‹ contes des landes et des grevesChapitre 78 sur 81 · LE MINARD DU JAGUEN · texte numérisé non relu

LE MINARD DU JAGUEN

leur dit en leur donnant à chacun une pièce de deux sous :

— Tenez, voilà pour vous remercier de ce que vous m'avez apporté, et puisque vous êtes si polis pour la Majesté royale, prenez la porte et ne rentrez jamais dans mon palais.

Les deux Jaguens sortirent du Louvre et s'en revinrent, très penauds, avec chacun la pièce de deux sous que le roi leur avait donnée. Trois semaines après, Désiré fut de retour à Saint-Jacut, si bien guéri qu'on ne savait pas quelle joue le minard lui avait décollée, et il demanda à ses compagnons si le roi les avait bien payés.

— Mon p'tit fù, dit André, ï nou' a donné chaque not' pièce de deux sous, à Jtfcques et à ma ; 'là y est'i payé, cela ! Regarde tout comme i faut qui sège quénaille (qu'il soit canaille), nous qui li avions apporté un si biau païsson ! et cor i' nou' a fait tant de honte, qu'i' nous chéyait d'ia sieur gros comme nos das ; jamais, non jamais, je n'y retournerons, mon p'tit fù.

— Ni ma aussi, fa d'conscience, dit Désiré, j'aimeras mieux que l'vieux pouër kerverait tout de sieute.

Trois mois après le vieux roi mourut, et les Jaguens en furent si joyeux qu'ils firent à Saint-Jacut une fête comme jamais on n'en a vu de pareille. Il y eut une danse au village de l'Isle, qui dura huit jours et huit nuits, sans cesser une minute. Et j'étais si lassée d'avoir tant dansé que je fus trois mois sans pouvoir marcher.

(Conté en 1 882, par Françoise Guinel, de Saint-Cast.)

Page 1