ET LES ŒUVRES DE BOUFPLERS
Bonfflm, c-at Voiienoo le Gnmd.
SjnHT-LmiiiT.
poriraire un icrhain
. et mettre en relief ses
qualités^ son talent,
ses faiblesses ou ses
vices, qu'en reprodai-
L sant fidèlement les
^ Jugements sincères de
ses contemporains. Dans ce but, il faut opposer la
critique à l'éloge ^ mettre en contraste deux opinions.
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II Notice sur la Vie
et par la comparaùùn affaiblir ce que l'une a é' excessif tn miiigeani ce que l'autre pourrait avoir de trop acerbe. Le verdict de la PostiriU n'en le plus souvent rendu qu'après l'audition des documents contraires relatifs à un même personnage ; on doit f)ùre ombre au tableau, et nous placerons en présence, dis le début de cette Notice, deux portraits du Chevalier de Boujffers, qui sont recommandables à tous égards par leur impartialité notoire et leur bonne origine.
Le Prince de Ligne, cet homme d'aeiion et tfépée^ cet observateur gui voit si Juste avec son adtmrable vivacité d'esprit et sa causticité bienveillante ; le Prince de Ligne, qui aimait Bouffers et qui visait avec une certaine prétention à égaler ses manières '; ce même Prince de Ligne qui écrivait: • J'aime mieux une chanson d'Anaeréon que llliade et le Chevalier J* Boufjiers que le Dictionnaire encyclopédique^ > nous a laissé le joli portrait qui suit, relevé p»r la coquetterie du style,
i. Madame da Def^t, dans une lettre à Horac« Walpole (j aoAt 1767) parle ainsi du Pnnc* de Ligne, comme venant de faire sa connaissance : u II est dom, dit-elle, poli, bon enfant, un peu fou ; il voudroii, je crois, ressembler au Chevalier de Boufflers, mais il n'a pas, Â beaucoup prés, autant d'espriti il est son Gille. »
et les (Xuvres de Boufflers. m
et qui n'est cents pas le imâiis délicat dans celle galerie de délicieux pastels et de fidiles peintures îuae société qui allait disparaître ' .■
€ M. de BouMers a été successivement abbé, mUitairej écrinaia, administrateur, député, philosophe, et, de tous ces étals, il ne /est trouvé déplacé que dans le premier, M. de Bouliers a beaucoup pensé, mais, par malheur, c'était toujours en courant; son numvement est ce qui aous a le plus volé de son esprit. On voudrait pouvoir ramasser toutes les idées qi^il a perdues sur les grands chemins avec son argent. Peut-être avait-il trop d'esprit pour qu'il fût en son pouvoir de le fixer, quand le feu de là jeunesse lia donnait tout son essor. Il fallait que cet esprit fît tout de lui-mime et maîtrisât son maître; aussi a-l-il brillé tPabord avec tout le caprice d'an feu follet, et l'âge seul pouvait lui donner la sagesse d'un fanal. Une sagacité sans bornes, une profonde finesse, une légèreté qui nesl
I. Cuvres du Prince de ligne. Bmieilet et Faris, tUo, in-ii, tomej, page ]oo. Bonflers fut tr«*-lié avec cet écriruD A'xm eiprit françab de pure race. On trouve du» k* poésies trois etances : Au Prince de Ligne, dont Toid U première :
Uon P[la« m t U bii Turenne « Tiaua,
FiTori it Polii et d= li Rnomniti,
lUtogi la ul»u: ]t crmi qu'il mtairiEi
tJn irdupetu At mûdlou «uil bi«D qu'une «naée.
