‹ Contes de PerraultChapitre 8 sur 20 · LE CHAT BOTTE · texte numérisé non relu

LE CHAT BOTTE

.\ meunier ne laissa pour lous biens, à trois enfants qui! avait,

que son moulin, sonàne et son chat. Les partages furent bientôt

faits; ni le notaire ni le procureur n'y furent ])oint appelés. Ils

auraient eu bientôt mangé tout le pauvre patrimoine. L'ainé eut

le moulin, le second Tàne, et le plus jeune n'eut que le chat.

Ce dernier ne pouvait se consoler d'avoir un si pauvre lot : mes frères, disait-il,

pourront gagner leur vie honnêtement en se mettant ensemble ; })our moi,

Iors(pie j'aurai mangé mon chat, et que je me serai fait un manchon de sa peau,

il faudra que je meure de faim. »

Le chat, qui entendit ce discours, mais n'en fit pas semblant, lui dit d'un air posé et sérieux : « Ne vous affligez pas, mon maître; vous n'avez qu'à me donner un sac, et me faire faire une paire de bottes, pour aller dans les broussailles, et vous verrez ({ue vous n'êtes pas si mal j)artagé que vous croyez. » Quoique le maitre du chat ne fit pas grand fonds là-dessus, il lui avait vu faire tant de tours de souplesse pour })rendre des rats et des souris, comme quand il se pendait par les pieds, ou qu'il se cachait dans la farine pour faire le rnort^ qu'il ne désespéra pas d'en être secouru dans sa misère.

Page 1