LE GÉANT QUI N'AVAIT QU'UN ŒIL I
— Attendez un moment, dit une voix rude; je vais vous ouvrir.
Il entendit un grand bruit, puis la porte s'ouvrit : il vit l'homme de la cabane, qui tenait à la main la barre de la porte, et elle était de la grosseur d'un homme. Il entra tout de même, en se disant qu'il était tombé de mal en pis.
En regardant autour de lui, il vit dans la cheminée des bras suspendus au milieu des andouilles, et, dans une marmite qui bouillait sur le feu, des pieds d'hommes et des morceaux de chair humaine ; il eut peur et se dirigea vers la porte en disant qu'il avait un pressant besoin. Mais il ne put soulever la barre et l'homme lui dit :
— Il n'est pas nécessaire de sortir ; allez là-bas parmi les moutons.
Dans le bas de la maison, il y avait un troupeau de huit moutons, grands comme des poulains. Le jeune homme vint auprès du foyer, et, pour ne pas avoir l'air d'avoir peur, jl se mit à fumer sa pipe. Alors le maître de
la maison s'approcha de lui ; il était grand comme un géant, paraissait fort comme un cheval, et il n'avait qu'un œil au milieu du front. Il demanda au jeune homme s'il voulait manger de la viande.
— Non, répondit-il, je n'ai pas faim.
— Tu en manderas tout de même, dit le géant, ou tu vas y passer.
Le jeune homme attira un pistolet qu'il avait dans sa poche, et visa si bien le géant qu'il lui creva son œil.
— Scélérat ! s'écria le géant : tu voulais me tuer; tu n'as pu que crever mon œil, mais tu ne mourras que de ma main, et je te mangerai !
Le garçon courut se réfugier au milieu des moutons. Le géant alla pour l'y chercher, mais il ne le trouvait point. Alors, il ouvrit la porte et fit sortir les moutons, les uns après les autres, en les appelant par leur nom, et à mesure qu'ils passaient près de lui, il les tàtait. Quand il n'y eut plus que trois ou quatre moutons, le jeune homme se mit sous