IV Notice sur la Vie
jamais friviAe, le talent d'aiguiser des idées par le contraste des mois^ voilà les qualité distinetives de son esprit, à qui rien n'est étranger. Heureusement^ il ne sait pas tout, mais il a pris lafieur des averses corutaissaitces et surpendra, par sa profondeur, tous ceux qui h savent léger , et, par sa légèreté, tous ceux qui ont découvert combien il pouvait être profond, La base de son caractère est une bonté sans mesure; il ne saurait supporter l'idée d'un être méchant et donnerait Jusqu'à son plus strict nécessaire pour s'en délivrer; il se priverait de pain pour nourrir même un ennemi : ce pauvre méchant! dirait-il.
a II a de l'enfance dans le rire et de la gaucherie dans le maintien; la tête un peu baissée, les pouces qiéil tourne devant lui comme Arlequin, ou les mains derrière le dos, comme s'il se chauffait; des yeux petits et agréables, qui ont l'air de sourire, quelque choie de bon dans la physionomie; du gai, du naïf dans sa grâce; une pesanteur apparente dans la tournure et du mal tenu dans toute sa personne. Il a quelquefois l'air bête de La Fontaine; on dirait qu'il ne pense à nen lorsqu'il pense le plus ; il ne se met pas volontiers en avant, et n'en est que plus piquant lorsqu'on le recherche. La bonhomie s'est emparée de te laisse percer sa malice que dans
et les Œuvres de Boufflers. v
ses regards et son sourire. Il se défie teUement de son talent pour l'epigramme^ qu'il penche trop, peutêtre, du côté opposé. Il a l'air de prodiguer des louanges pour empêcher la satire d'éclore, mais leur excès les rend suspectes. Il est impossible lettre meilleur ni plus spirituel ; mais, ckei lui, ces deux qualités ont peu de communications entre elles, et, si son esprit n'a pas toujours de la bonté, quelquefois aussi sa bonté pourrait manquer d'esprit. »
N'est-t-il pas brillant, chaud, coloré, plein de tact, de grâce, d'éclairs, et parfait dans sa précision, ce Boufflers en pied ? Ne forpe-t-il pas une des bonnes pages échappées à ce Prince de Ligne qui livra à ses petits ^neneux tant d'aperçus merveilleux sur son époque, tant de portraits exquis? — Opposons cependant t'ombre àcesrayons lumineux; mettons unesourdine à ce style gai, loyal et franc ; à ce médaillon qui charme, faisons succéder un croquis à la mine de plomb, attribué à Laclos » et qui est digne de lui et de sa mordacité.
t Fulber eût été le plus heureux des hommes s'il avait pu demeurer toujours à uingl-cinq ans : écrits voluptueux, couplets amusans, vers agréables, cette foule de riens qui font les hochets d'une jeunesse
1. Ce portrait de Boufflers, sous le aom de Fulber, se trouve dans la Galtrit des États généraux.
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Ti Notice sur la Vie
partagée entre l'amour et les talent donnent une espèce de célébrité; mais, lorsque la raison vient revendiquer ses droits j elle rougit des succès dus à de si petites causes. Fulber en est à ces tristes expériences; il a voulu faire succéder la vérité aux contes, la pensée au coloris, la méditation à la poésie. Quel a été son itonnementf lorsque l'habitude des choses frivoles a rendu pénible l'usage de l'esprit appliqué à des vues plus utiles! Fulber abonde dans ce qi^on appelle esprit, et il parle comme quelqu'un qui a besoin de ne rien perdre. Né sérieux, il veut tire gai ; frivole, il veut être grave; bon, il veut être caustique; paresseux, il veut jouer le travailleur. U court après les petits succès et paraît les dédaigner. A peine fut-il parvenu au. fauteuil qu'il plaisanta sur les honneurs académiques. Il est né quatre-vingts ans trop tard. Du temps des Fontenelle, des La Moihe, des Gressetj il eût brillé sur U Parnasse français; à l'époque où flous nous trouvons, qu'est-ce que l'esprit tout seul, OU de l'esprit poétique, ou de l'esprit d'Académie, ou de l'esprit de boudoir, ou de l'esprit des soupers ? Nous évitons à un certain âge le ridicule des couleurs tendres, de la danse et autres amusetnertts : Qui n'a pas l'esprit de son âge De son âge a tout le malheur. ■
L'auteur des Liaisons dangereuses dut faire mor-
et les (Euvres de Boufflers. ni dre cette eau-forte à la manière noire vert t?8s; U y a beaucoup de vérité dans cet quelques lignes j mais peut-être aussi y trouve-l-oit un peu de malice jalouse et ombrageuse : nous préférons ce résumé piquant du Chevalier par Rivarol, qui le caractérise ainsi avec esprit : t Abbé libertin y JHUitaire philosophe^ Diplomate chansonnier j Emigré patriote j Républicain courtisan. 1 — C'est tout BouMers en essence.
