LE GÉANT QUI N AVAIT QU UN ŒIL I
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demanda si elle pouvait donner un gite pour la nuit à un garçon qui revenait de la Vendée. Elle lui dit que oui, et, quand il eut soupe, il monta dans le grenier où il y avait un lit. Au moment où il allait se coucher, il regarda par la gerbière, et vit arriver deux hommes, hauts comme des chênes, qui étaient accompagnés de deux grands chiens noirs. Ils frappèrent trois coups à la porte, et aussitôt la bonne femme vint leur ouvrir, et leur dit :
— Avez-vous fait bonne prise, mes garçons ?
— Non, répondirent-ils.
— Ne parlez pas si haut ; j'ai au grenier un jeune homme qui me semble avoir le gousset bien garni. Il doit dormir maintenant, et il sera facile de le tuer.
Le jeune homme, qui avait tout entendu, se laissa glisser par une petite fenêtre qui donnait sur le derrière de la maison; il toucha terre sans s'être fait aucun mal, et s'enfuit à toutes jambes. Mais les chiens l'avaient entendu et ils se mirent à aboyer. Les géants les détachèrent et les lancèrent à la poursuite
du jeune homme. Celui-ci avait bientôt fait une demi-lieue lorsqu'ils arrivèrent près de lui ; il se trouvait au bord d'une grande rivière, il s'y jeta à la nage, et les chiens aussi. Mais il nageait plus vite qu'eux, en suivant le courant, et il allait aborder, quand il vit les deux géants sur la rive. Il continua à nager en s'aidant du courant, et il prit terre un peu plus bas. Il se mit à courir ; mais les chiens n'avaient pas perdu sa trace, et ils allaient l'atteindre, lorsqu'il arriva au bord d'un grand étang. Il y sauta, et après avoir plongé, se cacha parmi les herbes. Les chiens perdirent sa trace, et leurs maîtres les rappelèrent.
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Quand il ne les entendit plus, il sortit de l'étang, et reprit sa course à travers la foret. Il n'en pouvait plus, quand il aperçut une autre cabane, et il alla frapper à la porte.