LA FOIRE DE MOOS
(légende alsacienne.
Le bon Dieu et saint Pierre suivaient un jour le chemin de Moos. Quand ils arrivèrent à la potence, saint Pierre dit au bon Dieu :
— Tiens! qu'entends-je?
— Bah ! bah! Qu'est-ce que cela te fait? Je n'entends rien ! je n'entends rien! Viens, allons-nous en !
— Non! Écoute! Je veux pourtant aller-voir.
— Eh bien ! Si tu veux aller, vas-y ! Mais ne reste pas longtemps. Je t'attendrai à Niederlarg.
Et le bon Dieu, suivait le sentier, vers Niederlarg. Saint Pierre à travers champs alla à Moos. Mais le bon Dieu eut beau attendre à Niederlarg, saint Pierre n'arrivait pas.
Enfin il revint, et le bon Dieu lui demanda pourquoi il était resté si longtemps.
— Si seulement tu étais venu aussi, on s'amusait tant là-bas! Ils avaient foire^ ils chantaient et dansaient, et tout allait grand train.
— N'ont-ils pas parlé de moi?
— Non! Personne n'a pensé à toi.
L'annëe d'après, ils repassèrent par le même chemin et quand ils arrivèrent à la potence, le bon Dieu dit :
— Tiens, écoute, Pierre ! n'entends-tu pas?
— Non!
— Écoute bien ! n'entends-tu rien ?
— Non !
Mais, cette fois-ci, le bon Dieu voulut que saint Pierre allât encore à Moos, et lui-même alla à Xiederlarg.
Mais quand il y arrive, qui est déjà là? C'est mon saint Pierre.
Le bon Dieu lui dit :
— Te voilà déjà? Et l'année dernière tu es resté si longtemps.
— Eli! ce n'était pas comme l'année dernière. Il n'y avait que lamentations et plaintes. Et « 0 bon Dieu du ciel! » Et « 0 bon Dieu, secourez-nous ! ».
— N'est-ce pas, saint Pierre, maintenant qu'ils sont grêlés, les voici qui pensent à moi, mais l'an dernier, quand ils étaient heureux, ils ne s'occupaient pas de moi.
Traduit de Christophorus, Alsatia.
MM. A. Barth et H. Gaidoz ont bien voulu m'aider pour la traduction de cette légende et des autres contes alsaciens de ce recueil.