‹ contes des landes et des grevesChapitre 11 sur 81 · LA FILLE DU SARRASIN (I · texte numérisé non relu

LA FILLE DU SARRASIN (I

Il y avait une fois un prince qui était à la chasse ; comme il tuait beaucoup de gibier, il se laissa entraîner hors du pays qu'il connaissait, et il s'égara. Il se mit à chercher s'il ne trouverait pas quelqu'un pour le remettre dans sa route, et il finit par arriver près de la demeure d'un Sarrasin, qui était marié à une vieille fée.

[i) En Haute-Bretagne Sarrasin est souvent synonyme 'd'ogre ou de sorcier puissant.

Celle-ci, qui se promenait près de sa mai- El

son, demanda au prince : avaï

— Tuez-vous beaucoup de gibier, beau elle chasseur ? con

— Oui, répondit-il. {

— Si vous voulez me suivre, je vais vous con- nei duire dans un endroit où il y a de belles perdrix. p a <

Le prince accepta, et suivit la vieille, qui t ll

paraissait avoir plus de mille ans, tant elle était ridée. 11 tua beaucoup de perdrix, et quand sa chasse fut finie, il alla chez la vieille fée et lui offrit une partie de son gibier. Elle accepta, mit les perdrix à cuire et ils | (

firent un bon repas.

Mais quand elle pensa que son mari allait revenir, elle dit au chasseur de se cacher dans un trou qui était creusé sous terre.

En entrant, le Sarrasin dit : « Je sens la chair fraîche » !

— Bah ! répondit la femme, ce sont nos cochons que tu sens.

— Non, dit-il, je sens la chair fraîche, et si tu ne me dis pas où elle est, je vais te tuer.

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Elle eut peur et finit par avouer qu'elle avait donné asile à un beau chasseur. Mais elle le supplia de ne pas le manger, et il consentit à le laisser vivre.

La vieille sorcière de fée était soupçonneuse ; elle voulut savoir si le prince n'avait pas quelque secret magique. Le lendemain, elle lui dit:

— J'ai obtenu votre grâce ; mais je veux que pour ma peine vous abattiez tous les arbres de la forêt avec cette hache.

La hache était en bois : le jeune homme la prit et se rendit dans la forêt; mais au premier coup elle se cassa, et il se mit à pleurer, ne sachant comment faire.

Le Sarrasin avait une fille qui trouvait que le jeune homme avait bonne mine ; elle vint à l'endroit où il était et lui dit : « Hé bien, fils de roi, comment vas-tu faire ? Si tu veux me promettre de m'aimer toujours et de ne m'abandonner jamais, je vais te sauver la vie ».

— Je le promets, répondit le prince.

#8 CONTKS DES LANDES ET DES GREVES

Alors elle prit la hache et, d'un seul coup, elle abattit tous les arbres, et s'en alla, après avoir fait promettre de nouveau au prince de l'épouser.

La vieille vint peu après, et fit compliment au jeune homme, mais elle pensa que sa fille l'avait aidé.

Le lendemain, elle lui donna un paquet de plumes et lui dit:

— Voici pour construire un pont.

Le prince se rendit au bord de la riyière, et il essaya de mettre les plumes bout à bout ; mais il ne put y réussir : elles tombaient à l'eau, et il ne lui en resta plus que quelquesunes.

La fille du Sarrasin dit à sa mère :

— Voici l'heure du déjeuner; il faut que j'aille porter a manger à ce jeune homme.

— Non, répondit-elle, je ne veux pas.

La fille envoya à sa place un petit oiseau qui vint trois fois voleter autour du prince, et lui dit :

— Jette le reste de tes plumes.

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Dès que le garçon eut jeté ce qui lui restait de plumes, le pont fut achevé.

La fée lui fit encore des compliments. Le soir, quand il rentra à la maison, la fille lui dit :

— Fils de roi, je t'ai déjà tiré deux fois d'embarras, mais prends garde, car ma mère a envie de te manger. Veux-tu me promettre de m'aimer toujours et de ne m'abandonner jamais, je vais te sauver la vie?

— Je te le promets, répondit le prince.

— Alors nous allons partir cette nuit même.

La jeune fille, avant de quitter son lit, y

laissa trois gouttes de sang qui devaient parler à sa place si sa mère l'appelait. Le matin, la fée croyant parler à sa fille, dit :

— Jeanne, lève-toi.

— Oui, répondit la première goutte de sang.

Un peu après la mère dit :

— Jeanne, lève-toi.

— Me voilà qui me lève, répondit la seconde goutte de sang.

Alors, tout en fuyant, la jeune fille dit au prince :

— Il ne reste plus qu'une goutte de sang ; mon père et ma mère vont bientôt se mettre à notre poursuite.

Un peu après la mère dit :

— Jeanne, est-ce que tu ne veux pas te lever?

— Je suis levée, répondit la troisième goutte de sang.

Mais la mère, ne voyant point sa fille, alla à son lit, et ne l'y trouvant pas, elle dit à son mari de se mettre à sa poursuite.

Il monta sur un bon cheval, et ne tarda pas à approcher du prince et de sa fille. Quand celle-ci vit son père, elle se changea en lavandière et transforma le prince en un homme qui portait un paquet de draps. Le Sarrasin téur demanda s'ils n'avaient pas vu un garçon et une fille qui se sauvaient.

— Non, répondirent-ils.

Le Sarrasin retourna à la maison, et dit qu'il n'avait vu qu'une lavandière et un homme qui lui apportait du linge.

— Gros sot ! lui cria-t-elle, c'étaient eux ; retourne bien vite.

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