‹ Contes des fées [microforme]Chapitre 28 sur 50 · MEME · texte numérisé non relu

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LA BELLE AU BOIS DORMANT. Cri

pardon ce sôn frère. L'ogresse reconnut la voix de la reine et de ses enfants, et furieuse d'avoir été trompée, elle commanda dès le lendemain au matin, avec une voix épouvantable qui faisait trembler tout le monde, qu'on apportât au milieu de la cour une grande cuve, qu’elle fit remplir de vipères, de cra-

auds, de couleuvres et de serpents, pour y ire jeter la reine et ses enfants, le maitre d'hôtel, sa femme et sa servante : elle avait donné ordre de les amener les mains liées derrière le dos. Ils étaient là, et les bourreaux se préparaient à les jeter dans Ja cuve, lorsque le roi, qu’on n’attendait pas sitôt, entra dans la cour à cheval ; il était venuen poste, et demanda, tout étonné, ce que voulait dire cet horrible spectacle. Personne n'osait l'en instruire ; l'ogresse, enragée de voir ce qu’elle voyait, se jeta elle-même la tête la première dans la cuve, et fut dévorée en un instant par les vilaines bêtes qu’elle y avait fait mettre, Le roi ne laissa pas d’en être fâché : elle était sa mère, mais il s’en consola bientôt avec sa belle femme et ses enfants.

MORALITÉ

Attendre quelque temps pour avoir un époux Riche, bien fait, galant et doux, Le “ose est assez naturelle

Mais l'attendre cent ans, et toujours en dormant,

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On ne trouve plus de femelle

Qui dormitt si tranquillement.

La fable semble encore vouloir nous faire entendre Que souvent de l'hymen les agréables nœuis, Pour être différés, n’en sont pas moins heureux,

Et qu'ouù ne perd rien pour attendre ÿ

Mais le sexe avec tant d'ardeur

Aspire à la foi conjugale,

Que je n'ai pas la force ni le cœur De lui prêcher cette morale.

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Il était une fois un roi si grand, si aimé de ses peuples, si respecté de tous ses voisins ef de ses alliés, qu’on pouvait dire qu'il était le

lus heureux de tous les monarques. Son pes fu était encore contirmé par le choix qu’il avait fait d'une princesse aussi belle que verlueuse, et ces heureux époux vivaient dans une union parfaite. De leur chaste hymen était née une fille douée de tant de grâces et de charmes, qu'il ne regrettait point de n'avoir pas une plus ample lignée.

Le magnificence, le goût et l'abondance régnaient dans som palais; les ministres étaient sages et habiles ; les courtisans vertueux et attachés; les domestiques fidèles et laborieux : les éeuries vastes et remplies des plus beaux chevaux du monde, couverts de riches caparaçons. Mais ce qui étonnait les étrangers qui venaient admirer ces belles écuries, c’est .. lieu le plus apparent un maître âne étalait de longues et grandes oveilles.

Ce n’était pas par fantaisie, mais avec raion, que le roi lui avait donné une place par

CONTES DES PÉES.

ticulière et distinguée. Les vertus de ce rare animal méritaient cette distinction, puisque la nature l’avait formé si extraordinaire, que sa litière, au lieu d’être matpropre, était couverte tous les matins, avec profusion, de beaux écus au soleil et de louis d'or de toute espèce, qu’on allait recueillir à son réveil,

Or, comme les vicissitudes de la vie s'étendent aussi bien sur les rois que sur les sujets, et que toujours les biens sont mélés de quelques maux, le ciel permit que la reine fût tout à coup attaquée d’une âpre maladie, pour Lx A malgré la science et l’habileté des médecins, on ne put trouver aucun secours.

La désclalion fut générale. Le roi, sensible et amoureux, malgré le proverbe fameux qui dit que l’hymen est le tombeau de l'amour, s’afligeait sans modération, faisait des vœux ardents à tous les temples de son: royaume, offrait sa vie pour celle d'une épouse si chérie; mais les dieux et les fées étaient invoqués en vain.

La reine, sentant sa dernière heure approcher, dit à son époux qui fondait en larmes : Trouvez bon, avant que je meure, que j'exige une chose de vous; c’est que, s’il vous prenait envie de vous remarier.. À ces mots, le roi fit des cris pitoyables, prit les mains de sa femme, les baigna de pleurs, en l’ac-urant qu’il était superflu de lui parler d’un :: :ond hyménée. the

METEO

—Non, non, dit-il enfin, ma chère reine ; parlez-moi plutôt de vous suivre.

