‹ Contes de PerraultChapitre 19 sur 20 · Prêtre des anciens Gaulois · texte numérisé non relu

Prêtre des anciens Gaulois

d'aller trouver la fée des Lilas, sa marraine. Pour cet effet, elle partit la même nuit dans un joli cabriolet attelé d'un gros mouton qui savait tous les chemins. Elle y arriva heureusement. La fée, qui aimait l'infante, lui dit qu'elle savait tout ce qu'elle venait lui dire, mais qu'elle n'eût aucun souci, rien ne pouvant lui nuire si elle exécutait fidèlement ce qu'elle allait lui prescrire; « car, ma chère enfant, lui ditelle, ce serait une grande faute que d'épouser votre père ; mais, sans le contredire, vous pouvez l'éviter : dites-lui que, pour remplir une fantaisie que vous avez, il faut qu'il vous donne une robe de la couleur du temps ; jamais, avec tout son amour et son pouvoir, il ne pourra y parvenir. »

La princesse remercia bien sa marraine; et dès le lendemain matin elle dit au roi son père ce que la fée lui avait conseillé, et protesta qu'on ne tirerait d'elle aucun aveu qu'elle n'eût une robe couleur du temps. Le roi, ravi de l'espérance qu'elle lui donnait, assembla les plus fameux ouvriers, et leur commanda cette robe, sous la condition {|ue, s'ils ne pouvaient réussir, il les ferait tous pendre. II n'eut pas le chagrin d'en venir à cette extrémité : dès le second jour, ils apportèrent la robe si désirée. L'empyrée n'est pas d'un plus beau bleu, lorsqu'il est ceint de nuages d'or, que cette belle robe lorsqu'elle fut étalée. L'infante en fut toute contristée et ne savait comment se tirer d'embarras. Le roi pressait la conclusion. Il fallut recourir encore à la marraine, qui, étonnée de ce que son secret n'avait pas réussi, lui dit d'essayer iïcn demander une de la couleur de la lune. Le roi, qui ne pouvait rien lui refuser, envoya chercher les plus habiles ouvriers, et leur commanda si expressément une robe couleur de la lune, qu'entre donner et apporter il n'y eut pas vingt-quatre heures.

L'infante, plus charmée de cette superbe robe que des soins du roi son père, s'affligea immodérément lors([u'eIle fut avec ses femmes et sa nourrice. La fée des Lilas, qui savait tout, vint au secours de l'affligée princesse, et lui dit: « Ou je me trompe fort, ou je crois que, si vous lui demandez une robe couleur du soleil, nous viendrons à bout de dégoûter le roi votre père, car jamais on ne pourra parvenir;! faire une pareille robe, ou nous gagnerons au moins du temps. »

L'infante en convint, demanda la robe; et l'amoureux roi donna, sans regret, tous les diamants et les rubis de sa couronne })0ur aider à ce superbe ouvrage, avec ordre de ne rien épargner pour rendre cette robe égale au soleil. Aussi, dès qu'elle parut, tous ceux qui la virent déployée lurent obligés de fermer les yeux tant ils furent éblouis. C'est de ce temps que datent les lunettes vertes et les verres noirs. Que

devint rinlanlc à celte vue? Jnmais on n';nait lien vti de si heaii el de si arlistenienL travaillé. VAU' étail coidondue, et, sous [)réte\te d'avoii' mal aux veux, elle se leliia dans sa ehainhre, où la fée l'attendait, plus honteuse ([u'on ne peut dire, (^e lui hien pis; car, en vo\ant la robe du soleil, elle devint roui>e de colère.

« Oh î pour le coup, ma lille, dit-elle à Tinlante, nous allons metlre lindigne amour de votre père à une terrible épreuve. Je le crois bien entélé de ce mariage, (pTil croit si prochain: mais je pense (pi'il sera un peu ('tourdi de la demande (( lejc vous conseille de lui l'aire; c'est la peau de cet âne cpiil aime si passionnémeni, et qui fournit à t(»utes ses (léj)enses avec tant de profusion : allez, et ne man(juez pas de lui dire (pie vous désirez celte [)eau. »

l/infante^, ravie de liouver encore un moyen d'éluder un mariage (pi'elle déteslail, et «pii pensait en même tem[)s (pie son père ne pourrait jamais se résoudre à sacrilier son âne, vint le Irouxcr, et lui e\j)Osa sou désir pour la peau de ce bel animal. Quoi(pie le roi fùl élonné de celte fantaisie, il ne balança pas à la satisfaire. Le pauvre àue fut sacrifié, et l;i peau galamment apportée à l'infante, (pii. ne voyant plus aucun moyen d'éluder son malheur, s'allait désespérer, lors(pie sa marraine accourut.

