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LES DEUX SOLDATS I

avait point d'eau. Quand il y fut arrivé, il entra dans une auberge, et demanda une chopine de cidre. Quand il l'eut bue, il vit l'aubergiste qui lavait avec du cidre l'écuelle dont il s'était servi.

— Pourquoi, demanda-t-il, ne la lavezvous pas avec de l'eau ?

— Ah! mon pauvre homme; c'est qu'ici l'eau est chère : elle vaut plus de trois cents francs la barrique.

— Que donneriez-vous à celui qui vous procurerait de l'eau en abondance ?

— Je pense, répondit l'aubergiste, qu'on lui donnerait au moins cent mille francs.

— Donnez-les moi, dit le soldat, et je me charge de vous faire avoir de l'eau.

Toute la ville se cotisa pour faire la somme ; alors le soldat demanda une hache, et arriva près de l'arbre qui buvait toute l'eau. Au premier coup qu'il frappa, il vint un peu d'eau, au second il vint un peu plus ; au troisième, elle se répandit partout sur la terre. Les gens se hâtèrent de remplir les tonneaux, les bar-

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riques, les cruches, Croyant que l'eau n'aurait pas toujours coulé. Mais depuis il y en eut toujours dans le pays, et les gens, bien contents, donnèrent cent mille francs au soldat. Il partit pour le pays où la fille du roi était malade. Il se fit conduire au palais, et dit au roi :

— Sire, j'ai entendu parler de votre fille, qui est malade depuis dix ans, et que personne ne peut soulager, et Ton m'a dit que vous la donneriez en mariage à celui qui la guérirait.

— C'est vrai, répondit le roi.

— Faites-moi venir les quatre hommes les plus forts de votre royaume, et que chacun d'eux ait une grosse pince de forge.

Quand ils furent venus, il leur commanda de soulever l'oreiller de la princesse, de prendre le crapaud avec leur pinces de forge, puis de le maintenir sur le feu jusqu'à ce qu'il fût brûlé. Ils s'en saisirent, et se hâtèrent de le mettre sur un grand feu ; mais le crapaud était si fort, qu'ils avaient peine à le tenir et

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