‹ contes des landes et des grevesChapitre 43 sur 81 · LES DEUX SOLDATS I · texte numérisé non relu

LES DEUX SOLDATS I

tout le monde est aveugle ; mais si on savait qu'il suffit, pour y voir, de se frotter les yeux avec les feuilles de l'arbre sous lequel nous sommes, tout le monde y verrait.

Le soldat se hâta de prendre des feuilles, et de s'en frotter les yeux; aussitôt la vue lui revint, et il continua à écouter.

— Et toi, compère le loup, qu'est-ce qu'il y a de nouveau dans ton pays ?

— Dans mon pays, il n'y a pas d'eau : c'est un gros arbre planté au milieu d'un champ qui la boit toute ; si on frappait dessus trois ou quatre coups de hache, il y aurait de l'eau en abondance.

— Et toi, compère l'ours, qu'est-ce qu'il y a de nouveau dans ton pays ?

— La fille du roi est malade : on est allé à tous les médecins, à tous les reboutous, à tous les rémégeux, et aucun ne sait quelle maladie elle a. Moi, je le sais. C'est un crapaud caché sous son oreiller qui la fait souffrir; il faudrait que quatre hommes forts viennent le prendre avec des pinces de forge

et le brûler. Aussitôt la princesse serait délivrée de son mal. Le roi a promis de la donner en mariage à celui qui pourrait la guérir.

Les trois animaux s'en allèrent, chacun de son côté, après s'être donné rendez-vous pour l'année suivante au pied du même arbre.

Le soldat, bien content, remplit son mouchoir de feuilles de l'arbre, et se mit en route pour aller dans les différents pays dont les sorciers avaient parlé. Il arriva dans celui où tant de gens ne voyaient pas ; il entra dans une maison et dit :

— On m'a assuré que dans ce pays-ci la plupart des hommes ne voyaient pas ; est-ce vrai?

— C'est bien vrai, mon jeune homme, lui répondit-on.

— Eh bien ! moi j'ai des feuilles qui font voir.

Dès qu'on sut que le soldat avait de ces feuilles, chacun les lui acheta bien cher, et dans ce pays tout le monde voyait.

Il se mit en route pour le pays où il n'y

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