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University of Ottawa
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final bu maiiuerrit.
La plupart des souscripteurs de ces Contes nous ont témoigné le regi-et de voir se perdre et disparaître dans l'océan paperassier des prospectus banaux d'éditeurs ou de libraires ^ la petite Notice littéraire insérée dans celui que nous avons publié en commençant cette édition ; nous croyons donc devoir remplir leurs désirs en la reproduisant comme partie intégrante de l'ouvrage lui-même , et comme Dissertation préliminaire , en tête de ce troisième et dernier volume.
La littérature orientale a etë pendant long-temps entièrement inconnue à notre Europe : les savans de nos contrées occidentales, si ignorantes au moyen-âge, ne virent, à la renaissance des lettres, rien au-delà des langues latine et grecque; pour eux rien n'existait en poésie hors d'Homère et de Virgile, de Pindare et d'Horace, d'Anacréon et de Tibulle; en élo-
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qiience, hors de Demostliènes et de Ciceron ; en histoire, hors d'Herodole , de Thucydide et de Tile-Live ou de Tacite.
Et cependant, en ces divers genres, quels trésors inappréciables renfermaient, à leur insu, ces langues orientales dont les voyages asiatiques des cordeliers Plan- Carpin ' et Rubruquis '^, du Vénitien Marco-Polo ^, de l'Anglais Mandeville ^, avaient fait soupçonner l'existence dès le treizème siècle ; en présence desquelles les guerres réitérées des Croisades avaient mis plusieurs fois, sur les champs de bataille de Syrie et d'Egypte, nos fanatiques et ignorans évéques, et nos barons belliqueux plus ignares encore !
Nos Croisés étaient les barbares de ce
' Légat apostolique envoyé en 1246 par le pape Innocent I\ auprès du kliau des Tartarcs.
' Envoyé de Syrie en Tartarie par Louis IX, l'an 1253. ^ Négociant ; il commença ses voyages en 1 ?.'j2. 4 Chevalier et professeur de médecine , en i332.
temps- là , et les comtes de Tripoli qui , comme nobles lionis , se vantaient de ne pas savoir lire, ayant enire leurs mains l'illustre Sady, le plus célèbre littérateur de l'Orient i, que les hasards de la guerre avaient rendu leur prisonnier, ne trouvèrent autre chose à en faire que de l'envoyer travailler en esclave au creusement des fossés de la ville ^.
Lorsqu'on commença, après les premiers temps de barbarie , à accorder dans nos écoles quelque attention aux langues orientales ^, le premier, le seul but , fut alors celui de former des missionnaires pour propager la foi du Christ parmi les
* Voyez dans ce troisième volume la XXXIII* note supplémentaire.
' Voyez cette anecdote, racontée par Sadj lui-même, dans le premier volume de ces Contes, pages 171 et 172.
^ A Rome et à Paris , d'après le décret du concile de Tienne tenu en i3ii et i3i2, sous le pontificat de Clément Y, siégeant à Avignon , et du règne de Philippe IV j dit le Bel.
Inlidèles; ei celle ilirecllon unique des études de l'hébreu et de l'arabe était tellement circonscrite, que ceux qui étaient soupçonnés de se livrer sans celte détermination précise à des travaux sur l'une ou l'autre de ces langues, étaient accusés, les uns de judaïsme, les autres de penchant secret pour le mahométisme : de ces accusations au bûcher, en ce temps-là, il n'y avait pas loin.
L'étude des langues orientales fut donc loin d'éire encouragée à cette époque j et plus tard, dans de meilleurs temps, sous François P"^; puis, au siècle même tant vanté de Louis XIV, elle n'eut encore qu'une tendance ihéologique. Ce n'est que depuis un demi-siècle que la carrière, à peine effleurée jusqu'alors, s'est agrandie, et qu'on a pu s'apercevoir de la richesse de la mine qu'elle présentait à exploiter.
Dès-lors les orientalistes, d'abord isolés
et intimidés par les préventions qu'ils redoutaient, puis, plus nombreux et plus zélés, ont cherché à mettre en évidence sur l'horizon du monde littéraire européen, ces beaux monumens de poésie, d'histoire et d'éloquence qui leur apparaissaient dans l'Orient: les extraits, les traductions, puis les éditions des écrivains arabes et persans reçurent successivement un accueil favorable : l'on put ainsi se convaincre de plus en plus que les muses grecques et romaines n'avaient pas à elles seules le privilège exclusif du monopole scientifique et littéraire, et que les muses de l'Orient réclamaient avec un droit évident le partage de ce domaine usurpé par leurs sœurs.
Je dois pourtant avouer que les premiers pas de cette revendication d'héritage furent faits dans l'opinion européenne , non par des poètes subHmes ou
par des narrateurs éloqueas, non par des historiens ou des ge'ographes que rendaient importans soit l'étendue de leurs récits, soit l'exactitude de leurs documens; mais, je rougis presque de le dire , cet avantage était réserve à de simples Contes arabes. Les Mille et une Nuits, rapportées de l'Orient, et traduites ou plutôt extraites par Ant. Galland ', ont les premières appris, au commencement du dix-huitième siècle, qu'il existait chez les Arabes une littérature, et même une littérature agréable.
