‹ Contes de Noël [microforme]Chapitre 8 sur 24 · EG M LE IE AE · texte numérisé non relu

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——— Il n’y eut, pour me consoler de la

décevante réalité, que les patins que

je trouvai dès l’aube, gisant sous mon clou particulier,et dont la chute intempestive m'avait si douloureusement éclairée sur le prosaïsme des choses d’ici-bas.

Que de cruelles leçons m'a depuis données la vie, sans avoir pu épuiser pourtant mon fonds de poétiques illusions, tant on en amasse en ces folles années de l'enfance.

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En l'honneur de ce premier de l’an,

à ceux qui m'ont lue, je souhaite,

Comme récompense, de n'avoir pas

trop d'oreilles pour les sinistres

avertissements de cette vieille blasée

. qu'on nomme l’Expérience, Libre à

eux de ne pas croire à Santa Claus; mais au moins qu'ils lui trouvent des adeptes en leurs petits enfants, en reconnaissance des grandes joies dont nous lui avons tous été redevables.

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A na nièce, Quatre fois j'ai vu, quand c'était le printemps, les grosses branches noires

se revêtir de feuilles, et, fières de leur nouvelle toilette, l’agiter avec un gai

froufrou en se pavanant au-dessus de ma tête, et les oiseaux tout joyeux revenir endormir leurs petits dans les berceaux de mousse neuve, au milieu des feuilles fraîches.

Quatre fois j'ai vu, suspendues aux arbres, les corbeilles renouvelées de fleurs blanches et roses que le petit

Jésus y accroche au mois de mai,

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Quatre fois aussi, depuis ma naissance, le tapis blanc de l'hiver s’est étendu sur la terre nue et laide pour la cacher à nos yeux attristés..…

J'ai bien hâte de vous faire part de ce qui me préoccupe ; mais je tenais à vous dire cela auparavant, afin de vous donner une idée de mon âge.

Le calcul n'est pas difficile, et si vous êtes un peu perspicace, vous avez deviné que j'ai eu mes quatre ans au mois de juillet dernier...

C'était la veille du jour de l'an; il s'agissait pour maman de m’amener à la ville pour m'acheter une coiffure …

Le petit frère malade l'avait empêchée

de s’en occuper plus tôt,

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Le détail peut paraître futile, mais il est très important, La suite de mon récit le prouvera.

À deux heures, j'étais habillée, mais d'une drôle de façon! Ne trouvezvous pas — je le demande aux personnes de mon âge — que les mères ont une tendresse bien chaleureuse ?

Je l'appelle ainsi, parce que leur sollicitude et leur frayeur du froid les portent à nous emmitoufler de manière à nous faire périr par un excès pour éviter l'autre,

Je ris beaucoup quand, au moment de partir, je m'aperçus dans la glace.

Un vrai peloton de laine !…

De mes boucles blondes, pas une

n'avait osé s'échapper sous le triple

tour du nuage bleu qui m’enveloppait la tête. Mon nez, enfoui dans tout ce lainage, paraissait si peu, que c’était à faire croire que je n’en avais pas.

On ne m'avait laissé que les yeux de libres, car on savait que cela me ferait tant de peine de ne rien voir.

C'était déjà assez triste de ne pouvoir parler !.…

Ma bouche, il ne fallait pas y songer! Elle avait assez à faire de respirer à travers tout ce qui la couvrait.

Enfin nous montons en voiture ; puis, glin ! glin ! les grelots résonnent,

et nous glissons vite sur la neige unie,

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LE REVE D’ANTOINETTE 51 SR Oh! que de jolies choses partout !

Des équipages par centaines, de belles dames, des petits enfants drôlement encapuchonnés comme moi !… Et, dans les vitrines, que de merveilles! Des chevaux superbes qui semblent attendre leur maître: à côté, des familles de poupées, les bras tendus et les yeux grands ouverts, comme pour appeler et chercher leurs petites mères parmi tous les enfants qui défilent devant elles.

À la fin, la voiture s'arrête, et Jacques, me prenant dans ses bras, me dépose sur le seuil d’un grand magasin.

Une demoiselle, habillée de noir,

avec beaucoup de colliers et des

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cheveux frisés qui lui descendent dans les yeux, s’avance vers nous.

A la demande de maman, elle nous apporte plusieurs bonnets qu'on commence à m'essayer.

Je n’ai pas besoin de vous dire que je profitai de ce moment de liberté pour raconter tout ce que j'avais vu!

Après m'avoir mis, ôÔté et remis bien des choses plus ou moins pyramidales, il se trouva qu’une certaine coiffure, que la demoiselle en noir appelait érès à la mode, sembla plaire davantage.

— Combien ?

-— Cinq piastres seulement ! fit la demoiselle frisée, avec un air très

aimable et d’un ton engageant — un

peu comme Marguerite quand elle veut me coucher et que je n’ai pas sommeil.

Petite mère ouvrit des yeux

plus grands que d’ordinaire.

— C'est bien cher!

— Remarquez que la peluche de soie est très dispendieuse, Madame, observa la marchande avec dignité, en flattant le bonnet sur ma tête, comme on caresse un petit chat.

Celle-ci est de qualité supérieure...

Puis, cela va si bien à votre joli bébé!

continua-t-elle en se penchant pour me voir... Et c’est chaud. Cela couvre entièrement les oreilles.

Elle dit encore beaucoup de choses en tournant et retournant le bonnet /rès à la mode,

Pendant ce temps, maman versait sur la table un grand nombre de sous blancs que la demoiselle frisée donna à n monsieuren luidisant: Cache! (1)

Elle avait peur que nous ne les reprissions, probablement.

ke * *

Je ne puis vous dire tout ce que je vis d'étonnant dans cet après-midi!

J'étais fatiguée de tant regarder, et me sentis presque heureuse quand maman monta dans la voiture une dernière fois en disant à Jacques de nous reconduire chez nous.

Une muititude de lumières brillaient partout,

(1) Cash, mot usuel dans le commerce canadien,

pour appeler les préposés à la caisse qui font la monnaie

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Les rues étaient remplies de monde, de voitures, et de bruit.

Tout à coup, à l’angle d’une rue, au milieu d’une foule de personnes qui passaient en riant et parlant très haut, que croyez-vous que j'aperçus ?...

Une maman très vieille, avec sa petite fille, appuyées au mur d’une grosse maison.

La mère avait les yeux fermés et mettait sa main sur l'épaule de son

enfant.

Elle, la pauvre mignonne, avait

une robe bien laide et toute déchirée, un vilain mouchoir sur sa tête ; ses mains étaient nues. Elle avait des grands yeux bleus pleins de larmes, qu'elle levait parfois en tendant sa

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petite main rougie vers les passants qui ne la regardaient pas.

Oh! qu'ils étaient méchants!

Quand je la vis ainsi grelottante et si triste, je frissonnai moi-même sous

mes flanelles.

Je fis un grand effort pour dési-

gner la pauvrette; mais comment remuer sous les robes pesantes qui m'entortillaient ét m’emprisonnaient complètement !

J'essayai de crier, mais le bruit de la rue couvrit ma voix. D'ailleurs, nous allions très vite, et la petite mendiante disparut.

Je pleurai tout bas, et j'y pensai

longtemps.

À la fin, comme j'étais bien fatiguée,

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