« Que faites-vous, ma lille? dil-elle, voyant la j)rincesse déchirant sis cheveux el meurtrissant ses belles joues; voici le moment le plus heureux de votre vie. Enveloppez-vous de cette peau, sortez de ce palais, et allez tant (fue terre pourra vous porter : lorscpi'on sacrifie tout à la vertu, les dieux savent en récoinpenseï-. Allez, j'aurai soin (jne votre toilette vous suive partout; en cpielquc lieu que vous vous arrêtiez, votre cassette, où seront vos habits et vos bijoux, suivra vos pas sous terre; et voici uia baguette (jue je vous donne : en frapi)anl la lerre. (piand vous aurez besoin de cette cassette, elle paraîtra à vos yeux, mais hàlez-vous de [)artir, el ne tardez pas. »

L'infante embrassa mille fois sa marraine, la pria de ne pas rabaiidonner. s'alfubla de cette vilaine peau, après s'être barbouillée de suie de cheminée, et sortit de ce riche palais sans être reconnue de personne.

L'absence de l'infante causa une grande rumeur. Le roi, au désespoir, ([ui avait fait préparer une fête magnifi(iue, était inconsolable. Il fit ptirtir plus de cent gendarmes et plus de mille mousquetaires pour aller à la quête de sa fille; mais la fé'c, qui la protégeait, la rendait invisible aux plus habiles recherches.

Ainsi il fallut bien s'en consoler.

Pendant ce temps Tinfante cheminait. Elle alla bien loin, bien loin, encore plus loin, et cherchait partout une place; mais quoique par charité on lui donnât à manger, on la trouvait si crasseuse que personne n'en voulait. Cependant elle entra dans une belle ville, à la porte de laquelle était une métairie, dont la fermière avait besoin d'un souillon pour laver les torchons, nettoyer les dindons et l'auge des cochons. Cette femme, voyant cette voyageuse si malpropre, lui proposa d'entrer chez elle, ce que l'infante accepta de grand cœur, tant elle était lasse

d'avoir tant marché. On la mit dans un coin reculé de la cuisine, où elle fut, les premiers jours, en butte aux plaisanteries grossières de la valetaille, tant sa peau d'àne la rendait sale et dégoûtante. Enfin on s"v accoutuma; d'ailleurs elle était si soigneuse de remplir ses devoirs, que la fermière la prit sous sa protection. Elle conduisait les moutons, les faisait parcpierau temps où il le fallait; elle menait les dindons paître avec une telle intelligence, qu'il semblait (pi'elle n'eut jamais fait autre chose : aussi tout fructifiait sous ses belles mains.

Un jour qu'assise près d'une claire fontaine, où elle déplorait souvent sa triste condition, elle s'a\ isa de s'y mirer; l'efiroyable peau d'àne, qui faisait sa coiffure et son habillement. ré[)ouvanta. Honteuse de cet ajustement, elle se décrassa le visage et les mains, qui devinrent plus blanches que de l'ivoire, et son beau teint reprit sa fraîcheur naturelle.

La joie de se trouver si belle lui donna envie de s'y baigner, ce qu'elle exécuta; mais il lui fallut remettre son indigne peau, pour retourner à la métairie. Heureusement le lendemain était un jour de fête; ainsi elle eut le loisir de tirer sa cassette, d'arranger sa toilette, de poudrer ses beaux cheveux, et de mettre sa belle robe couleur du temps . Sa chambre était si petite, que la queue de cette belle robe ne pouvait pas s'étendre. La belle princesse se mira et s'admira elle-même avec raison, si bien qu'elle résolut, pour se désennuyer, de mettre tour à tour ses belles robes les fêtes et les dimanches, ce qu'elle exécuta ponctuellement. Elle mêlait des fleurs et des dia-

inants dans ses beaux cheveux, avec un art admirable; et souvent elle soupirait de n'avoir pour témoins de sa beauté que ses montons et ses dindons, rpii Taimaient autant avec son horrible peau d'àne, dont on lui avait donné le nom dans cette terme.

Un jour de fête que Peau-d'Ane avait mis la robe couleur de soleil, le fds du roi, à qui celte ferme appartenait, vint y descendre pour se reposer en revenant de la chasse. Ce prince était jeune, beau et admirablement bien t'ait, l'amour de son père et de la reine sa mère, adoré des peuples. On offrit à ce jeune prince une collation champêtre, qu'il accepta ; puis il se mit à [)arcourir les basses-cours et tous leurs recoins. Kn courant ainsi de lieu en lieu, il entra dans une sombre allée, au bout de laquelle il vit une porte fermée. La curiosité lui lit mettre l'œil à la sei'rure ; mais ([ue devint-il en apercevant la princesse si belle et si richement vêtue, qu'à son air noble et modeste il la prit pour une divinité? L'impétuosité du sentiment ((u'il éprouva dans ce moment l'aurait porté à enfoncer la poite, sans le respect que lui inspira cette ravissante personne.