Au reste peut-être aucune autre publication n'aurait pu être mieux choisie pour donner une idée de l'esprit général qui règne dans toute la littérature orientale.
On savait, il est vrai, depuis long-temps que la Fable et l'Apologue tiraient leur origine de l'Orient et que le pauvre Esope
' Professeur de langue arabe au Collège royal de France , de 1709 a i-jiS.
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n'était qu'un traducteur pseudonyme 5 mais si les peuples de ces contre'es e'taient reconnus comme fahliers , ils n'e'laient pas encore signale's comme conteurs , et cependant la même cause, qui y avait fait naître F apologue, avait dii y naturaliser le conte : puisqu'il n'est presque toujours qu'une ve'ritableyà^/e, dessinée sur une plus grande échelle, tant pour le plan que pour les détails, mais tendant au même but, à instruire, en déguisant l'ariditë du précepte.
Aux Cours de l'Orient , la Vérité craintive N'osait paraître nue , en sa beauté native : Honteux de s'y montrer au milieu des flatteurs , Ses austères attraits se voilèrent de fleurs ; D'aimables fictions lui prêtant l'assistance , L'Apologue et le Conte alors prirent naissance ; Leur manteau déguisant ses utiles leçons , Elle put jusqu'aux Rois parvenir sans soupçons , Se faire accueillir d'eux , léussir à leur plaire , Et, sans blesser leurs yeux, leur ofifrir sa lumière.
{Fragment.)
La publication de ces contes arabes qui
révélaient aux lecteurs français un genre de compositions orientales qu'ils étaient loin de soupçonner , fit révolution dans les esprits, et ils eurent dès-lors une vogue qui dure encore.
Cette vogue , devenue populaire , fut telle, que les amateurs de lecture ne voulaient plus que des contes orientaux ; profitant de ce goût général, Petis de Lacroix * ne tarda pas à publier sa traduction des Contes persans. Mais ni l'un ni l'autre traducteurs ne suffisaient encore, tant les besoins du public semblaient exigeans sur ce point ; les libraires allaient chez les auteurs de ce temps -là, leur disant :
«Faites -moi des Contes orientaux , » comme depuis ils ont dit : « Faites-moi » du JVallcr Scott ou du CJiàteau- » hrland. »
' Professcul- au Collège royal de France , de iGqî à > 7 i3, el secrétaire-interprète du roi pour les langues orientales.
L'avocat Gueulelie, romancier infatigable et pourvoyeur habituel des libraires, se chargea de les satisfaire. Etranger aux langues orientales, il ne pouvait traduire : il compila ou inventa ; de-là cette nue'e de contes pre'tendus orientaux, dont la lilte'rature, ou plutôt la librairie, fut inondée : Contes niQgols, Contes tartares. Contes turhsy Contes indiens , Contes chinois y et même Contes péruviens y tous taillés sur le patron oblige des Mille et une Nuits et des Mille et un Jours , et se nommant en conséquence les Mille et une Soirées, les Mille et une Heures, les Mille et un Quarts-d^ Heure , les Cinq cents Matinées, etc., etc.
Cette multiplicité indigeste gâta, comme on dit , le me'tier , et rendit éphémère le succès obtenu, dans leur nouveauté, par les premières contrefaçons du genre ; l'engouement du public se changea avec rai-
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soa en dëgoiit pour ces productions iuti* les, dépourvues d'inte'rét, de couleur, et surtout d'originalité: autant valait-il lire tout bonnement les contes de fées de Perrault et de madame d'Aunoy. Les produits de la manufacture Gueulette cl compagnie passèrent bientôt du libraire à Tëpicier ; celte déconfiture de spéculations purement mercantiles n^etait que justice. Mais une défaveur semblable n'a pas atteint les véritables Contes orikntaux, c'est-à-dire les Mille et une Nuits de Galland \ et les Mille et un Jours de Veùs de Lacroix : leur vogue est toujours la même, et probablement elle ne passera pas ^.
• La Harpe, qu'on n'accusera certainement pas d'avoir été la dupe de son exaltation en matière de critique, et dont l'enthousiasme difficile à exciter forme un assez beau témoignaye en fa\eur d'un livre, relisait tous les ans ics Mille cl une Nuits, et atteste qu'il ne les relisait jamais sans y prendre un plaisir nouveau.
'Les quatre f'-dilions sinuiltanôcs , faites les années dernières , en sont une preuve sullisanle.
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Cependant, non-seulement on regardait ces contes comme les seules productions de littérature légère que nous eussent transmis les anciens Arabes • mais on se persuadait encore que les Arabes d'à-pre'sent, moins lettres que leurs ancêtres , étaient incapables de s'exercer dans la même carrière, et d'y lutter avec quelque avantage.
Combien cette prévention e'tait mal fondée ! Mon séjour en Egypte et la connaissance que j'ai pu acquérir des langues de l'Orient, m'ont eu bientôt convaincu que les littérateurs arabes d'à-présent ne sont peut-être pas inférieurs aux anciens littérateurs orientaux.
