‹ contes des landes et des grevesChapitre 21 sur 81 · LA COULEUVRE I 3 I · texte numérisé non relu

LA COULEUVRE I 3 I

qu'il mentait ; il fouilla son fils et trouva la coupe dans une de ses poches. Je ne sais s'il le gronda ; mais il plaça la coupe dans l'endroit où il l'avait trouvée la première fois ; ils se remirent à leur travail, et quand ils arrivèrent au bout du champ, elle avait disparu.

Le lendemain, la fée alla chez cet homme, et lui dit que s'il voulait aller où elle lui commanderait, elle le rendrait riche pour sa vie. L'homme accepta, sans savoir ce que la fée désirait, car il n'était guère à son aise.

La fée lui dit :

— Il faudra te rendre demain matin, au soleil levant, au pont des Planchettes (i) et il faudra porter avec toi une pèle (2). Quand tu seras arrivé, tu verras une couleuvre, tu la couvriras avec ta pèle et tu t'assiéras dessus. Tu resteras ainsi toute la journée, et au soleil couchant tu te lèveras et tu retireras ta pèle. Demain ce sera la foire de Collinée :

(1) Petit pont sous lequel passe l'Arguenon, alors simple ruisseau ; il est situé à 800 mètres environ du Gouray.

(2) Grand bassin de cuivre.

tout le monde passera par là et te demandera ce que tu fais, assis aussi tranquillement ; tu leur répondras que tu attends les chaudronniers pour raccommoder ta pèle.

L'homme promit de faire tout cela, et la fée disparut.

Le lendemain, il alla au pont des Planchettes et emporta sa pèle, qui justement était percée. En arrivant il trouva la petite couleuvre. Il posa immédiatement sa pèle dessus, puis il s'assit.

Les gens qui se rendaient à la foire, voyant le bonhomme assis au bord du chemin, lui demandèrent ce qu'il attendait là.

— J'attends, disait-il, les chaudronniers pour raccommoder ma pèle.

Ils se contentaient de cette réponse et passaient outre.

Le soir, quand les gens revenaient de la foire, ils l'y trouvèrent encore; mais cette fois ils crurent qu'il avait perdu la tète. Le bonhomme n'était pas en cela de leur avis, et il en riait au-dedans de lui.

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