‹ Contes des féesChapitre 6 sur 14 · BISCOTIN · texte numérisé non relu

BISCOTIN

«-gomme» qu'une bêtejmais eucore une fois, e'est-î ma faute? si j'sommes né com'ça, est-ce que j 'pouvons me changer? pas pu que a" changer de figure. Hoin! si j'avions de l'esprit! seulement un petit moment , j'me tirerions joliment d' affaire , et je ra'moquerions à mon tour d'ceux qu'en aurions moins qu'moi !

Comme il disait ces mots, il aperçut une petite fauvette qui chantait sur une branche d'arbre d'un bois voisin. A l'instant, un oiseau de proie fondit sur la jolie chanteuse, et il remportait déjà lorsque Biscotin, qui avait le cœur très-bon , saisit une forfe pierre et la lança avec tant de vigueur à l'oiseau ravisseur que celui-ci, blessé au cou, lâcha la fauvette et s'envola en tirant de l'aile , comme s'il allait tomber. Pour la fauvette , elle disparut dans le bois. C'est bien fait , dit Biscotin, en narguant l'oiseau de proie ! Ça t'apprendra à avoir pus d'esprit oc. de force qu'un autre ! Et voilà comme les bons sont toujours mangés-par les méchants.

Il se sent frapper légèrement sur l'épaule ; il »«j retourne, et aperçoit une belle dame , vêtue magnitiquemept., et qui tient dans sa main droite une baguette noire. Biscotin^ lui dit la dame, me reconnais-tu? — Non, morguienne, madame ; j'uavons pas cet honneur-là, — Tu viens de me voir ! — — Quand? — A l'instant. — Tout à l'heure? Ah ! c'est que madame aura passé pris de moi, sans que je Tayons remai quée. J'ons un sujet d'ehagrin qui m'occupe tant 1 — Je connais tou chagrin ; mais revenons à moi. Je suis la timide fauvette que tu vieus de préserver de la serre d'un cîuei oiseau

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de proie, ei [c suis en même temps la fée Babonette, qui reprend sa forme humaine pour te récompenser d'une bonne action. Voyons, que veuxtu? — - ï\his, madame — j'sommes bon embara ->é.

— .le t'ai entendu tout à l' heure désirer de l'esprit. -— Oh ca, c'est vrai ; car j'sommes si hôte, si bête!

— F,h bien ! je puis le faire ce* cadeau » mais écoute auparavant. Mon art ne me permet /e e donner qu'une seule rh<>c!> , soit de l'esprit .

du jugement. — Dupjchement ? Quoiqu' c'est qu'rà?

— Du jugement, mon garçon, sert à juger

— Oh 1 je ne voulons pas être juge.- — Tu ne m'entends par; je veux dire que tu pourras dis- < • • ri ■ '. n émept, te conduite enfin avec droiture. — J' »n- toujours vécu en Kon-

nète homme. — Je le sais ; mais — Non , de

l'esprit, madame la fée, si vous voulez bvn ; ça fera que j'pourrons à mon four m'moquer des autres.

— Si tu m'en croyais tu préférerais le jugement. Je puis te le donner sansï'tsprit, comme il ne m'est permis de te donner que l'esprit sans y joindre le jugement, qui, selon moi , te serait plus utile que l'autre? — Ah l madame, l'esprit? je vous en prions à genoux. — Lève-toi, et va où tu voudras ; mais eaïue-toi bien de dire à qui que ce soit le don que je te fais, ni la manière dont l'esnrit te sera venu. A l'instant même nii tu commettrais une pareille indiscrétion, tu redeviendrais plus sot , plus imbécile qu'auparavant.

Elle le frappe d*» sa baguette, disparaît, et soudain Biscotia ce sent tout autre qu'il était. Il sera» bh qu'un D jusqu'alors sur ses yeux, sur

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ta pensée, est tombé, et qu'il voit les choses sous un tout autre aspect ; son individu, en un mot, n'est plus du tout le même, et il ne sait s'il doit se féliciter d'un pareil changement, car la lumière qui l'éclairé maintenant, jadre mal avec sa blouse de charretier, ses cheveux plats , ses guêtres et sa figure de niais. Il pense au Biscotin qu'on a renvoyé le matin, et se dit : Maître Pierre ne pouvait garder en effet un pareil imbécile ! A sa place, moi, je n'aurais pas pu le souffrir.

Chose é'onnaute ! jusqu'à son organe qui e3t changé ! Il parle purement à présent ; ce n'est plus sou grossier patois j il ne fait plus de faute contre la langue ; il lui paraît même qu'il a des niauièies , un bon ton, îl est enchanté.

Il retourne chez son maître et lui dit : Maître Pierre, vous m'avez renvoyé ce matin, et alors vous pouviez avoir raison, car je paraissais être le plu» grand sot de la terre, mais je suis bien changé depuis, et vous voyez mainteuant en moi un garçon plein d'esprit.

Maître Pierre éclate de rire et lui répond : Toi, tu as de l'esprit ! — Oui, et j'en ai plus que vous.— Plus que moi, c'est un peu fort! —Vous ne vous en apercevez pas à ma manière de m'exprimer ! Je ne dis plus filais ti, j'étais ta; plus de j'avijns , f étions je venions. Je parle français tout aussi bien que M. le curé, et nreux , je vous l'assure, qu'il ne parle latin.