Les biographes semblent Raccord pour donner l'être à Boufflers en lyj^ à Lwiéville '; c'est là une double erreur que M. A. Jal, cet érudit orthopédiste de l'histoire et de la biographie^ s'est plu à relever avec soin * . Stanislas de Boufflers naquit à Nancy ^ en mai i'J38j ainsi que l'atteste l'acte de naissance et de baptême conservé aux archi\ies de la mairie de
1. La Biographie universelle de Micliaud, la France litléraire de Querard et la Nouvelle Biographie générale de Didotfont naître Boufflers à Liinéville en 1737, — LaroDsse porte la date de 1S38 à Lunéville. — Boufflers eut un fréî-e alnê, Charles-Marc- Jean-François Régis, <jui naquit a Lunéville et j fut baptisé en i7i6, et une sœor, devenue par la suite Madame de Boisgelin.
a. Dictionnaire critique de Biographie et d'Histoire, par A. Jii, in-t", 177a. M. Jal, p. 160 et suivantes, a écrit un excellent précis biographique sur Boufflers.
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VIII Notice sur U Vie
LunévUle. » StanUlas-Jean, Jils Idgiiime de haut et
puissant Seigneur, Messire Louis-François, Marquis de Bouffters, Capiiai/u de dragons, pour h service de Sa MajesU Très-Ckre'tienite, et de haute et puissante Dame, Madame Marie-Catherine de Beauveau-Craon, son épouse, étant né à Nancy, le ji mai tj^S, jut ondoyé le lendemain, dans la petite paroisse de Saint- Roch. Les cérémonies ayant été di0réesjpar ordre de Mi' l'Evêque, ont été suppléées le xt Juin de la même année dans la Chapelle du Roi. Il a eu pour Parraiitet Marraine le Roi et la Reine, qui ont signe avec moi, (Signé) Stanislas, Roi — Catherine — C. Verlei, curé de Lunéville, n Cet acte ne laisse aucun doute. Notre chevalier vint donc au monde à Nancy ' cette même année où son royal parrain Stanislas signait le traité de Vienne, par lequel il renonçait à la Pologne, en recevant de la Maison d'Autriche la souve-
1. Ou du moins près de Nancj, car le Chevalier de Boiifflers, qu'on devait appeler plus tard : It phi errant des Chevaliers, reçut le jour sur une grande route. Madame de Boufflers fut prise des douleurs de l'enfantement
en se rendant en
Lorraine e
accoucha
n rase campagne;
un magistrat qui se trouvait sage -femme. On fataliste ne
avec la Ma
quise lui ser
vit de façon
d'entrer dans la sillonnèrent la v les grandes route
vie l'origine de toutes les aventnr e du Chevalier de Bouffleri, Itquel s à toHt âge et faillit cent fois j m
s qni urir?
