocodile » ; il s'agit ici de quelque serpent fabuleux, comme l'indique la rédaction même du conte.
(2) Battant du métier de tisserand.
tavy et se disait : « Tant pis pour lui, s’il flambe, je l'avais invité à se retirer. » Quand le feu gagna la muraille de Ramambabe, le monstre s’agita violemment pour étouffer la flamme, mais la muraille sur laquelle il comptait fut vite consumée et lui-même fut brûlé ensuite. Son cadavre devint du fumier et fit pousser vigoureusement le riz.
Depuis cette époque, dit-on, si des serpents de l’espèce ankoma ou de l’espèce manditra sont grillés dans un tavy, on prétend que le riz poussera bien, car ces serpents sont les descendants de Ramambabe, qui refusa de se retirer, lorsque ses parents l’y invitaient. Au contraire, si des animaux autres que ces serpents se trouvent brûlés dans le tavy, le propriétaire du tavy risque de tomber malade, s’il ne possède pas des ody puissants pour écarter les revenants; de plus son riz aura chance d’être mauvais.
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Iv AZ A N D RAMA H A RO B A K A
FABLE BETSIMISARAKA Recueillie à Sambava ( province de Vohemar).
Un jour Kazandramaharobaka s’en alla dans la forêt faire un défrichement pour cultiver du riz. Il travailla donc à couper des arbres tous les jours excepté le mardi, car ce jour-là on s’abstient de bêcher la terre ou de couper aucune plante. Bientôt, tous les arbres furent abattus; Kazandramaharobaka attendit qu’ils fussent secs et choisit le vendredi pour les brûler. Or la veille un gros caméléon appelé Rantotra s’avança le long d’une branche près du défrichement, et regarda ce qui s’y passait : il vit un gros serpent appelé Do, qui restait blotti dans le tronc d’un des arbres coupés. Il lui conseilla de s’en aller, car le lendemain l’homme devait venir mettre le feu aux arbres, mais le serpent répondit : « La fleur tsingarivary meurt quand
on la transplante; mais moi je suis fort et je resterai sur ma terre natale ; quand les flammes s'approcheront de moi, je les éteindrai avec mes crachats. » Le caméléon s’en retourna dans la forêt sans rien dire. Le lendemain matin, Kazandramaharobaka arriva sur le défrichement pour le brûler. Quand les flammes pétillèrent, Do essaya de les éteindre comme il avait dit, mais il n'y put réussir ; les flammes le brûlèrent et il fut transformé en cendres qui fertilisèrent le terrain.
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LE TAKATRA
ET LE VORONDOLO
FABLE BETSIMISARAKA Recueillie à Fampotabé (province de Vohemar).
Un jour, dit-on, un takatra et un vorondolo se rencontrèrent au bord d’un lac. Le takatra venait chercher des grenouilles pour son souper et le hibou des rats pour son déjeûner, car l’un était sur le point de rentrer chez lui et l’autre au contraire sortait pour la première fois de la journée. Ils se saluèrent mutuellement, engagèrent la conversation et de bonnes relations s’établirent entre eux. « Quel est ton
nom », demanda le vorondolo au takatra.
« Je m’appelle Andriatakabolamanana, répondit
le takatra. Et toi, comment t’appelles-tu?»
« Rabelohataona », dit le hibou. Pour sceller leurs bonnes relations, ils s'invitèrent à dîner réciproquement. Le hibou reçut le premier; à
TI
T. II
la date fixée le takatra se rendit chez lui ; mais le hibou n'avait pas de maison ; il habitait un trou de rocher exposé au vent ; et il servit le repas sur la pierre nue. Le takatra, pénétré par le froid, ne put rien manger. Pourtant, comme il avait bon caractère, il dit aimablement bonsoir à son ami, au moment de le quitter. Le vorondolo accompagna le takatra à quelque distance et s’en revint.