Il sortit avec peine de cette allée sombre et obscure, mais ce fut pour s'informer qui était la personne qui demeurait dans cette petite chambre. On lui répondait que c'était une souillon, qu'on nommait Peau-d'Ane, à cause de la peau dont elle s'habillait, et qu'elle était si sale et si crasseuse, que personne ne la regardait ni ne lui parlait, et qu'on ne l'avait prise que par pitié, pour garder les moutons et les dindons.

Le prince, peu satisfait de cet éclaircissement, vit bien que ces gens grossiers n'en savaient pas davantage, et qu'il était inutile de les questionner. Il revint au palais du roi son père, plus amoureux qu'on ne peut dire, ayant continuellement devant les yeux la belle image de cette divinité qu'il avait vue par le trou de la serrure. Il se repentit de n'avoir pas heurté à la porte, et se promit bien de n'y pas manquer une antre fois. Mais l'agitation de son sang, causée par l'ardeur de son amour, lui donna, dans la même nuit, une lièvre si terrible, que bientôt il fut réduit à toute extrémité. La reine sa mère, qui n'avait que lui d'enfant, se désespérait de ce que tous les remèdes étaient inutiles. Llle promettait en vain les plus grandes récompenses aux médecins ; ils y employaient tout leur art, mais rien ne guérissait le |)rince .

Enfin, ils devinèrent qu'un mortel chagrin causait tout ce ravage; ils en avertirent la reine, qui, toute pleine de tendresse pour son fils, vint le conjurer de dire la cause de son mal, et que, (piand il s'agirait de lui céder la couronne, le roi son père descendrait de son troue sans regret, pour l'y faire monter; (pie s'il désirait quel(|ue princesse, quand même on serait en guerre avec le roi son père, et qu'on eût de justes

sujets pour s'en plaindre, on sacrifierait tout pour obtenir ce qu'il désirait: mais qu'elle le conjurait de ne pas se laisser mourir, puisque de sa vie dépendait la leur. La reine n'acheva pas ce touchant discours sans mouiller le visage du prince d'un torrent de larmes. « Madame, lui dit enfin le prince avec une voix très faible, je ne suis pas assez dénaturé pour désirer la couronne de mon père; plaise au ciel qu'il vive de longues années et qu'il veuille bien que je sois longtemps le plus fidèle et le plus respectueux de ses sujets î Quant aux princesses que vous m'olTrez, je n'ai point encore pensé à me marier; et vous pensez bien que, soumis comme je le suis à vos volontés, je vous obéiiai toujours, quoi qu'il m'en coûte. — Ah î mon fils, reprit la

reine; rien ne nous coûtera pour te sauver la vie; mais, mon cher fils, sauve la mienne et celle du roi ton père, en me déclarant ce que tu désires, et sois bien assuré qu'il te sera accordé. — Eh bien î madame, dit-il, puisqu'il faut vous déclarer ma pensée, je vais vous obéir : je me ferais un crime de mettre en danger deux êtres qui me sont si chers. Oui, ma mère, je désire que Peau-d'Ane me fasse un gâteau, et que, dès qu'il sera fait, on me l'apporte. »

La reine, étonnée de ce nom bizarre, demanda qui était cette Peau-d'Ane? « C'est, madame, reprit un de ses officiers qui par hasard avait vu cette fille, c'est la plus vilaine bête après le loup; une peau noire, une crasseuse, qui loge dans votre métairie et qui garde vos dindons. — N'importe, dit la reine; mon fils, au retour de la chasse, a peut-être mangé de sa pâtisserie ; c'est une fantaisie de malade ; en un mot, je veux que I*eau-d'Ane (puisque Peau-d'Ane il y a) lui fasse promp-

f Lllo fit^de son niicu\ un sateau pc

On courut à la métairie, et l'on fit venir Peau-d'Ane, pour lui ordonner de faire de son mieux un gâteau pour le prince.

Quelques auteurs ont assuré que Peau-d'Ane, au moment que ce prince avait mis l'œil à la serrure, les siens l'avaient aperçu ; et })uis, que, regardant par sa petite fenêtre, elle avait vu ce prince si jeune, si beau et si bien fait, que l'idée lui en était restée, et que souvent ce souvenir lui avait coûté quelques soupirs.

Quoi qu'il en soit, Peau-d'Ane l'ayant vu, ou en ayant beaucoup entendu parler

avec ('loge, ravie de ixtiivoir Iiounci- un moyen dèlre connue, s'eulerma dans sa chambre, jela sa vilaine peau, se décrassa le visage et les mains, se coiiïa de ses blonds cheveux, mit un beau corset d'argent brillant, un jupon pareil, et se mit à faire le gâteau tant désiré : elle pril de la |)lus |nire farine, des (cufs et du beurre bien fiais.

En travaillant, soit de dessein ou autreinenl, une bague cpiClle a\ail au doigt tomba dans la pâte, s'y mêla; et, dès (jue le gâteau fut cuit, s'affublant de son horrilde peau, elle donna le gàleau à rofliciei'. à (pii elle demanda des nouvelles du prince; mais cet homme, ne daignant pas lui répondre, courut chez le prince lui porter ce gâteau.

Le prince le prit avidement des mains de cet homme, et le mangea avec une telle vivacité, que les médecins, ([ui étaient présents, ne manquèrent pas de dire que cette fureur n'était pas un bon signe : effectivement, le prince pensa s'étrangler, avec la bague (pi'il trouva dans un des morceaux du gâteau ; mais il la tira adroitement de sa bouche, et son ardeur à dévorer ce gâteau se ralentit, en examinant cette line émeraude montée sur un jonc d'or, dont le cercle était si étroit, qu'il jugea ne pouvoir servir qu'au plus joli petit doigt du monde.

Il baisa mille fois cette bague, la mit sous son clie\ et, et l'en lirait à tout moment, quand il croyait n'être vu de personne. Le tourment ([u'il se donna, pour imaginer comment il pourrait voir celle à qui cette bague pouvait aller; et n'osant croire, sil demandait Peau-d'Ane, qui avait fait ce gâteau qu'il avait demandé. (pi"<»n lui accordât de la faire venir; n'osant non plus dire ce (pi'il avait vu j)ar le Irou de la serrure, de crainte qu'on se moquât de lui, et qu'on le prît pour un visionnaire; toutes ces idées le tourmentant à la fois, la lièvre le reprit fortement; et les médecins, ne sachant plus ([ue faire, déclarèrent à la reine que le prince était malade d'amour.

La reine accourut chez son lils, avec le roi, qui se désolait : « Mon lils. mon cher fdsî s'écria le monarque aflligé, nomme-nous celle que tu veux ; nous jurons que nous te la donnerons, fùt-elle la plus vile des esclaves. » La reine, en IVndjrassant, lui conlirma le serment du roi. Le pi'ince, attendri par les larmes et les caresses des auteurs de ses jours : « Mon père et ma mère, leur dit-il, je n'ai point dessein de faire une alliance qui vous déplaise: et. pour j)reuve de cette vérité, dit-il en tirant l'émeraude de dessous son chevet, c'est que j'épouserai la personne à qui cette bague

ira, telle qu'elle soit; et il n'y a pas apparence que celle qui aura ce joli doigt soit une rustaude ou une paysanne. »

Le roi et la reine prirent la bague, l'examinèrent curieusement, et jugèrent, ainsi que le prince, que cette bague ne pouvait aller quà quelque fille de bonne maison.

Alors le roi, ayant embrassé son fils, en le conjurant de guérir, sortit, fit sonner les tambours, les fifres et les trompettes par toute la ville, et crier par ses hérauts ([ue l'on n'avait qu'à venir au palais essayer une bague, et que celle à qui elle irait juste épouserait l'héritier du trône.

Les princesses d'abord arrivèrent, puis les duchesses, les marquises et les baronnes ; mais elles eurent beau toutes s'amenuiser les doigts, aucune ne put mettre la bague. Il en fallut venir aux grisettes, qui, toutes jolies qu'elles étaient, avaient toutes les doigts trop gros. Le piince, qui se portait mieux, faisait lui-même l'essai. Enfin, on en vint aux filles de chambre; elles ne réussirent pas mieux. Il n'y avait plus personne qui n'eût essayé celte bague sans succès, lorsque le prince demanda les cuisinières, les marmitonnes, les gardeuses de moutons : on amena tout cela; mais leurs gros doigts rouges et courts ne purent seulement aller par delà l'ongle.

« A-t-on fait venir cette Peau-d'iVne, qui m'a fait un gâteau ces jours derniers? » dit le prince.

Chacun se prit à rire, et lui dit que non, tant elle était sale et crasseuse.