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et les (Suvres de Boufflers. ix raineté viagère det Duchés de Bar et de Lorraine. La Marquise de BouMers, sa mire, femme du Capitaine aux gardes de Bouffiers-Renùertcourt et saur du Maréchal-Prince de Beauveau et de Madame de MirepoiXj joignait à infiniment d'esprit une rare beauté et un tel enjouement; que le bon vieux Roi de Pologne en était devenu amoureux à l'extrême et se laissait volontiers gouverner par elle. Voltaire insinuait brutalement qu'elle était la- maîtresse du beeat' père de Louis XV, et les courtisans plus réservis la surnommaient malicieusement .'La Dame de volupté*. Madame de Boufiers fmsait les honneurs de cette
\. La Mirijaise de Boufflers mourut en 1787. Elle se composa elle-même cette cynique épitaphe, qui résume assez bien son esprit et ses mœurs :
Cmc Dimi ât velxflé.
Qui, pour p]u9 gTADde sAreié,
Boufflers adressait à sa mère les plus Kalanlei exhortations, qui révoltent aujourd'hui le sens moral.
Rcnici EHcu, brtilei J«[ui>leni ci Rome,
Un jour, la pca crédule marquise jurait qu'elle ne pourrait jamais aimer Dieu. « Ne jurei de rien, lui répondit son lîls; si Dieu se faisait homme une seconde fois, von*
pos analogue tenu par M^'Amould.
X Notice sur la Vie
peiùe Cour de LunéviUe où régnait ce nouveau Due de Lorraine et de Bar ; elle était la vie et l'ornement de toutes les fêtes qu'on y donnait^ et répandait dans son entourage la gaieté, la grâce et le plaisir. Le Roi Stanislas avait fondé dans son semblant de royaume une royale société des sciences et des lettres^ et il s'était firme autour du Philosophe bienfaisant * une académie des plus beaux esprits du siècle. Voltaire^ Saint-Lambertj JUoncrif, Tressan, Hehétius, le Président Hénault, M"" du Châtelet, de Grammont et beaucoup éautres ^y donnaient souvent rendej-vous et composaient ainsi une Cour sans pareille ^ que Versailles eût pu Jalouser.
C'est dam ce milieu littéraire, spirituel et galant que le chevalier de Bouger s fit ses premiers pas. Son esprit, tout d'abordj sembla engourdi, il se développa lentement, et le filleul de Stanislas reçut dans sa première jeunesse la dénomination peu Jlatteuse de Pataud. Cependant les brouillards qui obscurcissaient cette intelligence à son aurore ne devaient pas tarder
I. La Société des lettres que Stanislas avait fondée loi décerna ce surnom, que la France copfirnia. Stanislas Leczinski a laissé plusieurs volumes de morale, de politique et de philosophie qui ont été réunis sous le litre de: Surrti du Philosophe bienfaisant, 171SS, 4 vol. in-8>. Les turres choitits de Stanislas, roi de Pologne, ont été publiées en 1815, in-S*.
et les Œuvres de Boufflcrs. xi à se dissiper pour faire place à un excès de prico~ cité : sa malice sautillante, ses petùes polissonneries pleines d'astuce^ tes remarques éveilUes, sa curiosité mime révélèrent un digne j-ejeton de la Marquise sa mère, et le fameux Père de Neuville, qui le vit à la campagne cke^ ion ûieule, la Princesse de Craon, demeura émerveillé des remarquables dispositions de ce petit bonhomme. On lui donna pour précepteur l'abbé Porquet ^, homme superficiel, qui avait de la littérature et tournait asseï agréablement le sers, mais qui était abbé mondain, frivole et sans coneiclions. C'est ce même abbé Porquet ^pbts tard aumônier de la maison du Roi de Pologne, qui, la première fois
1. pierre- Charles-François Porquet naquit à Vire en 1718, et mourut en 1771!. La marquise de Bonfflers le protégea et le fit admettre dans les réunions les plus intimes. Il fut grand bailli de Nancy et membre de l'Académie de cette ville. On trouve quelques pièces de vers de lui dans le» jilmanachi iet Muses et d'antres recueils. Dans le Journal de Frèron, il signait quelquefois: Li f élit vieillard, Void fépitaphe qu'il se fit: