PRÉAMBULE
Au NOM DE Dieu clément et miséricordieux.
Louange au Dieu très-haut, dont nous avons reçu la parole et l'ouïe, le qalam^ et les yeux, le papier et l'intelligence.
Louange à Dieu^ quia créé les e'crivains pour les lecteurs, et les lecteurs pour les écrivains. Il a placé dans les uns le désir de connaître et de s'instruire, et dans les autres le désir de se faire connaître et d'instruire : liant ainsi mutuellement l'un à l'autre par, le besoin toujours
' La plume , ou plutôt le roseau dont les Orientaux se servent pour écrire.
l6o PRÉAMBULE.
renaissant d'une abontlantc communication de ses idées intérieures à ceux qui peuvent les comprendre, et par l'avidité d'une curiosité qui s'irrite elle-même, à mesure desalimens qu'elle reçoit, sans se trouver jamais sufiisamment rassasiée.
Le savant qui n'écrit pas, l'écrivain qui enfouit ses productions sans les mettre au jour, sont comme l'or dans les entrailles de la mine, comme la perle au fond des abîmes de l'Océan, comme le diamant au sein du rocher brut dans lequel il a pris naissance.
Qu'importe au malade que le droguiste ait dans ses magasins les médicamens les plus salutaires de la Chine et de l'Inde , si le droguiste ne le fait pas entrer en participation de ces trésors de santé! Qu'importent aussi ces trésors précieux au droguiste lui-même, si les besoins des malades et les ordonnances du savant médecin ne les font sortir de ses mains, en lui procurant ainsi un échange de valeurs qui seul peut lui être utile et profitable.
C'est par cet échange mutuel de ce qu'on possède avec ce qu'on ne possède pas, de ce
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qui est nécessaire aux autres avec ce l\u\ nous est nécessaire h nous-méme, que la suprême Providence a voulu que les liens indissolubles de la société humaine enchainassent l'un à l'autre le riche au pauvre, et le pauvre au riche; le puissant au faible, et le faible au puissant; l'actif à l'oisif, comme l'oisiveté inactive à l'activité diligente; le savant à l'ignorant, l'ignorant au savant.
Ainsi doncj j'ai cru utile de joindre aux aventures personnelles d'yàbd-én'ahmdn él- Iskanderdnjj pendant les Dix Soirées malheureuses que j'ai déjà rédigées, le recueil des feuilles supplémentaires que j'avais trouvées jointes par lui à son histoire ', et je l'ai intitulé : Les Séances du Môristan, ou les Révélations DE l'Hôpital des Fous du Kaire.
Certes, ce n'est pas sans un motif de bienfaisance et d'utilité pour moi, que la Providence toute-puissante a fait tomber ces papiers entre mes mains pendant le cours du saint voyage.
* Voyez ci-dessus, pages 407 et 'joStlu premier volume.