‹ Contes des féesChapitre 4 sur 14 · H PHI · texte numérisé non relu

H PHI

d'un pareil événement. Les noces du jeune enchanteur et de ta Belle furent célébrées avec la plus grande- pompe, seulement le méchant Mordicus n'y parut point ; mais il combla sa bru de présents et de mille preuves de tendresse. On rappela le vérita- .ble Ribosco, qui devint le bouffon de la cour, et tout le monde fut heureux. >

Cela prouve bien que, dans la soi iété, on doit s'attacher plus aux qualités morales qu'au physique de ceux qui doivent partager notre destinée

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CONTE

qu'il est béte, Grippe-Sàm* cisse! Ahl qu'il est bêteï

C'est ce qu'entendait continuellement dire, derrière son dos, un petit gardon de treize lus, que ses mauvais penchants '^T^^^^ 'W^ ^avalrut fait surnommer Grippe- Saucisse ; car ii était plus malin que bâte, et souvent il faisait l'imbécile pour mieux cacher ses sottises : sa bonne mère, qu'on appelait Marianne, l'aimait tendrement, et ne se doutait pas de toute la perversité de son cœur. Elle savait bien qu'il était sot, ignorant, gauche, maladroit en tout, mais elle ne le croyait que cela, et pas du tout méchant.

Elle iui-dit, un matin : N'est-il pas houteux pour un garçon de treize ans. qui grandit à vue d'oeil, comme tu le fais, de t exposer à tout moment à être appelé bétel bétel Je n'entends que dire partout ; Ah, quil est bêle 1 C'est bien humiliant pour une mère ! Eh puis, ce nom de Grippe-Saucisse, que je t'ai donné moi-même, un jour que tu fis certaine fredaine, et sans me douter qu'il deviendrait ton seul nom, attendu que tout le monde te l'a coasa-

cré pour se moquer de toi; ne rougis-tu pas de porter un pareil sobriquet?

L'enfant lui répondit niaisement et en feignant de pleurer ; ce n'est pas ma faute ! Pourquoi me i'avezvous donné ce vilain nom-là, que chacun s'est plu à ' me conserver ? Si je suis bête, comme ils le disent tous, ce n'est pas encore ma faute, là !

Eh mais! si, c'est ta faute, "cprit Marianne. Tu ne lais attention à rien ; tu agis .omme un imbécile, bans réflexion, et tous les jours, ce sont de nouvelles gaucheries qu'on a a te reprocher. Si tu entres quelque part, tu marches sur le petit chien ou tu écrases la queue du chat. Tu touches à tout, tu prends tout dans tes mains de coton, et tu brises tout. L'autre jour tu accroches avec ton pied la petite table sur laquelle tu déjeûnais; elle tombe; pan ! tout est brisé! Hier, je te mène chez madame la comtesse, dont j'ai été dix ans la femme de chambre. Tu veux lui donner la bouteille à4'encre qui est sur un meuble; tu la laisses tomber, elle se casse, et voilà son beau parquet tout taché ! Tout à l'heure encore, tu t'obstines à prendre de mes mains la cruche d'huile à brûle/ pour la serrer, at tu la reuverses sur le pot au feu que j'écumais sur le fourneau. Quand je te dis que tu ne fais rit>û comme un autre ! Aïh ! si la dame qui t'» servi de marraine, et que je n'ai vue que cette fois- (à, où elle s'est offerte à me rendre service, si, dis-^e, cette dame si bonne venait ici par hasard, elle serait bien étonnée de trouver un filleul aussi niais, aussi sot et aussi maladroit! Mais, je regarde par la fenêtre... Eh 1 u.ou dieu! je croli que c'est elle que je vois

jfàséèr. Q^è je coure donc après elle! î)epuîs treize ans que je ne l'ai vue, ses traits sont restés gravés dans ma mémoire.., toute petite... un grand mantelet... un bonnet de dentelle à barbes, à papillons, avec un grand bec et un diamant, c'est elk ! Aïtends-njoi là un kistant.

Marianne sort dans la rue, rejoint la dame, et lui dit : N'est-ce pas vous, madame, qui eûtes la bonté de me tenir un petit garçon il y a treize ans?

— C'est moi-même, répondit la dame. Je venais faire une visite dans la maison où vous étiez en couches, et votre marraine vous ayant manqué par une maladie, je m'oflrh pour la remplacer. Je sais tout ce qui vous est arrivé depris, ainsi qu'à votre fils. Vous êtes devenue veuve, une comtesse que ▼ous avez servie vous a W\. des rentes. Mon filleul s'appelle Grippe-Saucisse, et c'est le plus mauvais petit sujet du quartier. — Je le crains, madame.

