LK GROS POISSON
mes bons, vé, si je ne l'avais vu, l'ase me quille, si je l'aurais cru.
Et tout d'un temps, comme si le trompetteur avait passé parla ville, tous, femmes et hommes, enfants et vieillards, viennent autour de lui et le conteur entame le plan qu'il avait tiré :
— « Vous saurez, dit-il, Martegaux, que ce matin est arrivé en rade de Marseille, un poisson, mais un poisson si gros, si gaillard et si long, que sa tête est amarrée dans le port et que la queue va toucher le château d'If. Oh ! croyez-le ou ne le croyez pas, ce poisson prodigieux s'est embarrassé la tête entre le fort Saint-Jean et le fort Saint-Nicolas et tout Marseille est monté en haut de Notre-Dame-de-la-Garde pour voir comment les pêcheurs feront pour le retirer de là.
Les Martegaux, pécaire ! avalèrent ça comme miel et, ni que vaut ni que coûte ^ : « Allons ! zou ! partons! » Et sans songer qu'il allait être nuit, femme, homme, fille, vieux, enfant, tout part pour Marseille comme s'ils allaient à la noce.
Genèsi, lui, le fin tireur de bourdes, était sur une hauteur pour les voir passer, et se crevait de rire... Pas moins, en voyant que tout le monde partait (sauf les malades) :
— Oh ! tron de nom d'un laire ! se dit-il, tout ébaubi, voilà tous les Martegaux qui filent ; faut que ce soit vrai.
Là dessus, il noue les cordons de ses souliers et se met à courir de toutes ses forces pour rattraper les autres, et marche avec eux pour Marseille.
Traduit de Lou Cascarelet (Mistral).
Armana prouvençau, an 4836.
* Sans se demander ce que vaut le récit.