‹ contes des landes et des grevesChapitre 38 sur 81 · LA PRINCESSE DÉLIVRÉE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DÉLIVRÉE

reine et lui demanda pourquoi elle avait la mine triste.

— Ah ! répondit-elle, j'en ai bien sujet ; je n'ai pas d'enfant et le roi veut me chasser pour prendre une autre femme.

— Je vais vous consoler, dit le monsieur :

tenez, voici une pomme ; vous la couperez en quatre ; vous en donnerez le quart à votre mari, et vous mangerez les autres morceaux, et avant un an vous aurez une petite fille.

La reine remercia le monsieur, qui disparut on ne sait comment, et elle alla raconter au roi la rencontre qu'elle avait faite : elle lui donna le quart de la pomme et mangea les autres morceaux. Avant l'année révolue, elle mit au monde une petite fille qui était laide comme les sept péchés capitaux, et noire comme le diable. La reine eut peur de cette vilaine petite créature, et au lieu de la faire élever sous ses yeux, elle lui donna une nourrice, qu'elle mit à demeurer dans un appartement éloigné, et jamais elle n'allait la voir.

Un jour, la petite fille, qui avait commencé

à parler dès l'âge de huit jours, dit à sa nourrice :

— Mon père et ma mère ne sont jamais venus me voir ; mais il faut qu'ils viennent aujourd'hui, car voici l'heure où je vais mourir.

La nourrice alla prévenir le roi et la reine, qui arrivèrent aussitôt, et ils eurent presque peur en voyant combien leur fille était laide, et en l'entendant parler comme une grande personne.

— Dans trois jours, dit-elle au roi, je serai morte : vous me ferez porter dans le cimetière. Mais je puis revenir à la vie, non plus laide et noire comme maintenant, mais aussi jolie que ma mère. Pour cela il faudra que vous veniez au cimetière trois nuits de suite, ou que vous y envoyiez quelqu'un qui ne connaisse pas la peur, car je serai effroyable quand je sortirai de la tombe, après qu'on aura frappé du pied dessus par trois fois.

S'il ne peut se sauver à temps, je le mangerai. Il faudra que la même personne vienne trois

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nuits de suite ; la troisième, s'il ne parle pas, je serai délivrée, quand un prêtre m'aura passé son étole au cou.

Lorsque la princesse fut morte, le roi promit de grandes richesses à celui qui pourrait la délivrer ; mais comme personne ne se présentait, il alla trouver un vieux père La Chique, noceur fini, qui disait que rien ne pourrait lui faire peur.

— Si tu veux délivrer ma fille, dit le roi au vieux soldat, je te donnerai une barrique d'argent.

— Ça me va, répondit le vieux noceur.

Que faut-il faire ?

— Ecoute : tu iras au cimetière un peu avant minuit, et tu frapperas trois coups de pied sur la tombe de la princesse ; alors elle sortira de sous terre ; mais il faudra te sauver au plus vite, car si elle t'attrapait, elle te mangerait. Il faudra y aller trois nuits de suite.

Le vieux noceur se rendit au cimetière, et frappa trois coups de pied sur la tombe de la

princesse ; aussitôt elle se leva, en jetant feu et flammes, et se mit à poursuivre le père La Chique ; mais avant qu'elle eût pu l'atteindre, minuit sonna, et elle rentra dans son tombeau.

Le lendemain, le roi fut bien content de voir que le vieux noceur était encore vivant ; mais quand il le pria de retourner la nuit d'après, il s'écria qu'il avait eu tellement peur que, pour tout l'or du monde, il ne recommencerait pas.

Alors le roi fit publier à son de caisse, dans tout son royaume, que celui qui délivrerait sa fille aurait trois barriques d'argent.

Un homme, qui n'avait encore jamais eu peur de rien, se présenta au palais, et dit qu'il était venu pour tenter l'aventure. Le roi lui enseigna comment faire, et pendant la journée, il le traita de son mieux. Un peu avant minuit, l'homme se rendit au cimetière et frappa trois fois du pied sur la tombe de la princesse. Au troisième coup, elle sortit de terre, en jetant feu et flammes, et en arra-

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