‹ contes des landes et des grevesChapitre 64 sur 81 · V-H^îr^r · texte numérisé non relu

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Il y avait une fois un homme pauvre, qui ne pouvait trouver personne pour nommer son enfant nouveau-né. Il se mit en route pour chercher un parrain et une marraine, et, après avoir marché quelque temps, il rencontra sur le grand chemin le bon Dieu, qui lui dit:

— Où allez-vous, mon ami ? Vous avez la mine triste.

— Ah ! répondit l'homme ; il vient de me naître un petit garçon, et nous sommes si

pauvres que personne dans le pays n'a consenti à le nommer; c'est pourquoi je cherche des âmes charitables pour l'assister à son baptême.

— Voulez-vous, demanda le bon Dieu, que je sois le parrain de votre enfant?

— Oui, répondit l'homme ; mais auparavant je voudrais savoir comment vous vous appelez, car je veux pour mon petit gars. un parrain juste.

— Je me nomme le Bon Dieu.

— Oh ! puisque c'est vous qu'on appelle le Bon Dieu, vous ne serez pas le parrain de mon enfant ; car vous n'êtes pas juste : vous faites mourir de bons travailleurs qui gagnent du pain à leur famille, vous faites mourir des mères dont les enfants marchent à peine tout seuls, et vous laissez vivre des gens qui n'ont jamais fait que de la honte et du chagrin à leurs parents. Vous tuez des jeunes hommes dans la force de l'âge, et vous oubliez des vieux qui ne sont plus bons à rien. Vous n'êtes pas juste.

L'homme laissa le bon Dieu continuer sa promenade, et il se remit en route : un peu plus loin il rencontra saint Jean qui voyageait aussi sur terre. Le Saint lui demanda où il allait.

— Je cherche, répondit-il, des âmes charitables pour nommer mon petit garçon.

— Voulez-vous que je sois son parrain ?

— Oui, répondit l'homme; mais auparavant dites-moi qui vous êtes, car je veux pour mon petit gars un parrain juste.

— Je me nomme saint Jean

— Oh ! puisque c'est vous qu'on appelle saint Jean, vous ne serez pas le parrain de mon enfant ; car vous êtes le complice du bon Dieu, et le bon Dieu n'est pas juste.

L'homme continua sa route, et un plus loin il rencontra saint Pierre, qui lui demanda où il allait.

— Je cherche, répondit-il, des âmes charitables pour nommer mon petit garçon.

— Voulez-vous que je sois son parrain?

— Oui, mais auparavant dites-moi qui

vous êtes, qir je veux pour mon petit gars un parrain juste.

— Je me nomme saint Pierre.

— Ah ! puisque c'est vous qu'on appelle saint Pierre, vous ne nommerez pas mon enfant, car vous n'êtes pas juste : vous avez renié votre maître trois fois, et depuis que vous êtes portier du Paradis, vous ouvrez plus volontiers votre porte aux riches qui ont de l'argent pour se faire dire des messes qu'aux pauvres qui n'ont pas avec quoi payer des prières. Vous n'êtes pas juste.

L'homme se remit en route, et après avoir encore cheminé quelque temps, il rencontra la Mort qui lui demanda où il allait.

— Je cherche, répondit-il, un parrain et une marraine pour nommer mon petit garçon.

— Voulez-vous que je sois sa marraine ?

— Oui ; mais auparavant dites-moi qui vous êtes, car je veux pour mon petit gars une marraine juste.

— Je me nomme la Mort.

— En ce cas, je veux bien que vous soyez

la marraine de mon enfant ; car vous au moins, vous êtes juste : vous prenez les riches aussi bien que les pauvres, les jeunes aussi bien que les vieux. Vous êtes juste.

Et la Mort fut la marraine de l'enfant du bonhomme.

Conté en iSSJt, par J. M. Comault, du Gourav.)

LE COMPERE DE LA MORT(i)

Il y avait une fois un homme qui n'était pas riche, et il ne pouvait trouver de parrain pour un fils qui venait de lui naître. Comme il s'en allait par les chemins pour en chercher un, il rencontra la Mort qui lui dit :

— Tu as la mine chagrin, bonhomme : que cherches-tu ?

— Un parrain pour mon enfant qui vient de naître ; mais je n'en trouve point.

— Si tu veux, je nommerai ton fils : je suis le Compère la Mort. Mon nom n'est pas joli;

(i) Dans ce conte la Mort personnifiée est, comme l'Ankou bas-breton, un homme, et non une femme.

2 5o CONTES DES LANDES ET DES GREVES

mais je puis faire du bien à ta famille et enrichir mon filleul.

Le bonhomme accepta, et Compère la Mort devint parrain de son fils ; après le baptême, il dit au père :

— Voici comment tu pourras t'enrichir. Il faut te faire médecin. Il te sera facile, quand tu iras en visite, de savoir si le malade doit guérir ou succomber. S'il est pour mourir, tu me verras au chevet du lit; si au contraire, son heure n'est pas encore venue, je me tiendrai au pied. Aussi tu ne te tromperas jamais, et comme tu auras bien vite la réputation d'un habile homme, tu gagneras de l'argent autant que tu en voudras.

Le Compère de la Mort se fit médecin, et, comme il disait toujours sans se tromper si le malade devait guérir, il ne tarda pas à être connu. On venait de tous côtés le chercher, et il emportait chaque fois de bonnes pièces d'argent.

Cependant le roi tomba malade, et comme il avait entendu parler du médecin qui ne se

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