« Qu'on l'aille chercher tout à l'heure, dit le roi ; il ne sera pas dit que j'aie excepté quelqu'un. »

On courut, en riant et en se moquant, chercher la dindonnière.

L'infante, qui avait entendu le tambour et le cri des hérauts d'armes, s'était bien doutée que sa bague faisait ce tintamarre : elle aimait le prince; et, comme le véritable amour est craintif et n'a pointde vanité, elle était dans la crainte continuelle que (|uelque dame n'eût le doigt aussi menu ({ue le sien. Elle eut donc une grande joie quand on vint la chercher, et qu'on heurta à sa porte. Depuis qu'elle avait su qu'on chercliait un doigt propre à mettre sa bague, je ne sais quel espoir l'avait portée à se coiifer plus soigneusement, et à mettre son beau corset d'argent, avec le jupon plein de fa!l)alas, de dentelles d'argent, semé d'émeraudes. Sitôt qu'elle entendit qu'on heurtait à la porte, et qu'on l'appelait pour aller chez le prince, elle remit promptement sa peau d'àne, ouvrit sa porte; et ces gens, en se moquant d'elle, lui dirent (|ue

PKAIJ-DANE

le roi la demandait pour lui (airo ('pouscr son fils : puis, avec de longs ("clats de rire, ils la menèrent chez le prince, (pii lui-même, étonné de raccoutrement de celle fille, n'osa croire que ce l'ùl elle «pi'il avail vue si pompeuse et si helle. Triste et confondu de s'être si lourdenieni lrom|)é:

,llimPliUV''ll,jn,It%-x, ^,„^

Elle parut d'une beauté si ravissante que le prince se mit ù ses genou:

« Est-ce vous, lui dil-il. <pii looez au fond de cette allée oljscure, dans la troisième basse-cour de la métairie"?

— Oui, seig;neur, répondil-elle.

Montrez-moi votre main ». dil-il en tremblant et poussant nu |>rofond

soupir. . .

ailles- iz. ty^

CIRCULATION HtNS ROOM

Dame! qui fut bien surpris! Ce furent le roi et la reine, ainsi que tous les diambellans et les grands de la cour, loi-sque de dessous cette peau noire et crasseuse sortit une petite main délicate, blanche et couleur de rose, où la bague s'ajusta sans peine au plus joli petit doigt du monde ; et par un petit mouvement que Tintante se donna, la peau tomba, et elle parut d'une beauté si ravissante, que le prince, tout faible qu'il était, se mit à ses genoux, et les serra avec une ardeur qui la fit rougir ; mais on ne s'en aperçut presque pas, parce que le roi et la reine vinrent l'embrasser de toute leur force, et lui demander si elle voulait bien épouser leur fils. La princesse, confuse de tant de caresses et de l'amour que lui marquait ce beau jeune prince, allait cependant les en remercier, lorsque le plafond s'ouvrit, et que la fée des Lilas, descendant dans un char fait de branches et de fleurs de son nom, conta, avec une grâce infinie, l'histoire de l'infante.

Le roi et la reine, charmés de voir que Peau-d'Ane était une grande princesse, redoublèrent leurs caresses ; mais le prince fut encore plus sensible à la vertu de la princesse, et son amour s'accrut par cette connaissance.

L'impatience du prince pour épouser la princesse fut telle, qu'à peine donna-t-il le temps de faire les préparatifs convenables pour cet auguste hyménée. Le roi et la reine, qui étaient affolés de leur belle-fille, lui faisaient mille caresses, et la tenaient incessanunent dans leurs bras ; elle avait déclaré qu'elle ne pouvait épouser le prince sans le consentement du roi son père : aussi fut-il le premier à qui on envoya une invitation, sans lui dire quelle était l'épousée; la fée des Lilas, qui présidait à tout comme de raison, l'avait exigé, à cause des conséquences.

Il vint des rois de tous les pays : les uns en chaise à porteur, d'autres en cabriolet; de plus éloignés, montés sur des éléphants, sur des tigres, sur des aigles; mais le plus magnifique et le plus puissant fut le père de l'infante, qui heureusement avait oublié son amour déréglé, et avait épousé une reine veuve, fort belle, dont il n'avait point eu d'enfant. L'infante courut au-devant de lui; il la reconnut aussitôt, et l'embrassa avec une grande tendresse, avant qu'elle eut le temps de se jeter à ses genoux.

Le roi et la reine lui présentèrent leur fils, qu'il combla d'amitiés. Les noces se firent avec toute la pompe imaginable. Les jeunes époux, peu sensibles à ces magnificences, ne virent et ne regardèrent (ju'eux.

Le roi, père du prince, fit couronner son fils ce même jour, et, lui baisant la main.

Page 1