‹ contes des landes et des grevesChapitre 74 sur 81 · LES DOUZE NORMANDS · texte numérisé non relu

LES DOUZE NORMANDS

Il y avait une fois douze Normands qui voyageaient ensemble, et ils n'avaient jamais vu la mer. Un jour ils arrivèrent devant un grand champ de lin que le vent faisait onduler, et ils crurent que c'était l'eau bleue de la mer qui leur barrait le passage :

— Frères, dirent-ils, il faut se mettre à la nage.

Ils firent un paquet de leurs habits, et l'ayant mis sur leurs tètes, ils se prirent par la main, et se comptèrent avant de traverser :

— Té et mé (toi et moi) ne font qu'un, disaient-ils, li et l'aôt'e (lui et l'autre), ça fait deux; et ainsi de suite, si bien qu'après s'être comptés de la sorte, il ne se trouvèrent que onze. Ils pensèrent toutefois que l'un d'eux s'était peut-être arrêté, et qu'il les rejoindrait de l'autre côté de l'eau. Ils traversèrent donc le champ de lin, et arrivés de l'autre côté, ils se comptèrent de nouveau :

— Té et mé ne font qu'un ; li et l'aôt'e, ça fait deux. Mais ils se retrouvaient toujours onze. A la fin l'un des Normands dit :

— Frères, il me vient une idée : nous allons prendre douze mottes de terre, et chacun fourrera son nez sur la sienne ; s'il y a un nez sur chacune d'elles, c'est que nous serons tous au complet.

Ce qui fut dit fut fait, et quand ils se furent alignés chacun à côté de sa motte, ils se retrouvèrent douze.

(Conté en i8yg y par Pierre Huchet, d'Ercé-près-Liffré .)

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