LA FILLE DU SARRASIN IOI
Il se remit en route, et quand la jeune fille sentit qu'il approchait, elle se transforma en rose et son compagnon en rosier. Le Sarrasin en passant par là dit : « Voilà un joli rosier et une rose qui sent bon. »
Le soir, il rentra à la maison, et dit à sa femme qu'il n'avait vu qu'un rosier et une belle rose.
— Vieil imbécile ! s'écria-t-elle, c'étaient eux. Vite, donne-moi le cheval ; je parie bien que je les trouverai !
Comme elle arrivait près d'eux, ils étaient sur le bord de la mer. La fille se changea en cane et le prince en canard. La sorcière de fée voulut les attraper ; mais elle se noya avec son cheval.
La cane et le canard continuèrent à nager sur la mer, et quand ils furent arrivés au pays du prince, ils reprirent leur forme naturelle.
Le jeune homme demanda alors à la fille du Sarrasin de le laisser aller voir ses parents ; elle y consentit^ mais elle lui dit que, s'il embrassait une femme, il perdrait le souvenir
de tout. Le prince lui promit de prendre garde, et il lui assura qu'il reviendrait bientôt l'épouser.
En attendant son retour, elle fit venir au bord de la mer un château aussi beau que celui du roi, et elle s'y installa ; les chasseurs et les pécheurs étaient émerveillés quand ils passaient devant le château, et ils admiraient encore plus la beauté de la jeune fille, et elle permettait aux voyageurs attardés de coucher dans le château.
Le prince en arrivant au palais n'embrassa personne ; mais, pendant qu'il dormait un jour, sa marraine l'embrassa, et il oublia aussitôt la fille qui l'avait délivré. Il retourna voir une dame à laquelle il avait fait autrefois la cour, et bientôt on ne parla dans tout le royaume que du prochain mariage du prince.
La veille des noces, la fille du Sarrasin envoya trois marionnettes, qui, pendant tout le jour et même pendant la nuit ne firent que danser autour du prince. Le lendemain, la mémoire lui revint, et il se souvint de la fille