LOI SEULE EST SOUVERAINE
Bientôt après, le Clieykh êl-Mohdy eut de nouvelles occasions de manifester son caractère indépendant et ennemi des intrigues : la discorde vint désunir les chefs de la loi et de la religion. Les Ule'mâs se divisèrent en deux partis ; les uns défendaient les intérêts du Clieykh êl-Cherqaowy, les autres se déclaraient partisans du Cheykh eï-JLuiyrqai prétendait supplanter son collègue dans ses fonctions d'Inspecteur de la Mosquée él-y^zkdr^: le Cheykh EL-MoHDY refusa hautement de prendre part aux menées qui réussirent à faire succomber son collègue êl-Cherqaouy y et il ne craignit pas de s'exposer à l'inimitié dangereuse de son heureux concurrent, en lui refusant son suffrage.
' Nr'izer Game êl-Âzhâr.
SUR LE CHETKH i:L-MOHDY. Il5
Tout dévoué que le Cheykh êl-Mohdy était à Mohammed- Al j ^ il sut lui résister avec les autres Cheykhs , quand ce prince voulut remédiera la pénurie de ses finances par des moyens vexatoires, et tenta de s'emparer de la moitié des fondations pieuses faites en faveur des pauvres; fondations bienfaisantes, que l'armée française avait toujours scrupuleusement respectées. Les Cheykhs s'assemblèrent encore. Les mécontens menaçaient déjà d'une révolte, lorsque le Cheykh el-Mohdy, persuadé que toute collision ne pouvait qu'attirer de grands malheurs sur la ville , prit le parti d'aller lui-même trouver le Pacha, accompagné du Cheykh él-Daouakly. Son éloquence à la fois ferme et insinuante, et la force de ses raisonnemens , triomphèrent de la résol ution de Mohammed- Aly~P a châ ^ et le déterminèrent à révoquer des ordres dont
Il6 NOTICE nOGRAPniQUE
le maintien aurait amené une conflagration générale.
Mais , forcé de renoncer à cette opération financière, bientôt le Pacha conçut le projet d'établir d'autres impôts. Aussitôt les troubles recommencèrent; les Cheyklis, réunis de nouveau % décidèrent d'envoyer une députation à Mohanwied- Aly pour conjurer encore cet orage. La députation fut composée des Cheyklis e/- Fayoumy^ él- Cherqaouy et êl-Mohdy. Cette démarche n'avait rien produit, et quelques Cheykhs, mécontens d'avoir été négligés par le Pacha , poussaient les esprits à une révolte ouverte. Dans cette position difficile , le Cheykh êl-Mohdy se rendit le médiateur entre les Cheykhs et le Vice-roi; son esprit conciliant obtint des concessions dans les prétentions réciproques:
' Le 29 Raby ôl-tâny de l'an iaa4 ^^^ l'hégire, mardi i3 juin 1809.
SUR LE CnEYKlI ftL-MOHDY. l 1 7
les esprits se calmèrent, et la paix intérieure fut encore une fois rétablie , au contentement des deux partis.
Chacun d'eux en témoigna sa reconnaissance à l'habile médiateur. Mohanimed- Aly envoya auCheykh ÊL-MoHOYde riches présens, et les Gheykhs le nommèrent Directeur de la Mosquée de l'Imam Chaféy au Kaire , et Inspecteur de la Mosquée Senâtiyéh à Boulaq.
Environ deux ans après , le Vice-roi se détermina à porter la guerre en Arabie, et à attaquer, suivant les ordres de la Porte-Ottomane, les rebelles W^aliâhys , qui s'étaient emparés de la Mekke et de Médine. Un des fils de Mohammed- A ly^ Toussoan-Pachd ^ fut chargé par lui de cette expédition , et voulant donner à cette guerre une teinte religieuse, il le fit accompagner ' par les Imams chefs des quatre
' Le i8 Ramadan 1226 de l'hégiic, diraanrlic6 oclobre
1 l8 NOTICE BIOGRAPHIQUE
sectes orthodoxes de rislamisme : la secte de lïanefy fut représentée i^?iT Seyd Ahnied êl-Tahtaouy ; celle de Maleky par le Cheykh él-Khanky, celle de Hanhaly par le Cheykh él-'Moqdessy ^ et celle de Chafcy par le Cheykh êl-Mohdy.
