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LE BERGER QUI OBTINT LA FILLE DU ROI

de récurie, les branches continuèrent de pousser, et montèrent si haut, si liaut, qu'elles atteignaient jusqu'au ciel.

— Ceci est bien fort I dit le roi, mais après ?

— Voyant cela, je me mis à grimper de branche en branche sur le coudrier, tant et si bien, que j'arrivai enfin dans la lune.

— C'est bien fort, bien fort ! mais après ?

— Là, je Yis des vieilles femmes qui vannaient de l'avoine dépouillée de son écorce, et je m'arrêtai à les regarder. Mais je me lassai bientôt à regarder ces vieilles femmes, et je voulus redescendre sur la terre. Mais mon âne était parti, et je ne retrouvai plus le coudrier par lequel j'étais monté. Comment faire? Je me mis alors à nouer des écorces d'avoine bout à bout, afin de faire une corde pour descendre.

— C'est bien fort cela ! dit le roi ; et après ?

— Malheureusement, ma corde n'était pas assez longue ; il s'en fallait de trente ou de quarante pieds, si bien que je tombai sur un rocher, la tête la première, et si rudement que ma tête s'enfonça dans la pierre jusqu'aux épaules.

— C'est bien fort, bien fort ! et après ?

— Je me démenai tant et si bien que mon corps se détacha de ma tête, laquelle resta enfoncée dans le rocher. Je courus aussitôt au moulin, chercher un levier de fer, pour retirer ma tête de la pierre.

— De plus fort en plus fort ! dit le roi ; mais après '!

— Quand je revins, un énorme loup voulait aussi extraire ma tête du rocher , pour la dévorer ! Je lui appliquai un coup de mon levier de fer sur le dos, mais si fort, si fort, . . . qu'une lettre jaillit de son derrière !

— Oh ! c'est on ne peut plus fort cela ! s'écria le roi ; mais qu'y avait -il donc marqué sur cette lettre ?

— Sur cette lettre, mon roi, il était marqua, saut votre respect, que votre père avait été jadis garçon de moulin chez mon grand-père.

— Tu en as menti, jeune drôle ! . . . s'écria aussitôt le roi, en se levant, furieux.

— Holà ! sire, j'ai gagné ! dit tranquillement le berger.

— Comment cela ? qu'as-tu gagné ?

— N'aviez-vous pas dit, mon roi, que vous donneriez volontiers la main de la princesse votre fille au premier qui vous ferait dire : « Tu en as menti, » ou : « Tu es un menteur ? »

— C'est vrai, répondit le roi, en se calmant ; je l'ai dit. Un roi ne doit avoir qu'une parole : aussi, tes fiançailles avec ma fille unique seront-elles célébrées dès demain, et les noces dans la huitaine !

Et c'est ainsi que le berger eut la fille du roi pour une seule parole.

F. M. LuzEL, Archives des Missions scicntifiqties.

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