LA VACHE DE LA VIEILLE FEMME
(légende de la BASSE-BRETAGNE.
Du temps que Notre-Seigneur Jésus-Clirist faisait son tour du monde accompagné de saint Pierre et de saint Jean, ils finirent par arriver aussi en Basse-Bretagne. Ils allaient partout, chez le pauvre comme chez le riche, en faisant le bien sur leur passage. Tous les Jours, ils prêchaient dans les églises, dans les chapelles, et souvent sur les places publiques, devant le peuple assemblé, et ils donnaient maint bon conseil et recommandaient par dessus tout la charité et la tolérance.
Un jour, au fort de Tété, ils montaient une côte roide et longue. Le soleil était chaud ; ils avaient soif, et ils ne trouvaient pas d'eau. Arrivés au haut de la c;3te, ils aperçurent au bord de la route une petite maison couverte de chaume.
— Entrons dans cette chaumière pour demander de l'eau, dit saint Pierre.
Et ils entrèrent. Quand ils furent dans la maison, ils. virent une petite vieille femme assise sur la pierre du. foyer ; et sur le banc à dossier, près du lit, un petit enfant tétait une clièvre.
CONTES. /j ^
— Un peu d'eau, s'il vous plaît, grand'mère? demanda saint Pierre.
— Oui, sûrement, mes braves gens; j'ai de l'eau, de bonne eau ; mais je n'ai guère autre chose aussi.
Elle prit une écuelle de bois, alla à son pichet, et présenta do l'eau fraîche et claire aux trois voyageurs. Ceux-ci, après voir bu, s'approchèrent pour regarder le petit enfant qui tétait la chèvre sur le banc.
— Cet enfant n'est pas à vous, grand'mère ? demanda notre Sauveur.
— Non, sûrement, mes braves gens; et pourtant, c'est tout comme s'il était à moi. Le cher petit ange est à ma fille; mais, hélas ! sa pauvre mère est morte en le mettant au monde, et il m'est resté sur les bras.
— Et son père? demanda saint Pierre.
— Son père vit, et tous les jours, de bon matin, il part pour aller travailler à la journée, dans un manoir riche du voisinage. Il gagne huit sous par jour et sa nourriture, et c'est tout ce que nous avons pour vivre tous les trois.
— Et si vous aviez une vache? dit notre Sauveur.
— Oh ! si nous avions une vache, alors, nous serions heureux. J'irais la fa^re paître par les chemins, et nous aurions du lait et du beurre à vendre, au marché. Mais je n'aurai jamais une vache.
— Peut-être bien, grand'mère si Dieu le veut. Donnez-moi un peu votre bâton.
Notre Sauveur prit le bâton de la vieille et en frappa un coup sur la pierre du foyer en prononçant je ne sais quels mots latins ; et aussit(3t il en sortit une vache mouchetée, fort belle, et dont les mamelles étaient toutes gonflées de lait.
— Jésus Maria! s'écria la vieille en la voyant; comment cette vache est-elle venue ici?