LE COMPÈRE DE LA MORT
trompait jamais, il l'envoya chercher, lui promettant une riche récompense s'il guérissait. Le bonhomme vint au palais, et, en entrant dans la chambre où gisait le roi, il vit Compère la Mort qui se tenait au chevet de son lit. Il en était bien marri, car il aurait bien voulu guérir le roi, et toucher la grosse somme qui lui avait été promise. Il se gratta l'oreille, puis, après un moment de réflexion, il ordonna de prendre le Roi, et de lui placer la tète où il avait auparavant les pieds. De cette façon, compère la Mort se trouva au bas du lit au lieu d'être au chevet et le roi fut guéri. En sortant du palais, les poches remplies d'or, le bonhomme rencontra son compère qui lui dit :
— Tu m'as trahi, et tu m'as fait tort, compère ; aussi tu vas mourir.
— Non, répondit le bonhomme ; je me cacherai si bien que tu ne pourras me trouver.
— Je t'atteindrai partout où tu seras ; il n'y 3 nijl endroit où je ne puisse pénétrer.
— Bah ! dit le bonhomme en tirant de sa poche une petite bouteille ; si j'étais caché là-dedans, est-ce que vous iriez m'y chercher?
— Oui, certes, répondit la Mort.
— Non, compère, cela, je ne le croirai jamais.
— Hé bien, tu vas voir.
Compère la Mort se fit tout petit et entra dans la bouteille; mais aussitôt le bonhomme, qui tenait un bouchon tout prêt, boucha la bouteille et la mit dans sa poche. Il rentra ensuite chez lui, et la ramassa dans son armoire ; mais il réfléchit et pensa que quelqu'un pourrait la déboucher ou la casser par mégarde. Il alla creuser dans son jardin un trou, y mit la bouteille et la recouvrit de terre.
Pendant que Compère la Mort était emprisonné, personne ne mourait; le roi se portait comme un charme, et le bonhomme aussi. Cela dura quelque temps ; mais un jour les cochons entrèrent dans le jardin, et s'étant mis à gratter la terre avec leur groin,