—L'Etat, reprit la reine avce une fermeté qui augmentait les regrets de ce prince, l'Ttat, qui doit exiger des successeurs, voyant que je ne vous ai donné qu'une fille, doit vous presser d’avoir des fils qui vous ressemblent: mais je vous demande instamment, par tout l’amour que vous avez eu pour moi, de ne céder à l'empressement de vos peuples que lors-

ue vous aurez trouvé une princesse plus

elle et mieux frite que moi ; j'en veux votre scrment, et alors je mourrai contente. On és que la reine, qui ne manquait pas

‘amour-propre, avait exigé ce serment, pensant bien, ne croyant pes qu'il fât au monde personne qui pôt l’égaler, que c'était s’assurer que le roi ne se eee) apres Fnfin elle mourut. Jamais mari ne fit tant de vacarme: pleurer, sangloter jour et nuit, menus droits de veuvage, furent .on unique occupation.

Les grandes douleurs ne durent pas. D'alleurs les grands de l'Etat s’assemblèrent, et vinrent en corps demander au roi de se rernarier. Cette proposition lui parut dure, et iui fit répandre de nouvelles larmes.

Il alléguait le serment qu'it avait fait à la reine, défiant tous ses conseillers de pouvoir trouver uue princesse plus belle et mieux faite

MENVINVSMS

CUNTES DES FÉES.

que feue sa femme, pensant que cela était impossible, Mais le conseil traita de babiole une telle promesse et dit qu'il importait peu de la beauté, pourvu qu'une reine fût vertueuse et point stérile, que l'Etat demandait des princes pour son repos et sa tranquillité ; qu'à la vérité l'infante avait toutes les qualités requises pour faire une grande reine, mais qu il fallait lui choisir un étranger pour époux, et qu’alors, ou cet étranger l’'emmènerait chez lui, ou que, s’il régnait avec elle, ses enfants ne seraient plus réputés du même sang, et que, n’y ayant point de prince de son nom, les peuples voisins pouvaient leur susciter des guerres qui entraîneraient la ruine du royaume. Le roi, frappé de ces considérations, promit qu'il songerait à les contenter.

Ellectivement, il chercha es les princesses à marier “ serait celle qui pourrait lui convenir. Chaque jour on lui apportait des portraits charmants, mais aucun n'avait les grâces’de la feue reine ; ainsi il ne se détermninait point. Malheureusement il devint tout à fait fou, quoiqu'il eût beaucoup d’esprit, et s’avisa de trouver que l’infante sa fille était, non-seulement belle et bien faite à ravir, mais qu'elle surpassait encore de beaucoup la reine sa mère en esprit et en agrément : sa jeunesse, l’agréable fraicheur de son beau teint, enflamma le roi d’un feu si violent,

qu'h ve put le cacher à l'infante, st lui dit qu'il avait résolu de l'é ouser, puisqu'elle seule pouvait le dégager de son serment.

La jeune princesse, remplie de vertu et de pudeur, pensa s'évanouir à cette horrible proposition. Elle se jeta aux pieds du roi son père, et le conjura avec toute la force qu’elle put trouver dans son esprit de ne la pas contraindre à commettre un tel crime.

Le roi, qui s'était mis en tête ce bizarre projet, avait consulté un vieux druide pour mettre la conscience de la princesse en repos, Ce druide, moins religieux qu'ambitieux, sacrifia à l'honneur d’être le confident d'un grand roi l'intérêt de l'innocence et de la vertu, et s’insinua avec tant d'adresse dans l'es rit du roi, lui adoucit tellement le crime qu’il allait commettre, qu'il lui persuada même que c'était une œuvre pie que d'épouser sa flle, Ce pris: flatté par le discours de ce scélérat, ’embrassa, et revint d'avec lui plus entêté que jamais de son projet : il fit done ordonner à l'infante de se préparer à lui obéir.

La jeune princesse, outrée d'une vive douleur, n’imagina rien autre chose que d'aller trouver la fée des Lilas, sa marraine. Pour cet effet, elle partit la même nuit dans un joli cabriolet attelé d’un gros mouton qui savait tous les vsemins. Elle varriva heureusement.

La fée, qui aimait l'infante, lui dit qu’elle sa

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