— Mais comment savez-vous cela ? vous êtes donc restée ma voisine sans que je le saihe ? — Au contraire, ma bonne Marianne, ma destinée est de voyager; mais je ne me fatigue pas pour cela ; car j'ai à ma disposition toutes les voitures, tant terrestres qu'aériennes. Je dispose des éléments ; je fais Ja pluie et le beau temps : en un mol, je suic la fée Bambine, et la plu-P petite île toutes les fées, comme vous voyez ; car j'ai tout au plus trois pieds de haut. J'ai le domaine des petits enfants, c'està-dire que j'ai le pouvoir de les corriger, de les récomptnser, d'en faire, en un mot. ce qu'il me plaît. Je viens de chez ie maître W'éoole du b;:^> de jrotre rue, où j'ai donné un pied de nez a ciuij ou

six petits polissons qui ne voulaient pas lui obéir. Ils garderont huit jours leur nez ainsi allongé, et j'espère que cette pénitence leur suffira.

Marianne écoule la fée Bambine avec autant de respect que d'étonnenient, car elle ne se doutait pas qu'elle eût l'honneur d'avoir une fée pour commère « Celle-ci ajoute : Comme je peux tout, je sais tout < ainsi je puis vous dire que votre fils est plus méchant que bête, qu'il est haï, méprisé dans le quartier où il fait tous les jours de nouvelles sottises. Une fois, il passe rapidement devant la boutique d'un grainetier et prend dans les mannes qui font étalage au dehors une poignée de riz, de pois, de fèves : une autre fois il court à dessein se précipiter dans l'éventaire d'une marchande de cerises ou de pommes, et, quand il a renversé ses marchandises, il s'empresse, en lui demandant pardon, de l'aider à les ramasser ; mais il a soin d'en remplir ses poches. Il se cache souvent à l'entrée de l'allée de la maison où vous demeurez. Vous savez qu'il y a, au coin à droite, un charcutier, à l'autre coin un pâtissier. Quand l'un de ces marchands a la tête tournée ou quitte son comptoir, votre petit drôle s'empare, sur leur étalage, soit d'un gâteau, soit d'une saucisse, enfin de ce qu'il trouve. Il fait cent autres tours qui ne sont pas moins répréhensibles. Si une bonne femme porte, le matin, son lait dans nu pot, il rrache dedans et se sauve en riant. Il souffle les chandelles de celles qui vont, le soir, les allume- chez leur» voisines. Il donne des croche-pieds aux vieilles femmes chargées de hottes bien lourdes et les fart tomber par terre. Il marche daus les ruisseaux

exprès pour éclabousser les messieurs qui ont des î)„: de soie blancs; il jette de la boue dans les robe» des dames ; il cherche dispute à tous les petits enfants qu'il rencontre seuls, il les bat, ou bien il brise ce que leurs parents leur envoyaient chercher ; et toujours ses jambes lui servent à éviter les punitions que lui méritent toutes ces mauvaises actions. Oh ! c'est le premier coureur de Paris. Ainsi, j'avais bien raison, je crois, de vous dire que votre fils est le plus mauvais sujet du quartier.

■Marianne restç pétrifiée; elle répond: On m'en a fait souvent des reproches, madame ; mais je ne croyais pas qu'il fût vicieux à ce point ! Qu'il fasse quelques espiègleries d'enfance, c'est déjà beaucoup sans doute ; pour voler, c'est autre chose, et je ne le soufirirai pas. Aidez-moi, je vous prie, madame, à le corriger ; je vous en garderai une éternelle reconnaissance.

Cela n'est pas difficile, répliqua la fée Bambine, et il s'en offre justement une occasion. Observez seulement ce que je vais vous dire. 11 n'est que neuf heures ; nous avons le temps de faire l'épreuve qne je médite. Remontez chez vous. Dites à votre fils que vous avez en effet rencontré sa marraine, sans lui faire connaître qui je suis. Vous ajouterez que c'est une dame de province qui a des emplettes à faire dans la capitale, qu'elle vous a priée de l'accompagner chez- divers marchands. Persuadez-lui bien surtout que je vous garderai à dîner, et que vous ne rentrerez que ce soir. Vous sortirez sur le champ. Après votre départ, il sortira à son tour. Isous rentrerons alors, et je vous rendrai invisible

ainsi qoe moi, dans votre chambre, où nous assis* terons au plu» plaisant diuer que vous ayez jamais vu.

Marianne fit de point en point ce que la fée venait de lui prescrire, et elle quitta son fils en lui disant : Ainsi, à ce soir, mon garçon. Tu feras chauffer un peu de soupe d'hier qui est là, et tu mangeras le reste des haricots. Dîne bien quoique seul, et surtout ne sort pas ; je t'ordonne de garder notre chambre toute la journée ; on parle tant de voleurs !