Mais, en effet, réplique maître Pierre étonné, je ne reconnais plus ton langage lourd, ignorait. — Je pétille d'esprit, vous dis-je t et je voue en

donnerai mille preuves , si \ous voulez me reprendre chez vous. Je rot» dirai des chose* cfcarmant es,

l'amuserai madame Pierre par des petit3 contes que j'improviserai, et je donnerai de l'instruction, de l'esprit à vos enfants, qui sont aussi bètes que votre femme et vonsr

Maître Pierre, surpris de plus en plus, se rriet en colère: Ah ça! mon drôle, dit-il, reviens-tu pour me diredes sottises? — Des vérités, maître Pierre. Là, convenez que vous n'avez pas autant d'esprit que moi. Allons, allons vous ne pouvez pas vous le dissimuler. — Cela peut être; mais c'est donc que tu as caché ton jeu tout le temps que tu as été chex nous ? Tu y est resté quatre ans à me faire cent sottises, tu en avais fait mille chez le voisin Guillaume; quand je t'ai pris sortant de chez lui, tu faisais donc le niais exprès? dis, marnais sujet.

Biscotin répond : Je voulais voir si tous auriez vous le talent de démêler le mente au milieu de l'enveloppe grossière dont je Pavais entouré à dessein. Vous a\ez donné dans le pié^e, ce n'est pas ma faute; mais reprenez-moi, et je ne dissimulerai plue, mou esprit à vos regards aussi ehannes qu'étonnés.

Comme il parle, repart maître Pierre ! Ce n'est vraiment plus ce Bisrotin si !)ête , qui I j'i:;rs le rontraire de ce que je lui ordonnais, qui 6e laissait moquer par tous les enfants du village; OU dirait, ma foi, entendre M. le curé ou M — Bah, votre magiïter ! c'est un sot, qui ne soutiendrait pas avec moi la moindre conversation. Je suis connue un feu toujours roulaut; c'est

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«îis-je, lin fen d'artifice que l'élan de ma pensée ; des trait* d'esprit , des bons mots, des vers marnes jaillissent de mon cerveau comme les grands jets d'eau di» parc du seigneur de ce lieu ; m? verve s'élancera/, jusqu'aux cieux, si elle pouvait y atteit dre. — Quel jargon est cela ? Je comraenre à ne pins le comprendre ; c'est trop spirituel. —Vous en convenez donc? — Ah 3 malin, vous avez fait la bote ! — Je me suis donné ce petit plaisir-là pour m'amuser à vos dépens. — Plaisant aipose* ment , qui retombait sur tes épaules ; car je t'ai donné souvent , pour tes lourdrs sotties , ces coups de gaule que tu aurais pu t'éviter. — fci j'étais aussi peu indulgent que vous l'étiez, je pourrais vous les rendre à présent. — Oui, ah ! il faudrait voir cria par exemple, cela serait assez farce. — • De quelle expression ignoble et basse vous servezvous ? assez farce .' Pouvez-vous m'écorcher ainsi les oreilles ! — Tarrt pis pour tes oreilles. De longues qu'elles étaient, elles sont devenues bien délicates ! — Ah? des oreilles délicates, quel néologisme ! — Qu'est-ce qu'il veut dire avec son nez au logis? Oh ! çà vas-tu faire le pédmt avec moi? va-t-en nu diable ; il me faut un garçon de charrue , et non pas un savant qui parle de manière à n'être compris de personne. — Je sais bien que les sots trouveront encore ce langage extraordinaire; ils ne sont pas faits pour m'entendre. - — Insolent ! veuxtu sortir? — Oh, mon D'eu ! pas de bruit , maître Pierre! j'étais bien aise de vous donner cette petite kçon, ea vous apprenant quelle perte vous faisi-* «n moi} vous la connaissez , je tue retire et je vais

m'amuser à en mystifier d'autres; car vous savez ou rous ne savez pas, ce vers si conuu :

Les sots sont ici-bas pour nos menus plaisirs.

Maître Pierre saute sur un manche à balai pour en frotter le dos de Biscotm ; mais celui-ci se sauve tt va faire enrager, de la même manière, le curé, le magister, ses anciens maîtres, tous ceux qu'il peut rencontrer.

Chacun, bien étonné, ne peut rien concevoir à un paieil changement ; il existe cependant , il est réel. Ce Biscotin, si niais, a maintenant un esprit* qui confond les hommes les plus éclairés. Il lit, il écrit comme un ange; il s'exprime avec autant de grâce que d'éloquence ; il cite même des auteurs et sait des tirades des œuvres de nos plus grands poètes. Où, quand et comment a-t-il appris cela? Il n'est bruit dans le village que de sa métamorphose , et la nouvelle en vient jusqu'aux oreilles du seigneur. Le comte de*** , qui l'a souvent rencontré, et qui s'est, nfoqué de lui, comme tout le monde, veut le voir. Biscotin se rend à ses ordres.

Monseigneur, dit-il en saluant avec autant de grâce que de politesse , monseigneur m'a fait l'honneur de me demander ? Oui, mon ami , j'ai désiré m'assurer par moi-même des merveilles qu'on di* de toi. — Quelles merveilles, monseigneur ? il n'y eu a point, et je vous demande pardon , je ne suis pas une curiosité à montrer en foire. — Ce n'est p*s 1^ ce que je veux dire. Mais on prétend que tu a* fait la bête dépuis six ans nue tu es venu l'établir

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