Les débuts de cette campagne furent brillans. Les Wahâbys furent battus en plus d'une rencontre ; mais , après avoir été défaits à Bedr, ils prirent leur revanche aux défilés de Safrâ. Au milieu d'une déroute complète, Toussoun-Pachd fut obligé de se retirer à Yambo; le Cheykh EL-MoHDY et ses collègues n'échappèrent qu'en gagnant le bord de la mer , d'oii , se jetant dans une barque, ils abordèrent à Qosseyr et revinrent au Kaire, renonçant à courir les dangers ultérieurs de cette guerre aventureuse.
iSii. Ramadan chl le neuvième mois de l'iinnce lunaire des Musulmans.
SUR LK CHEYKU JilL-MOHDY. II9
L'année suivante * , le chef de la religion musulmane en Egypte, le Cheykh Abdallah él'Cherqaouyy termina sa carrière à l'âge de soixante-dix-huit ans. LesCheykhs s'assemblèrent pour nommer son successeur ; et le Cheykh el-Mohdy, élu d'une voix unanime, reçut l'investiture des mains du Vice-roi , qui le revêtit d'une pelisse d'honneur.
La conquête de l'Arabie avait épuise le trésor de Mohammed- A ly ; pour le remplir de nouveau , et fournir aux besoins journaliers de son administration et de son armée, il conçut un vaste plan d'opérations financières d'une nature bien extraordinaire. Ce plan, dont il commença aussitôt l'exécution ^ , consistait à s'emparer de toutes les propriétés foncières appartenant
' Le vendredi iS Ramadan de ]'an 1227 de l'hégire
2 octobre 1812. ,
' Le lo Safar 1229 de l'hégire, mardi i"^ février 1814.
aux particuliers, en leur promettant de leur en assigner les revenus sur le trésor.
Le mécontentement et l'opposition la plus vive éclatèrent sur tous les points de l'Egypte: des attroupemens tumultueux encombraient les rues et les places du Kaire; les principaux de la ville se réunirent à la Mosquée à'él-Azîuîr; le Cheykh EL - MoHDY , organe de l'indignation générale, y rédigea une requête qu'il se chargea d'aller présenter lui-même au Pacha.
Celui - ci avait pris son parti d'une manière irrévocable: il accueillit mal la requête conçue en termes énergiques , ainsi que les observations plus énergiques encore du Cheykh êl-Mohdï, défendant avec vigueur les droits sacrés des propriétaires. Le Cheykh êl-Mohdy et plusieurs de ses collègues furent exilés du Kaire ; les autres opposans, soumis par la crainte, renoncèrent à toute réclamation et à toute résistance.
suit LE CHEYKH ÊL-MOHDY. 121
Depuis cette époque je n'ai plus reçu aucune nouvelle du Cheykh êl-Mohdy, et la correspondance qu'il entretenait avec moi a entièrement cessé.
J'ai appris seulement depuis, que , se sentant affaibli par son grand âge , fatigue de tant d'agitations, afQigé de voir asservis au pouvoir arbitraire de Mohammed- Aly les Cheykhs qui l'avaient cre'é Vice-roi, il alla passer ses dernières années dans la retraite, au village de Semenhoud, et, ne revint au Kaire que pour y terminer ses jours , au sein de sa famille , à l'âge de soixante et dix-neuf ans.
Le 25 Dou-1-Hagéh de l'an 1 23o de l'hëgire ^ , les Mouezzyns annoncèrent au peuple, du haut des minarets, la mort du vénérable Cheykh Mohammed el-Mohdy, êl- Hafnaouy.
Les plus grands personnages de l'Etat
• Mardi 18 novembre itti5 de 1 ère chrctienne.
122 NOT. BIOGU. SUR LE CHKYKH ^L-MOllDY.
les Clieykhs, les Ulémas, les Ogâqs, et la population en foule, suivirent les obsèques de l'homme de bien, qui , pendant sa longue et honorable carrière, n'avait eu pour but constant que la paix intérieure, le bonheur de son pays, et la défense des opprimés.