Arriva le jour fixé pour la visite chez le takatra. Le hibou s’y rendit et son ami fut tout fier de le faire entrer dans sa maison bien chaude. Il servit le repas auquel le hibou fit copieusement honneur, tout en bavardant gaiement. Et pourtant son cœur ne désirait pas le bonheur du takatra, car son amour était attaché à la grande maison chaude et il songeait aux moyens de n’en pas sortir. Quelque temps après le dîner, le takatra trouvant que son ami s’éternisait, lui dit : « Il fait nuit noire, mon camarade. Je vais vous accompagner jusque chez vous. » Mais l’autre fit semblant de ne pas entendre, et, quand enfin on le pressa de partir, il se mit à grommeler : « Ainsi tu voudrais rester dans cette bonne et chaude maison, tandis que j’irais grelotter sur la pierre nue. Jamais je ne quitterai cet excellent nid, ou bien il y aura du sang versé. » Le combat commença donc, mais le takatra eut le dessous;
forcé de s’enfuir pour échapper à la mort, il passa tristement la nuit au bord du lac. Au lever du jour, un héron, qui le vit, s’écria : « Hia ! Qu’est-ce que tu fais là de si bonne heure, Andriantakabolamanana ? Pourtant tu n'as pas de riz à repiquer, ni de digue à réparer? » — « Ma maison m’a été volée par le hibou, répondit le takatra, et quiconque pourra l’en chasser aura des sauterelles, des grenouilles et un lambamena. » Tenté par le cadeau, le héron alla jusqu’à la porte de la maison et dit en prenant sa plus grosse voix : « Qui a expulsé de sa maison Andriatakabolamanana ? Andriatakabolamanana est là-bas, triste et morne, sur les rives du lac. » — « C’est moi qui l’ai chassé, dit le hibou, moi Rabelohataona ; quand je regarde le ciel, il se vide ; mon poids, quand je ‘ me perche, fait plier les arbres. » Et, ce disant, il ouvrit largement son bec. A cette vue le héron, pris de peur, s’en retourna à larges enjambées près du takatra et lui dit : « Pardonne-moi, cher ami, mais le hibou est invincible. » Et il s’envola. Vinrent successivement le papango, le goaika, le hitsikitsika . Ils échouèrent aussi. Alors le tsintsina vint se percher en face du takatra et, se dandinant sur ses petites pattes, lui cria : « Tsin ! Tsin ! Tsin ! Qu’est-ce que vous faites là si tristement, Andriantakabolamanana ?» Le takatra affligé ne répondait mot, car il ne
comptait guère sur un si petit oiseau pour lui venir en aide. Mais, devant l’insistance du Tsintsina, il dit : « C’est Ravorondolo qui m’a pris ma maison et n’en veut plus sortir. » — « Si je l'en chasse, moi, quelle sera ma récompense? » — « Tu penses réussir là où ont échoué le papango, le goaika et le hitsikitsika ? Quelle folie est la tienne? Tu veux donc, petit oiseau, ne plus jamais manger de sauterelles, et perdre la vie? « — « Dis toujours la récompense. » — « Eh bien! si tu le chasses, je te donnerai des sauterelles, des grenouilles et un lambamena. » LeTsintsina se mit en route et devant la fenêtre du takatra il cria : « Qui fait semblant d’ètre le propriétaire de la maison d’Andriantakabolamanana, cependant que le pauvre se morfond au bord du lac ?» — « C’est moi, hurla le hibou ; quand je regarde le ciel, il se vide; mon poids, quand je me perche, fait plier les arbres. Entre donc, si tu veux lutter avec moi. » Et il ouvrit un large bec, en fermant les yeux, comme quelqu’un qui n’a peur de rien. Alors leTsintsina entra par le bec ouvert jusque dans l'estomac du hibou et se mit à lui dévorer les entrailles. Le hibou fut bientôt mort. Le Tsintsina vola aussitôt près du takatra ; celui-ci fut bien étonné en voyant son ennemi mort ; il traîna le cadavre hors de sa maison et donna au vainqueur son salaire. Il lui offrit d’abord le lambamena.
« Oh i quand nous mourons, nous autres, nous ne nous enveloppons pas de lambamena; je n’en ai pas besoin. » — « Voici alors les grenouilles. » — « Je vous remercie infiniment. Les grenouilles sont musculeuses, et mon bec est trop mou. Je ne pourrais pas les manger. » — « Voici donc les sauterelles. » Le tsintsina joyeux se jeta sur les sauterelles qui étaient bien grasses, et il était content, car il y en avait tant qu’il ne pouvait les manger toutes. C’est, dit-on, l’origine du proverbe connu : Un Tsintsina qui gagne des sauterelles est bien content de les manger, mais il n’a pas assez de ventre pour les y mettre toutes.
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