LE PRESSOIR ET LA BETE
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dans la grange, après lui avoir laissé plusieurs chandelles de résine, afin qu'il put voir ce qui se passerait.
A minuit, une bète d'une grandeur épouvantable et horrible à regarder, sortit de dessous le pressoir et s'avança vers lui : comme il était courageux, il ne recula pas.
— Tu es brave, dit la bète : veux-tu jouer avec moi à percoirine perçoirelte?
— Quel jeu est-ce ?
— Il faut se coucher sur le pressoir, et se laisser serrer par les vis qui servent à presser les mottes de cidre. Quand tu auras subi cette épreuve, je m'y soumettrai à mon tour.
— Bien, dit le garçon, mais tu cesseras de serrer quand je crierai : assez !
Il se coucha sur le tablier, et la bète se mit à faire tourner les vis : dès que le garçon sentit qu'elles le touchaient, il cria d'arrêter, et la bète desserra aussitôt.
— A ton tour maintenant, lui dit-il.
La bète se coucha, et le garçon se mit à manoeuvrer les vis ; mais la bète eut beau
2j8 CONTES DES LANDES ET DES GREVES
crier, il ne cessa de la serrer que quand elle fut écrasée.
Quand la bonne femme vint à la grange le lendemain, elle fut bien surprise de la grosseur de la bête qui, bien que morte, faisait encore peur. Le garçon épousa la fille ; il y eut de belles noces, et moi qui y étais, on me mit à m'en aller le soir, et c'est tout ce que j'en eus.
I Conté par Aimé Pierre, de Liffré, en 1876.)
xxxvr
LE HAUSSEUR
Il y avait une fois un homme qui ne savait comment gagner sa vie. Comme il était bon farceur, et qu'il avait la langue bien pendue, il résolut de parcourir les campagnes et de tromper les diots (sots).
Un jour il passa sous les fenêtres d'un château en criant :
— C'est moi qui les hausse, qui les baisse, qui les laisse de même !
La dame du château dit à sa servante :
— J'aurais bien besoin d'être haussée, moi qui suis si petite.
— Et moi aussi, dit la servante. Faut-il l'appeler ?
— Oui.
L'homme fut introduit dans la chambre de la dame, qui lui dit :
— Est-ce que vous haussez les gens ?
. — Oui, je les hausse, suivant la somme qu'ils me donnent.
— Combien me prendriez-vous pour me grandir de ceci? demanda-t-elle."
— Deux mille francs.
— Je ne vous donnerai pas tant, moi, dit la servante; je n'ai que cent écus.
— Ah ! répondit-il, je vous hausserai tout de même, mais pas tant que votre maîtresse.
Avez-vous un yeau né de ce matin ?
— Oui-
— Allez lui couper la queue et apportez-la
La servante apporta la queue au hausseur, qui fit asseoir la dame sur une chaise, et lui
LE HAUSSEUR 28 I
plaça la queue sur la tète, en lui recommandant de rester vingt-quatre heures sans bouger.
Il mit un œuf pondu le matin sur la tète de la servante, en aplatissant un peu le bout, et lui ordonna de rester aussi sur sa chaise vingtquatre heures sans remuer. Il leur dit alors qu'il allait au jardin chercher les plantes nécessaires pour achever l'opération ; mais il se hâta de détaler.
Quand le maître du château rentra et qu'il vit sa femme et sa servante dans une si drôle de posture, il se fit tout raconter, et il les traita de sottes. Il ordonna de préparer bien vite un cheval et une voiture pour poursuivre le voleur.
Il l'aperçut de loin, qui marchait bon pas, mais le voleur qui l'avait aussi vu, monta sur la couverture d'un moulin dont le meunier était absent, et se mit à en arracher les ardoises. Le monsieur lui demanda s'il n'avait pas vu passer un homme par là.
— Oui, répondit-il, il ne doit pas être bien
loin. Je suis à ma journée à arracher des ardoises; si vous voulez faire ma besogne pendant quelque temps, je vous le ramènerai.
• Le monsieur y consentit ; le hausseur monta dans la voiture, et partit au triple galop. Bientôt le meunier arriva.
— Que faites-vous là î demanda-t-il au monsieur ; qui vous a permis de découvrir mon moulin ?
— Je remplace un ouvrier qui vient de partir.
— Je n'ai dit à personne d'enlever mes ardoises ; aussi vous me paierez la réparation.
Le monsieur vit bien que c'était le hausseur qui lui avait joué ce tour, et il s'en revint tout penaud à la maison.
(Conté en 1 883 par Alexis Leparc, du Gouray, âgé de 77 ans.)