‹ contes des landes et des grevesChapitre 39 sur 81 · LA PRINCESSE DÉLIVRÉE I · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DÉLIVRÉE I

chant toutes les croix ; au moment où elle allait atteindre l'homme, minuit sonna : elle rentra dans sa tombe, et toutes les croix vinrent se replacer sur les fosses, comme si jamais elles n'avaient été déplantées.

Le lendemain l'homme était malade de peur, et il déclara au roi que, ni pour or ni pour argent, il ne recommencerait.

Le roi fit encore promettre de plus grandes récompenses à celui qui délivrerait la princesse ; elles étaient si belles que bien des gens auraient désiré les obtenir, mais ils craignaient tous d'être mangés.

Il n'y eut à se présenter au palais qu'un petit garçon qui de sa vie n'avait eu peur. Le roi lui dit comment faire, et un peu avant minuit, il se rendit au cimetière et frappa trois coups de pied sur la tombe de la princesse ; au troisième, il se sauva à toutes jambes et alla se cacher dans un coin. La princesse sortit encore de sa tombe, en jetant feu et flammes, et elle chercha partout le petit garçon, mais minuit sonna avant qu'elle eût

pu savoir où il était, et elle rentra dans sa tombe.

Le lendemain, le petit garçon se rendit au palais, et dit qu'il était prêt à retourner au cimetière. Le roi et la reine, en voyant qu'il n'avait pas eu peur, furent bien contents. Ils lui recommandèrent d'être aussi courageux que la nuit précédente, et surtout de se garder de souffler mot.

Un peu avant minuit, il retourna au cimetière, et après avoir frappé trois coups de pied sur la tombe, il se sauva à toutes jambes et alla se cacher. La princesse sortit de sa tombe en jetant feu et flammes, furetant partout et criant à faire trembler un rocher; mais minuit sonna, et elle rentra sous terre.

Le petit garçon retourna au palais ; le roi et la reine furent bien contents de le revoir, et ils lui dirent :

— Courage, mon garçon ! vous n'avez plus qu'une seule nuit à passer. Quand vous verrez la princesse sortir de sa tombe, vous vous sauverez ; alors, tout en courant, elle vous

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appellera par votre nom, et vous suppliera de l'écouter ; mais vous ne lui répondrez rien, et quand elle aura cessé de crier, vous irez avertir un prêtre, qui viendra lui passer une étole au cou : alors elle sera délivrée.

Le petit garçon promit de suivre ces conseils. Le soir venu, il se rendit au cimetière et frappa encore trois coups de pied sur la tombe, puis il se sauva et alla se réfugier dans l'église. La princesse sortit de terre, en lançant feu et flammes, et en brisant toutes les croix sur son passage. Elle fit tout le tour du cimetière, et, ne trouvant pas le petit garçon, elle se mit de sa voix la plus douce à l'appeler par son nom, en le suppliant de lui répondre, et lui disant que s'il lui parlait elle serait délivrée. Mais le petit garçon ne souffla mot.

Alors elle monta dans le clocher de l'église

et se mit à sonner les cloches à toute volée.

A ce bruit, les prêtres se réveillèrent et

accoururent, tout effarés, à l'église. Le petit

garçon leur dit de ne rien craindre, que c'était

la fille du roi qui, cette nuit, allait être déli-

vrée, et que la sonnerie allait cesser. Bientôt, en effet, on n'entendit plus les cloches. La princesse appela encore lé petit garçon par son nom d'une voix plus douce et plus suppliante ; il ne répondit rien, et quand elle se tut, il pria un des prêtres d'aller passer une étole au cou de la princesse.

Dès qu'elle l'eut autour du cou, elle fut délivrée, et au lieu d'une petite fille, noire comme le diable, et laide comme les sept péchés capitaux, on vit une grande jeune fille, belle comme le jour. Elle retourna avec le petit garçon au palais de son père. Le roi et la reine l'embrassèrent, et ils ne pouvaient se contenter de la regarder. Alors le roi dit au petit garçon :

— Vous avez tenu votre promesse ; c'est à nous de tenir la nôtre. Vous avez délivré la princesse, c'est vous qu'elle doit épouser.

La princesse fut bien contente de se marier avec son libérateur : ils firent des noces comme on n'en a jamais vu depuis : au coin de toutes les rues il y avait des tonneaux de

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