Verdoyer, jeter un éclat vert
LA BARBE-BLEUE
« Descends donc vile, crin lit Hni'i)e-|{l(Mie. <>ii je nionlei'iii l;i-li;inl î — Je m'en vais, » ré|)(tn(lil la (emine. l'.l puis elle criai! : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-(u rien venir ?
— Je vois, répondil la sœur Anne, une iJirossc poussièie ((ui \ienl de ce cùté-ci...
— Sont-ce mes frères?
— Hélas î non. ma sœur-, je vois lui Li'oupeau de moutons..,
— Ne veux-tu p;is descendre ? criait la Barbe-Bleue.
— Encore nn petit moment? » répondit sa femme.
Et puis elle criait : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
— Je vois deux cavaliers cpii viennent de ce côté ; mais ils sont l)ien loin encore.
— Dieu soit loué î s'écria-t-elle un moment après, ce sont mes frères,
— Je lenr fais signe tant rpie je puis de se hâter.
La Barbe-Bleue se mit à crier si fort, que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit et alla se jeter à ses pieds tout éplorée et tout écbevelée. « Cela ne sert de rien, dit la Barbe-Bleue; il faut mourir î » Puis, la prenant d'une main par les cheveux, et de l'autre levant le coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme, se tournant vers lui et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir. « Non, non, dit-il, recommande-toi bien cà Dieu... » Et levant son bras... Dans ce momeni, on heurta si fort à la porte, (pie la Barbe-Bleue s'arrêta tout court. On ouvrit, el aussit(U on vit entrer deux cavaliers qui, mettant l'épée à la main, coururent droit à la Barbe-Bleue. Il reconnut ([uv c'étaient les frères de sa femme, l'un dragon et l'autre mousquetaire, de sorte qu'il s'enfuit aussitôt pour se sauver; mais les deux frères le poursuivirent de si près, (pi'ils l'ail râpèrent avant (pi'il put gagner le perron. Ils lui passèrent leurs épées au travers du corps et le laissèrent mort.
La pauvre femme était pi-es([ue aussi morte que son mari, et n'iw ait pas hi force de se lever pour embrasser ses frères.
Il la prit d'i
par les cheveux.
Il se Irouva que la Barbe-Bleue n'avait point crhéritier, et qu'ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens .
Elle en employa une partie à marier sa jeune sœur Anne avec un jeune gentilhomme dont elle était aimée dejiuis longtemps ; une autre partie à acheter des charges de capitaines à ses deux frères, et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec la Barbe^Bleue,
Garnier frères lidiîeurs Paris lip'. Dufrenoy. 4"j ??:e h Monlpapnat'se Par;
La Belle au bois dormant.