L'enfant promit, mais il ne tint pas parole. A peine sa mère fut-elle partie qu'il sortit et alla trouver deux petits vauriens comme lui, avec lesquels il faisait secrètement ses fredaines. Bi iiFaut, dit-il, et toi, Roustan, je vous invite tous les deux à diner chez moi, aujourd'hui. Pour la première fois de ma vie, ma ivjère me laisse le champ libre; nous en profiterons pour bien rire, bien manger et bien jouer.

Briffant, Roustan et lui vont d'abord se promener; puis à deux heures, Grippe-Saucisse les ramène à la chambre, où il s'empresse de mettre le couvert. Biiffaut lui dit : Qu'est-ce que tu nous donneras à diner? — D'abord, cette soupe qui chaude, et ce plat de haricots. Il faudra les manger, pour que ma mère croie que j'ai dîné tout seul ; mais nous avons bien autre chose avec cela. Voilà une belle guirlande de cervelas que j'ai su décrocher, hier soir, à la porte d'un charcutier, puis un pâté de venu, que j'ai chipé aussi au pâtissier, notre voisin. Pour du vin, j'en ai là deux bouteilles que j'ai dérobées à

ma mère, et nous ferons bombance, vous verrez. — J'ai, réplique Briflaut, des pommes que j'ai prises à la fruitière. Moi, ajoute R.oustan, mes poches sont pleines de poires et de noix. — (Tous les trois : ) Oh ! quelle joie! quelle fête ! quel bon repas !

Nos trois psïte drôles se mettent à table ; mais, à peine ont-ils avalé leur soupe, qu'il leur pousse à chacun, au bas du menton, une grosse sonnette qui fait un bruit du diable chaque fois qu'ils veulent ■langer. Ils s'écrient : O mon Dieu : qu'est-ce que cela?

Et les trois sonnettes redoublent leur *apage. Il» se regardent, ils se lèvent; ils veulent arracher cet airain perfide. Cela leur est impossible; c'est l'os même de leur menton qui s'est allongé et qui 3'est changé en sonnette. Us s'assoient... Mais, nouveau prodige, leurs bras restent collés le long de leurs hanches, sans qu'il soit possible de les remuer, et leurs bouches, quoique sans manger, font continuellement le remuement d'une personne qui mâche, ce qui redouble le bruit de leurs sonnettes. Ce bruit devient si fort que tout le monde s'arrête dans la rue : on monte dans l'escalier pour savoir d'où part ce singulier carillon.

Les deux voisins du coin de l'allée, le charcutier et le pâtissier, montent, entrent dans la chambre. L'nn reconnaît ses cervelas ; l'autre son pâté, et, sans égards aux ptièves des deux sonneurs, ils vous les soufflettent, ils vous les tapent à qiià mieux mieux.

F.,a fée et Marianne, qui étaient témoins invisibles de cette fête, paraissent alors.- La fée u'oaae de

l'argent aux marchands en disant : Voilà le prix de ce que mon filleul vous a dérobé. Maintenant, messieurs les petits filoux, c'est à moi que vous allez avoir aflaire. Comme vous courez si bien, quand vous faites vos fredaines, qu'on ne vous attrape jamais, je vous donne maintenant la permission et le pouvoir de courir. Partez, et arrêtez-vous quau<* vous pourrez.

Elle les touche de sa baguette. A l'instant, et par une puissance surnaturelle qui les y force, ils se sauvent tous trois et courent dans les rues ; mais slans quel accoutrement!... la guirlande de cervelas s'est attachée, par run bout, au bas du dos de Grippe-Saucisse, et lui forme une longue queue qui trahie dans les ruisseaux ; les poires volées ainsi que les pommes se sont réunies et forment une semblable queue qui suit 13 ri fia ut partout. Quand à Roustan, le pâté s'est attaché sur sa tête et lui forme une casquette d'une forme tout à fait nouvelle.

Ils courent, au grand plaisir des passants, qui se moquent d'eux, et ils courraient encore, si les chiens ne s'étaient attachés à la queue de Grippe-Saucisse et ne lui avaient mangé tous ses cervelas. Les petits enfants ont de même arraché les poires, les pommes de Briflaut, et le pâté de Roustan, qui s'est fendu en quatre, est tombé dans la boue.

La fée alors chasse ces derniers polissons ; elle rend invisible Grippe-Saucisse et le ramène chez sa mère, où elle lui fait une leçon et des menaces si fortes, que l'entant jure, en fondant en larmes,. <ju'ii <sl tout à lait corrigé.

En effet, il ne retomba pïus dans les mêmes fautes,

et la protection de la fée Bambine lui servit à se frrre

un état honnête dans re monde, où il devint boa

époux et tendre père de famille.

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