‹ contes des landes et des grevesChapitre 58 sur 81 · LA FÉE DE LA CORBIERE 2 I · texte numérisé non relu

LA FÉE DE LA CORBIERE 2 I

— Oui, répondit la femme ; il demeure dans mon village.

— Quand vous serez rendue, dites-lui, s'il vous plait, de venir me parler.

— Volontiers, dit la pêcheuse.

— Et que désirez-vous pour votre commission ? demanda la fée.

— Du pain pour toute ma vie, dit la femme.

— En voilà, dit la fée en lui donnant une gâche. Elle ne diminuera point et restera toujours fraîche ; de plus je vous donne une baguette que voici : tout ce que vous lui demanderez vous l'aurez ; mais il ne faudra dire à àme qui vive que vous êtes venue ici — à l'exception de Mignette — et de ne point parler des présents que je vous ai faits.

— Je vous le promets, dit la femme.'

Elle remercia la fée, puis elle sortit de la houle et retourna au village. Sitôt rendue, elle alla chez Mignette et lui fit la commission dont la fée Tavait chargée.

— Je vais tout de suite à la houle, répondit Mignette.

2l6 CONTES DES LANDES ET DES GREVES

Et aussitôt il partit. Quand il fut avec les fées, celle qui l'avait guéri lui demanda s'il voulait se marier avec elle.

— Volontiers, dit Mignette.

Mais comme Mignette était déjà vieux, et qu'il avait été baptisé, les fées chauffèrent leur four, et quand il fut bien chaud, elles y jetèrent le bonhomme. Lorsqu'il fut réduit en cendres, une des fées prit les cendres et les ayant pétries, fit un joli petit bonhomme qu'elle alla coucher dans un lit, et au bout d'une demi-heure Mignette, qui avait passé par le feu, ressuscita, et il était tout jeune et joli garçon.

Et comme il n'était plus baptisé, il se maria avec la fée et il vécut heureux avec sa femme et les autres bonnes dames.

La pêcheuse à qui la fée avait donné la baguette de vertu et le pain qui ne diminue point, se garda bien de bavarder. Aussi elle vécut heureuse jusqu'à la fin de ses jours.

(Conté en 1 8 Si, par Toussainte Quémat.

de Saint-Cast, âgée de 7 8 ans.)

Un fermier qui allait porter à son maître l'argent de ses fermages traversait a cheval une foret. Quand il fut arrivé vers le milieu, il entendit des cris d'hommes qui semblaient implorer son secours ; il se dirigea du côté d'où ils venaient, et il vit qu'ils partaient d'une fosse profonde. Il détacha la corde qui servait à lier un sac qu'il portait en croupe, mit un morceau de bois à chacun des bouts, et se tenant ferme à un arbre, il jeta la corde dans la fosse.

2l8 CONTES DES LANDES ET DES GREVES

Il sentit bientôt qu'elle se raidissait, et il vit sauter à ses pieds un singe, qui le remercia, et promit de lui rendre service si jamais il avait besoin de lui.

Le fermier lança une seconde fois la corde, et retira de. la fosse un loup qui lui dit, en se frottant contre lui en signe de joie :

— Tu m'as rendu aujourd'hui un service que je n'oublierai pas, et que je te paierai à la prochaine occasion ; mais il y a encore d'autres personnes à secourir.

Le paysan descendit sa corde pour la troisième fois, et il vit paraître un ours, qui lui dit de ne rien craindre, qu'il serait son zélé serviteur. « Jette encore ta corde », ajouta-t-il.

Cette fois le fermier retira un lion, et, comme il se reculait épouvanté, le lion lui dit, en adoucissant sa voix :

— N'aie pas peur de moi ; je ne te ferai aucun mal ; mais garde-toi de lancer encore une fois ta corde dans le précipice, car tu t'en repentirais, et c'est alors que tu aurais besoin de mon secours.

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En disant cela, il s'éloigna, et le fermier allait remonter à cheval et continuer sa route, quand il entendit une voix humaine qui l'implorait.

— Je ne peux pourtant laisser périr mon semblable, pensa-t-il, après avoir tiré d'affaires des bêtes non baptisées.

Il jeta encore une fois sa corde, et vit paraître un homme, qui, dès qu'il fut hors de la fosse, s'enfuit sans lui adresser un seul mot de remerciement.

— C'est singulier, dit le fermier, en rattachant son sac : ces animaux m'ont tous parlé de leur reconnaissance, et seul l'homme que j'ai sauvé ne m'a pas même dit merci. Enfin, je ne regrette pas tout de même de lui avoir fait du bien.

En continuant sa route, le fermier vit paraître l'homme qui lui demanda à marcher près de lui,

— Volontiers, répondit-il.

Mais au bout de peu de temps, cet homme renversa de cheval son bienfaiteur, qui était

sans défiance, et le frappant, il lui demanda son argent et ses habits.

— Au secours ! au secours ! cria le fermier.

— Tu peux t'égosiller à ton aise ! dit le voleur ; il n'y a àme qui vive à plus de deux lieues à la ronde.

Mais à ses cris, le lion accourut, ainsi que les autres animaux et, le voyant à terre dépouillé et maltraité, il lui dit :

— Est-ce vous, qui m'avez sauvé de la fosse ?

— Oui, répondit le fermier d'une voix faible.

— Je vous avais conseillé de ne pas jeter une corde au voleur qui était dans la fosse, et vous n'avez pas voulu m'écouter. Mais je vais tacher de reconnaître le service que vous m'avez rendu.

Il courut après le voleur, et lui cria d'une voix terrible :

— C'est toi qui as volé ton sauveur : rendslui son argent et ses habits, ou je te tue !

Le voleur épouvanté tomba par terre : le

lion le dévora, et le fermier put reprendre ses habits et son argent.

Et pour le protéger contre de nouvelles aventures, le lion l'accompagna jusqu'en vue de la maison de son maître.

(Conté en i SjX, par Jean Bouchery, de Dourdain.j

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