COMPOSEES
PAR LE CHEYRH ÉL-JVIOHDY.
On a pu juger par les morceaux de versification répandus dans le premier volume de ce recueil, que le Cheykh el- MoHDY n'était pas étranger à la poésie ; il parait qu'il se plaisait à chercher , dans des compositions poe'tiques , un délassement et une noble distraction des soins fatigans de l'administration , et des leçons scientifiques qu'il donnait chaque jour sur les lois et sur la religion à la Mosquée d'e/y^zhdr.
Parmi les différentes pièces de vers qu'il
12/} PIÈCES Dt VERS
a composées, et qu'il m'a communiquées avec obligeance, j'ai cru devoir choisir les deux suivantes, pour en publier la traduction; et j'ai pensé que c'était le vrai moyen d'achever de faire connaître aux lecteurs son caractère empreint d'une indulgente bienfaisance, sa philosophie philantropique , et sa tolérance vraiment libérale.
DU CTIEYKII ftL-MOHDY. l'iS
Fais le bien, quand tu peux, rend service à ton frère;
Mais n'attends pas de lui Qu'au jour de ton malheur, par un retour sincère,
Il te prête un appui.
Trop heureux! s'il oublie, avec indifférence, Le bien que tu lui fis;
Et si sa haine encor n'est la reconnaissance Dont il t'offre le prix.
Tel le naïf enfant, qui, trouvant sur le sable Un céraste étouffé ,
Le ranime, ignorant quel hôte redoutable Son sein a réchauffé :
Payé par l'attentat d'une dent homicide Du soin qu'il a donné.
Le jeune bienfaiteur du céraste perfide Expire empoisonné.
PIKCES DE VERS
Cependant que ta main , ta tente hospitalière ,
S'ouvrent même aux ingrats:
Quand tu soulageras du pauvre la misère, A Dieu tu prêteras.
Aux fils d Adam quand Dieu prescrit la bienfaisance,
11 dit au bienfaiteur :
■ Je veux que ton bien lait trouve sa récompense » Dans le fond de ton cœur. »
Que nulle affliction ne te soit étrangère;
Alors un plaisir pur Sera de tes bienfaits, et le premier salaire,
Et le prix le plus sûr.
Qu'on dise : « Heureux celui dont le bras qu'il implore, « Devient le protecteur! ■
L'ami de Dieu dira : « Mille fois plus encore , » Heureux le bienfaiteur ! »
nu CHF.YKH KL-iMOHDY. I27
Que riiomnie soit Chrétien, ou Juif, ou Musulman, Cophte , ou Turk , riche ou misérable';
TNé sur un tapis d'or, ou jeté sur le sable, Il est homme^ il est fils d'Adam :
En leur fraternité, tous ont un droit semblable.
Notre Prophète a dit ; « Quiconque est bon, pieux;
» Quiconque porte un cœur sincère, » Equitable, loyal, miséricordieux;
» Le ciel accueille sa prière ; »Toi,quelquesoitsonculte,enluine vois qu'un frère'.)'
Ainsi , loin d'écouter un zèle téméraire , Qâdy, garde-toi bien de faire
Entre un Kafr ', un Croyant, d'autres distinctions, Que celles de leurs actions :
C'est le seul examen licite et nécessaire.
' Koran , sourate II, verset 61 ; — IX , v. 12; — LXIV, v. 2 et i8 , etc.
* Ce mot arabe signiBe infidèle , et coraprend tons ceax qui ne sont pas croyans, c'est-à-dire mosalmans.
128 PIÈCES DE VEHS lUr CHEYKII ÊL-MOIIDY.
Pour établir son prix , vois-tu le maquignon
Estimer jamais davantage Un cheval , un mulet , par la seule raison
Qu'il servit la religion , En transportant son maître au saint pèlerinage?
Le Bien-conduit • dira: « Mon /?ère est dans lescieux, i> Ici , mes frères sont tous ceux
w Qui, comme moi, sont /ils de l'Egypte , ma mère : « J'ai Y^our Jamil/e tout le Kaire ;
« Mes Tû\\xs proches pareils sont les plus vertueux. »
■ Tr;i(1action liuérale dn nom d'ÈL-Monuy.
PRÉCIS HISTORIQUE