Déjà j'avais trouvé au Raire , il y a plus de trente ans, un poète, Nykoulà Nassyf él-Beyrouiy, que j'y ai connu intimement, et dont les poésies , à en juger par une de ses odes dont j'ai cru devoir jniblier la
traduction littérale ^, ne paraîtraient pas audessous de celles des meilleurs temps de la littérature arabe.
Un historien, Ahd- érrahmàn Effendy ^ , a décrit, pendant notre séjour au
' Cette ode célèbre la Conquête de V Egypte par les Français. Voyez la traduction, avec un fac-similé àc l'ode autographe elle-même, dans la troisième livraison de r//i('jtoirc scientifique et militaire de V Expédition française en Egypte , publiée chez Denain, libraire, rue Vivienne , n, i G, 12 vol. in-8, et Atlas in-4°.
Ce poc'te était fils de Vousouf cl-Tourk cl-Istanhouly : il était natif de la ville de Bcyrout, en Syrie.
Depuis mon retour en France, j'ai pu y faire l'acquisition d'un beau manuscrit in-4" rajiporté d'Egypte , et contenant le Dyoudn , ou Recueil complet des poésies qu'il a composées. La copie de ce manuscrit a été terminée le i4 du mois de Dou-l-hagch de l'an 1241 de l'hégire, correspondant au 20 juillet 1826, et le copiste prend le titre d'un des amis particuliers de Va tcur.
J'ai l'intinition de traduire et de publier par la suite quelques-unes de ces poésies , presque toutes de circonstance et ayant rapport à quelque événement historique.
' Tel est le nom que prend cet historien en tète de son ouvrage : c'est le même que nous avons connu au Kaire sous le nom du Cheykh yitMl-crriilimân vl-Gahnrty, ou el-Djc~ bdrty , et qui plaisantant avec notre excellent an)i et collègue Amédée Jaubci t , niaintcnaut membre de l'inslilul , «t professeur de langue tuikc à l'Ecole sj)éciale dos langues oricn-
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Raîre qu'il habitait alors, les evenemens qui s'y sont passes, sous ses yeux, pendant l'e'poque entière de l'expe'dition française. Son ouvrage , traduit d'arabe en turk par ordre du Sultan de Constanlinople, et dont nous posse'dons une traduction française manuscrite %4iie paraît prouver bien évidemment que les e'c ri vains arabes modernes n'ont pas de'ge'neré du style pittoresque et inte'ressant de leurs prédécesseurs 2.
Enfin je ne sais si l'on me jugera aveutaies vivantes , prétendait être non-seulement son homonyme ,mais pout-ètre encore un peu son parent.
Voyez la CI'' note supplémentaire à la fin de ce volume, * Je viens d'apprendre que cette ti'aduction française , déposée au dépôt général de la guerre par M. le comte Guilleminot , avait été faite pour lui sur la version turke , par M. Alexandre Cardia , petit-ûls du célèbre Cardoune , jeune orientaliste du plus grand mérite , attaché alors à l'ambassade française de Constantinople , et depuis drogman-chancelier du consulat général en Egypte,
' Plusieurs morceaux de ce document précieux pour l'histoire ont été extraits et insérés dans V Histoire scientijiqitc et militaire de l' Expédition française en Egypte citée ci-dessas.
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gle par celte prévention favorable avec laquelle les traducteurs en ge'neral épousent la composition originale qu'ils font passer d'une langue étrangère en leur langue ; mais il me semble que les Contes arabes du Cheykh cl-MoJidy , dont le lecteur a vu déjà les deux premières parties, et dont la troisième et dernière partie va être mise sous ses yeux dans ce volume ^ production originale d'un contemporain bien connu de quiconque a fait partie de l'expédition française en Egypte, peuvent être, sans trop de partialité, regardés comme une nouvelle preuve que de nos jours la littérature est loin d'être négligée dans l'Orient. Les traducteurs d'ouvrages étrangers ne manquent jamais, dans leurs préfaces ou leurs prospectus, de s'étendre en éloges longs et souvent emphatiques sur les auteurs dont ils ont jugé à propos traduire les écrits; je n'ai pas cru convenable
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de suivre cet exemple : le lecteur' verra bien^ ou plutôt, certes, il a déjà dà voir, par la lecture des deux premiers volumes, si j'ai eu un double tort, d'abord de prendre à la lecture des Contes du cheykh ÈL-MoHDY un grand plaisir, puis de croire que je pouvais faire jouir d'un plaisir pareil les lecteurs français en publiant ma traduction.
J'ajouterai encore ici seulement un mot relativement aux notes supplémentaires qui complètent ce troisième volume. Ces notes, composées en grande partie d'èclaircissemens nécessaires sur les mœurs et les croyances de l'Orient, offriront en outre des documens historiques peu ou point connus, et des anecdotes que j'ai extraites de mes Mémoires ^ niainienant inédits et devant probablement l'être ton-
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jours, sur la mémorable expédition d'Egyple, expétlilion à laquelle je serai toujours glorieux d'avoir été appelé > malgré ma grande jeunesse % par le HEROS dont le nom est au-dessus de tout éloge.
' J'avais alors vingt ans seulement.
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